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L'EDITO DU JOUR
par Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval
L'EPPLS organise une journée porte ouverte mercredi en ses locaux de Delmas 3. Ne vous demandez pas ce que ce sigle signifie ? Il y a fort à parier qu'il n'éveille en vous aucun souvenir ni le nom d'aucun organisme vivant. Normal. EPPLS est le nom d'une entité de l'Etat haïtien : Entreprise pu...
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SOCIETE
Au palais de justice
Me Jean Garnier, un départ unanimement regretté
Le Nouvelliste | Publié le :26 février 2012
 Jean-Claude Boyer jc2boyer@yahoo.com mercredi 30 mars 2011
Le jeudi 24 mars 2011, dans l'après-midi, Radio Kiskeya a relayait la note du Conseil de l'ordre du barreau de Port-au-Prince dans laquelle le bâtonnier fait part du décès de Me Jean Garnier survenu le mardi 22 mars à 6 h 10 p.m. Me Patrick Laurent, du conseil de l'ordre, révéla que Me Garnier était dans la matinée au tribunal. La nouvelle a surpris tout le monde. Ci-après l'hommage rendu au disparu par notre collaborateur Me Jean-Claude Boyer. J.R.F
C'était un gentleman. Un vir bonus. Un bon mari. Un bon père de famille. Un serviteur de la loi. Un gentleman : Jean avait des manières. Affable, empressé, attentif. D'un abord facile. Il prenait le soin de ne brusquer, de n'offusquer personne. Sa bonne éducation l'aidait dans ses rapports avec autrui. Un vir bonus : Un homme de bien. Dans la ville, surtout dans le monde de la basoche, il entretenait les meilleures relations avec tous les serviteurs de Thémis. Je suppose que ce fut également le cas avec ses élèves, puis avec ses étudiants. Pour l'avoir côtoyé, je puis témoigner de son bon fonds. Qui a jamais surpris Me Garnier disant du mal d'un autre ? Personne. Sous des dehors avenants, il montrait à l'occasion sa fermeté. Cela était dû à son caractère et à son intelligence. Il avait été bien formé, et cette formation lui donnait de l'assurance, de la confiance en soi. C'est indispensable dans l'exercice du dur métier de défenseur des veuves, des orphelins, des faibles et des puissants. Albert Camus mettait en garde contre les deux premières catégories : « Il y a des orphelins féroces et des veuves abusives ! » L'ingratitude est souvent la rançon du serviteur de la loi. Il y a aussi l'ambigüité à ne jamais rater l'occasion de lever sur l'assistance judiciaire à fournir aux démunis comme aux nantis. La discrimination à l'égard de l'une comme de l'autre catégorie est contreproductive. Il faut du flair pour déceler ces nuances dès l'entame dans la profession. Jean avait décelé ces nuances. Aussi n'ai-je pas été étonné de constater cette affluence lors de la cérémonie d'adieu en l'église paroissiale St-Pierre le lundi 28 mars. Evidemment, la présence de membres de toutes les professions du droit est significative de la considération et du respect dont il bénéficiait. Un serviteur de la loi : Jean était un passionné du droit. A la barre, le verbe convaincant. L'argumentation serrée. La réplique opportune. Le sens de la contradiction. Il avait la réputation de la maîtrise de son dossier. Tout cela témoignait de la besogne abattue avant l'audience. En effet, une méthodique application dans la préparation de son dossier était à la clef de son succès. La consultation des textes et la discussion des points de fait et des points de droit sont les étapes préalables à l'audition de l'affaire. Quand arrive la plaidoirie, la persuasion du juge de siège devient un exercice relativement facile. J'ai été témoin de ses nombreuses prestations à la barre, l'une d'elles reste mémorable : l'affaire Florence Elie - Guy Malary à la cour d'appel. En entendant Jean plaider ce matin-là, je réalisai que le droit international privé (d.i.p) pouvait avoir une traduction concrète. Un divorce intervenu en République Dominicaine et son exécution au regard de la loi haïtienne, d'où une difficulté de taille. Les plaidoiries des avocats des deux parties tinrent en haleine l'assistance. Dans le silence de son cabinet - quand il avait terminé avec la réception des visiteurs ou de retour du tribunal - il ouvrait les livres (manuels et code), il potassait. Cette assiduité avec les auteurs, les doctrinaires faisait également sa force. Dois-je préciser que Me Garnier ne faisait que ça, que la pratique du droit, et c'est une performance. Eh oui ! avoir pu résister aux sollicitations diverses pour rester au service de la loi, pour incarner la défense est un tour de force. Impressionné par la combativité et le brio de Me Luc D. Michel, son modèle, il me disait : « Tonton an la toujou ! » (Il tient le coup !).Plus généralement, il avait du respect pour les aînés comme pour les plus jeunes. Par ailleurs, une fois, sur le constat du blocage d'un dossier, il me fit une confidence : « Quand la politique rentre dans une affaire, le droit en sort. » Me Garnier était jaloux de l'indépendance de la justice. Enfin, sa discrétion est la raison pour laquelle beaucoup de gens ignorent sa disponibilité envers les jeunes. Sur l'insistance de Jean Henry Céant, il accepta la chaire de « Voies d'exécution » ; avec passion, il transmit son savoir en la matière aux étudiants de l'Université Quisqueya, puis ceux de la faculté de Droit de l'UEH bénéficièrent de son enseignement. Quand il m'en parla, je me demandai : Où trouve-t-il le temps ? Pourtant, il aménageait sa journée pour répondre à ses obligations d'autant qu'il était soucieux du respect de la parole donnée. On n'en finirait pas de faire l'éloge d'un homme qui a servi son pays et mérité de la considération générale. Si la profession a reçu la nouvelle de sa disparition comme un choc, on imagine combien le coup est rude pour la famille et pour la confrérie des agronomes et celle des statisticiens dont il faisait aussi partie. Ceux qui l'ont connu cherchent une explication au soudain départ pour aussitôt admettre que Jean a été miné par les épreuves. D'abord la disparition tragique de sa fille Sophia, puis la mort de sa soeur, enfin l'ultime épreuve de sa mère qu'il n'a pas pu sortir vivante des décombres de sa maison le 12 janvier 2010. Cette succession de malheurs ébranle la constitution humaine la plus vigoureuse. Ces coups du sort ont eu raison de l'homme attaché aux valeurs familiales. Le désarroi dans lequel est plongée la famille est complet. La douleur familiale est partagée par toute la communauté.
Jean-Claude Boyer jc2boyer@yahoo.com mercredi 30 mars 2011
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