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| Haïti: Évelyne Trouillot signe son nouveau roman L'écrivain Évelyne Trouillot signe "Le Mirador aux étoiles" - son plus récent roman- à la librairie La Pléaïde (Bois Patate) le samedi 19 janvier 2008 de 10h a.m à 2h p.m. Ce roman raconte l'histoire d'une famille traversée pendant trois générations par un drame, un secret, une blessure.
Évelyne Trouillot : Le Mirador aux étoiles raconte l'histoire d'une famille traversée pendant trois générations par un drame, un secret, une blessure. La jeune génération en porte les marques sans savoir d'où elles viennent. C'est ce secret qui va éclater dans le livre. Je crois que nombreuses sont les familles où se cachent des secrets, des histoires qui se chuchotent et que l'on pressent sans les dire. Notre société entretient les tabous, les préjugés et les silences. En parler constitue souvent un affront. Ce livre évoque les préjugés sociaux et de couleur, les clivages entre les catégories sociales et le poids qu'ils peuvent laisser sur les individus. De génération en génération. L.N : Les enfants ont une fonction capitale et même sociale dans le roman, car le titre "Les enfants de Borgella" du premier et du dernier chapitre le démontre bel et bien. E.T : En effet, je pense qu'il est difficile d'échapper à son enfance. C'est un moment magique, car il a le pouvoir de nous façonner d'une manière ou d'une autre, d'influencer nos choix, d'impulser nos rêves ou de nous transformer en des êtres écorchés. Le livre tourne autour des enfants Borgella, car c'est surtout leurs voix qui commencent le récit et le terminent. Ce sont les enfants Borgella devenus adultes qui décident de percer le mystère, mais ils le feront à partir de leurs besoins d'enfants, des joies et des détresses qui ont été les leurs pendant leur enfance. L.N : Différentes figures féminines sont présentes dans Le Mirador aux étoiles. Pourquoi donc un tel choix ? E.T: En effet, comme figures féminines il y a les deux soeurs Borgella, la mère, la tante et la grand-mère. Les figures féminines représentent les trois générations. Mais vous avez également deux figures masculines : le fils narrateur et le père. La fonction du fils est capitale, car c'est lui l'écrivain, le poète, qui assume consciemment le rôle de gardien de la mémoire de la famille. C'est lui qui coordonne les différents fragments pour en reconstruire la trame. En ce sens, tous les personnages sont importants dans le texte dans la mesure où c'est la somme de tous les récits qui permet au lecteur de reconstituer l'histoire. Pour moi, c'est une caractéristique fondamentale du texte. On ne peut se passer d'aucun personnage. C'est comme une mosaïque où l'intrigue brisée en plusieurs éclats est reconstruite. Chaque personnage y apporte sa part. L.N : Que diriez-vous alors de la figure de la mère présente dans ce roman ? E.T: La mère, Fanny Cardozo Borgella, est le personnage central et c'est aussi celui dont la voix ne nous arrive que par personne interposée : son mari, ses trois enfants, sa mère, sa tante. Ce choix, je l'ai fait parceque j'ai pensé que ce serait pour moi la démarche la plus motivante, en tant qu'écrivain : arriver à présenter un personnage à partir de regards multiples. Ne pas lui donner directement la parole, mais arriver à la rendre réelle et bien présente. Je pense que celui ou celle qui écrit se donne pour chaque texte un défi à relever. Dans ce livre, c'était donner vie à Fanny par la voix des autres personnages. Cependant, la grand-mère constitue également un personnage central. L'origine de la blessure se situe dans son histoire à elle, avant de s'alimenter de celle de sa fille et des autres membres de la famille qui souffrent. Chacun à son niveau. L.N : Le Mirador aux étoiles est votre troisième roman. Or on sait que chaque écrivain a ses techniques et son style propre. Pourriez-vous nous parler un peu de votre technique d'écriture ? E.T: Je dirai simplement que j'aime bien les enchevêtrements des voix et des récits. Je l'ai fait dans "Rosalie l'infâme" et dans "Le Mirador aux étoiles". C'est aussi une façon de mêler le passé au présent, de jouer avec le temps et ses contraintes, de s'en moquer un peu. Cependant, même si un écrivain a son style, je crois que chaque livre a sa personnalité, un cachet différent, autrement ce serait pénible de les écrire ! Par exemple, dans Rosalie l'infâme les voix des aïeules se mêlaient à celle de Lisette, la jeune protagoniste, et il y a ce va-et-vient presque constant entre elles. Alors que dans "Le Mirador aux étoiles", les voix se complètent, se superposent. . L.N : Comment arrivez-vous à passer de la poésie à la nouvelle et de la nouvelle au roman ? Est-ce facile ? E.T: La nouvelle et le roman sont liés, ce sont des textes qui disent, qui racontent. J'assume que je veux raconter quand j'écris de la fiction, je veux créer des personnages et des histoires qui parlent de quelque chose. En ce sens, pour moi il n'y a pas de cassure entre le roman et la nouvelle. Le thème détermine mon choix.. Certains sujets, je les vois tout de suite en nouvelle. Je vois la fin surtout, qui ,dans une nouvelle, est essentielle. Parfois j'imagine la fin avant même de savoir comment je vais y arriver. Tandis que pour les romans, c'est un processus plus sinueux, disons, où je me sens plus libre. L'écriture de la nouvelle est toujours intense. Epuisant. La poésie se situe à part. Est totalement différente. Un monde où je n'entre pas souvent. Lorsque je le fais, c'est parce que j'y suis forcée, que l'envie et le besoin de dire sont si forts que je n'ai pas le choix. L.N : L'écriture a, certes, une fonction prépondérante dans votre vie. Quels sont vos projets pour les prochaines années ? E.T: Je viens de terminer un roman qui sortira sans doute cette année et qui s'appelle "La mémoire aux abois". C'est un roman à clé qui raconte les derniers jours de la veuve d'un célèbre dictateur et sa rencontre avec une jeune aide soignante originaire du pays du dictateur dans un hospice de la banlieue parisienne. Deux voix différentes, deux mémoires opposées revoient le passé, un passé d'horreurs et de carnages, une histoire qui remonte aussi plus loin que ce qui est immédiatement flagrant. Un passé qui doit être regardé dans toute sa complexité, sans occulter ses soubassements ni ses subtilités. Par ailleurs, J'ai un projet de texte théâtral que je suis en train de finaliser. C'est un domaine pour moi passionnant et encore expérimental. Donc j'y prends un plaisir particulier. |
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