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par Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval
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SOCIETE
Carte blanche à Jean-Claude Boyer
L'habileté corporelle d'une mère
Le Nouvelliste | Publié le :26 février 2012
 Jean-Claude Boyer jc2boyer@yahoo.com
C'était une mère habile que la mienne. Son prénom : Nerélia. En somme, c'est ce qui était inscrit dans le registre de l'état civil; mais ses proches la connaissaient sous celui de Nélia. Alors, tantôt il y en a qui l'appelaient Nérée, d'autres la désignaient par Nélia. Les deux sonnaient poétiquement à mes oreilles. Mais, comme elle avait épousé Daniel, avec le temps une glissade s'opéra: on l'appella Dane. Les trois m'étaient familiers. Ah ! je m'égare ! Ce n'est pas sur les acceptions de son identité que je compte m'étendre. Je voulais évoquer la manière dont elle exerça son rôle de mère. Vous me direz que c'est banal, ordinaire, que toutes les mères jouent leur rôle ? C'est vrai. Ce qui n'empêche pas que je l'ai trouvée exceptionnelle dans l'exécution de ce rôle. Chaque fois que j'y pense, je réalise combien je lui suis redevable. Dès fois, au milieu d'une conversation amicale, je lance : « Je lui dois la vie ». On ne me suit pas, puisqu'elle m'a mis au monde. Au fond, on ne voit pas où je veux en venir. Alors je parle d'abondance de ses opérations de sauvetage. Pour la circonstance, je fais court. Du moins j'essaie. L'enfance est le temps de l'insouciance. Mais essentiellement celui de l'éveil (pas de la curiosité seulement). L'éveil peut déboucher sur des situations à risque. Je me revois enfant dans cette maison au haut de la route de Frères. Je suis intrigué par ce meuble luisant posé au salon à un angle, marque Philipps, d'où s'échappe une voix humaine. A l'arrière, une couverture trouée en rondeurs régulières. Je veux absolument toucher de ma main le « speaker » parce qu'il s'agit d'un appareil récepteur, donc d'une radio. Alors, un jour il me prend l'envie de glisser la main à travers la couverture arrière. Le choc électrique est instantané. Je pousse un cri. Nélia comprend très vite le danger d'électrocution qui menace son fils cadet. Sans perdre une seconde, elle s'élance, plutôt elle voltige - c'est le verbe qu'elle utilise dans ce genre de situation - et me prend par le bras. Mais l'électricité est communicative. Elle penche d'un côté et m'entraîne au sol avec elle, puis pousse un ouf de soulagement. Je l'ai échappé belle. Une autre fois, j'avale un bouchon de kola. Nélia, me voyant m'étouffer, n'hésite pas une seconde et voltige en ma direction. Elle me retourne la face en bas entre ses jambes et me frappe le dos avec vigueur. Le bouchon ressort ensanglanté de ma gorge. Dans les deux situations, mes yeux exorbités ne laissaient pas l'ombre d'un doute sur le danger encouru. Ah! avec son habileté et sa présence d'esprit, elle m'a sauvé la vie ! Vous me direz que chaque mère fait jouer son instinct ? Je ne veux pas plaider pro domo, mais chez elle l'instinct était plus aiguisé. Avec le recul, je réalise que l'habileté - ce qu'elle traduisait par être « exacte »- est un attribut maternel. Ce disant, je n'insinue en rien que le père n'en est pas doté. Il y a plutôt qu'en ce temps-là les femmes étaient, pour leur grande part, au foyer. Cela ne veut pas dire qu'elles n'exerçaient pas une activité économique avec ce statut, les économistes le savent bien. L'absence du père s'explique parce qu'il était économiquement actif dans un lieu autre que la maison. Aussi je ne veux pas accabler les pères en les taxant d'absentéistes. Pourtant, je n'arrive pas à éloigner de mon esprit la présence de la mère en cas de danger. Nélia m'aura encore sorti d'autres mauvaises passes, j'en retiens deux : 1) un haricot - du pois de France- inconsciemment introduit dans les narines (avec une pince à cheveux, elle désobstrua l'orifice nasal) ; 2) Cette pièce d'un penny avalée. Là encore, elle me tira d'embarras. Je lui dois une fière chandelle. Pas seulement pour m'avoir secouru quand j'étais en bas âge, surtout pour l'affection dont elle m'a entouré jusque dans ma vie d'homme et jusqu'à la séparation, il y aura bientôt dix ans. Que l'on m'excuse pour le ton personnel de ces lignes. Elles ont tourné à la confidence, ce n'était pas intentionnel, je veux dire : prémédité.
Jean-Claude Boyer jc2boyer@yahoo.com
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