SANTE
Mon dit
Quand le crabe vous ronge
Le Nouvelliste | Publié le :11 janvier 2010
Dr Philippe Desmangles; pdesmangles@yahoo.fr
Étrange maladie qui vous consume à petit feu, le cancer, dont le nom latin veut dire crabe, à perdu la vedette. Non pas parce qu\'il ne tue pas autant qu\'avant, mais tout simplement parce qu\'une autre plus grave, ne possédant aucun traitement pour la guérir, tient le haut du pavé : le sida. Presque avec soulagement, un patient pourrait s\'écrier : « Dieu merci! je n\'ai que le cancer ». Mais en fait, que savez-vous de cet étrange mal ? Pas grand-chose ? Aussi je tâcherai de vous en expliquer les grandes lignes.
Les plus petites entités vivantes qui constituent notre corps s\'appellent des cellules. D\'abord toutes semblables lors de la conception, les cellules embryonnaires vont se spécialiser, on dit qu\'elles se différencient, elles se rassemblent alors en tissus qui formeront les organes. Ces derniers s\'ordonnent en appareils ou systèmes qui composent l\'organisme. Le contrôle strict de ce processus dans un organisme sain et jeune empêche les cellules de se multiplier n\'importe comment. Ainsi, lorsque le tissu d\'un organe a atteint le développement escompté, la régulation du corps empêchera une multiplication cellulaire excessive, un de ses facteurs programme la mort des cellules anciennes, c\'est l\'apoptose. De plus, d\'autres mécanismes fixent les cellules à leur tissu pour qu\'elles ne se baladent pas n\'importe où. Mais parmi elles, quelques brebis galeuses arrivent à tromper la surveillance et se débarrassent même de leur spécialisation en essayant coûte que coûte de retrouver leur caractère embryonnaire. Heureusement, l\'organisme jeune arrive à s\'en débarrasser, écartant ainsi le danger.
Mais devant toute déficience aux causes multiples : faiblesse congénitale, attaque virale, agression de toute sorte du milieu extérieure (rayonnement nocif, tabac...), les cellules dangereuses vont pouvoir se développer anarchiquement et former une tumeur. Cette dernière ne suit que ses propres lois et va se développer aux dépens du tissu de l\'organe où elle se trouve. Formées de cellules en constante mutation, se multipliant sans aucun contrôle et devenues immortelles, la tumeur a besoin d\'énergie pour se développer. Elle va ainsi détourner à son profit les réserves de l\'organisme ; elle l\'affaiblit tout en grandissant. Ses cellules non contrôlées vont se détacher de la tumeur et se disséminer dans l\'organisme grâce au système vasculaire, en particulier le réseau lymphatique. Aussi va-t-on les retrouver dans les ganglions, sortes d\'organe à la forme d\'un grain de pois rouge qui sert de barrière aux infections. Nos malignes les colonisent et les font enfler. Se fixant dans les autres organes, ces baladeuses vont y établir des tumeurs filles que l\'on nomme métastases et, à cette phase, on parlera de cancer généralisé qui est le stade final de la maladie. La formation de la tumeur initiale et la colonisation des ganglions constituent les deux premières étapes.
La rapidité du développement de la tumeur, sa facilité à se métastaser, explique les diverses formes de cancer. Certains, fulminants, entraînent un rapide trépas, prenant de court toute approche thérapeutique. D\'autres se développent insidieusement et ne se révéleront qu\'une fois trop tard. Pour lutter contre le cancer, il existe ainsi deux voies. La première, la prévention, consiste à nous protéger des produits cancérigènes comme le tabac, l\'excès d\'alcool, de graisse animale... Dans la deuxième, le dépistage, on recherche, chez une personne qui ne présente pas de symptômes, à mettre en évidence la maladie de manière précoce. La médecine dispose de toute une batterie d\'investigations qui vont de la simple palpation des seins à l\'examen microscopique du tissu concerné en passant par les frottis des sécrétions (vaginales, par exemple).
Les traitements imposent la présence de plusieurs spécialistes unis dans une réflexion commune et, suivant le type de la tumeur, les propositions iront de la chimiothérapie (on donne des médicaments qui iront détruire le cancer) ou la radiothérapie (on utilise des rayons) aux exérèses larges (le chirurgien enlève tout, même le tissu sain qui entoure la tumeur). Dans les pays plus avancés, le traitement de la douleur et un support psychologique aident le patient dans son épreuve.
Voilà, c\'est tout ! Mais je me dois d\'insister sur la prévention et le dépistage, car ils ont sauvé pas mal de vies. Alors mesdames, surveiller les seins et l\'utérus, et vous messieurs votre prostate (au fait, il faudrait que je m\'y mette !) et, de grâce, laissez tomber la cigarette !
Dr Philippe Desmangles; pdesmangles@yahoo.fr
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