SOCIETE
Carte blanche à Jean-Claude Boyer
La paix facultative
Le Nouvelliste | Publié le :26 février 2012
Jean-Claude Boyer
Jc2boyer@yahoo.com
Quand éclata la crise sanitaire avec la maladie du choléra qui , jusque-là, nous avait épargnés, à la messe dominicale se posa le problème du don de la paix. La paix était donnée à ses voisins de banc par une poignée de main. A l'église paroissiale Saint-Pierre, dans un premier temps, l'on passa outre. Mais l'abstention ne résout rien. Alors, l'on suggéra de se signer. Auparavant, on observa un flottement ; une fidèle assistante choisit de se désinfecter les mains, aussitôt que la paix fut donnée. Le deuxième dimanche suivant l'éclatement de l'épidémie, la panique se lisait sur son visage ; comme d'habitude, elle est accompagnée de sa fille, âgée environ de 14 ans, elle lui exige la même précaution sanitaire.
Avec amertume, l'on assistait à une désocialisation. Je m'explique : avec la propagation de l'épidémie de choléra, des gens en société renonçaient à un geste qui les rapproche. Le plus fâcheux, le don de paix se fait sous le parapluie de Dieu. Et malgré cette bénédiction, la peur paralyse désormais cet élan coutumier.
Il est vrai que, à la messe, les célébrants n'invitaient plus au don de paix. Jusqu'au samedi 25 décembre, messe de dix heures, pendant laquelle le père Alex Fils invita à donner la paix, le rituel avait été mis entre parenthèses. J'ai beaucoup apprécié le comportement démocratique du clergé, en ce sens qu' aucun célébrant n'alla jusqu'à imposer le geste. A titre d'exemple supplémentaire, j'avais retenu, lors de la célébration de la messe traditionnelle du 2 novembre en souvenir de nos chers disparus, que le père Jean-Claude Edmond ne faisait pas du geste de paix une obligation :«On peut donner la paix comme on peut ne pas donner la paix», conseillait-il. Par cette position souple, le paroissien disposait du libre choix.
La paix facultative ne comble pas le nécessaire besoin de rapprochement entre les paroissiens. Or, il faut bien que le besoin de se rapprocher soit satisfait. Je ne pense pas que se signer, s'incliner suffise. Aussi est-ce sans surprise que, le jour de la Noël, je constatai en l'église paroissiale Saint-Pierre la reprise d'un geste simple mais ô combien profond. Pendant un court instant, hommes et femmes, tous paroissiens, se donnent la main, échangeant un salut dans la charité du Christ. Il n'en faut pas davantage pour me faire penser que la peur (de contamination par le touchement des mains) a été vaincue.
Continuerions-nous à mériter le statut humain si nous ne devions plus nous toucher par la main ? Quand on doit porter secours au blessé ou à celui qui court un danger, avec quoi le faisons-nous ? Avec les mains. Et si rien ne pouvait remplacer les mains pour se rapprocher et se rencontrer ?
Jean-Claude Boyer
Jc2boyer@yahoo.com
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