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EDITORIAL

Hugo Chavez, de l'ennemi au meilleur ami d'Haïti
Le Nouvelliste | Publié le :05 mars 2013
 Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval
Chaque Haïtien pense à un grand ami d'Haïti et au leader de l'Amérique latine, suite au départ de Hugo Chavez, président du Venezuela. Tout Haïtien a goûté aux fruits de la coopération initiée entre la République bolivarienne qu'il a incarnée et notre pays qui avait donné asile et fourni assistance à Simon Bolivar, le libérateur dont il s'inspire. En Haïti, Hugo Chavez laisse le souvenir d'un ami de ce coin de terre, respectueux des Haïtiens et fidèle au souvenir de nos temps heureux quand nous aidions les autres peuples de l'Amérique latine dans la conquête de leur indépendance. Pourtant, rien ne présageait des relations apaisées entre Haïti et le Venezuela quand le 4 février 1992, Chavez, à la tête du MBR-200, tente un coup d'État contre le président vénézuélien Carlos Andres Perez. En novembre de la même année, alors que Chavez est en prison - il y restera deux ans avant que Rafael Caldera le libère -, le MBR-200 échoue dans une nouvelle tentative de coup d'État. Chavez, le militaire, s'attaque à Carlos Andres Perez, celui qui, depuis son soutien à Ertha Pascal Trouillot puis à Jean-Bertrand Aristide, représente l'allié de choix de la démocratisation en Haïti. Les militaires haïtiens comme Chavez épuisent les formes de coup d'État et cela rappelle de mauvais souvenirs à de larges tranches de la population haïtienne. Chavez, comme les militaires haïtiens, est, à l'époque, l'incarnation du parfait fauteur de troubles. Ne s'est-il pas levé contre Carlos Andres Perez, celui de qui il avait reçu son sabre d'officier en juillet 1975 ? En 1998, quand Hugo Chavez devient président et rejoint le rang des leaders démocratiquement élus de l'Amérique, il se positionne très vite comme un ami d'Haïti. D'année en année, celui qui renforce son assise au Venezuela, change la Constitution, le nom du pays et affirme son orientation socialiste, se rapprochera d'Haïti. Cependant, René Préval d'abord, puis Jean Bertrand-Aristide se montrent prudents. Ont-ils peur de ce militaire qui leur rappelle de mauvais souvenirs ou de trop de proximité avec un Castro bis, eux qui ont rétabli (Aristide) et renforcé (Préval) les relations avec Cuba, le trublion de l'Amérique? Quand Hugo Chavez annonce sa première visite en Haïti sous le deuxième mandat de Jean Bertrand-Aristide, celui-ci accueille en grande pompe Carlos Andres Perez qui lui avait offert le gîte et le couvert après le coup d'État sanglant de septembre 1991. Chavez ne viendra pas. Pendant le deuxième mandant de René Préval, Hugo Chavez visite enfin Haïti en 2007. Le séjour est bref, l'accueil sans faste ni grande affection. Le président Chavez signe des accords, et ce qui est devenu le plus important programme de coopération Sud-Sud dont bénéficie Haïti, voit le jour : Petrocaribe. Chavez sera toujours disponible pour Haïti, multipliant les largesses, fermant les yeux sur les questionnements que suscitent les financements vénézuéliens. Le pétrole à meilleur marché, des centaines de millions de dollars de dettes effacées, des millions de dollars de projets clés en main, des dizaines de kilomètres de route, trois centrales électriques, des ponts et des projets dans une multitude de secteurs prennent corps grâce au levier financier rendu disponible grâce à Petrocaribe. En échange, Haïti supportera du bout des lèvres les initiatives diplomatiques vénézuéliennes et adhérera sur la pointe des pieds aux projets bolivariens. Il faudra attendre la présidence de Michel Martelly et le règne de son ministre des Affaires étrangères puis Premier ministre, Laurent Lamothe, pour que s'opèrent de gros changements. Décomplexés, catalogués à droite, capitalistes sans fard, les leaders Tèt Kale n'ont pas de réticence à se jeter dans les bras des Boliviens, Honduriens, Nicaraguayens, Cubains et Vénézuéliens qui, tous de gauche, animent une alliance qui partage des idéaux, mais surtout la manne pétrolière du Venezuela. Chavez et son vice-président et successeur désigné Nicolas Maduro auront toujours un chéquier en main et le coeur à bout de bras pour donner suite aux demandes haïtiennes. Martelly et Lamothe ont déjà réalisé en deux ans plus de voyages à Caracas que les deux présidents Lavalas qui ont été élus chacun deux fois. Plus de projets aussi. Plus que René Préval, vieux sage prudent, ou Jean Bertrand-Aristide, et son passé de prêtre adepte de la théologie de la libération, Martelly et Lamothe vivent bien leur amitié avec le Venezuela et en assument les conséquences même s'ils sont toujours prêts à faire machine arrière quand les amis de leurs amis s'invitent autour de la table au point d'indisposer les amis historiques d'Haïti. Mais comme le dit un responsable haut placé du gouvernement actuel, « l'amitié pour un pays dans le besoin et pauvre comme Haïti ne se mesure pas en nombre d'années de domination, mais en combien de millions qui sont sur la table ». De ce point de vue, la mort de Hugo Chavez va faire couler beaucoup de larmes et susciter des regrets infinis. Haïti s'est senti enfin très bien avec son meilleur ami un peu tard. Haïti et le Venezuela ont un long passé d'amitié et d'entraide. Pendant la dictature des Duvalier, Caracas hébergeait les exilés haïtiens et c'est sous la présidence de Leslie Manigat que le Venezuela offrit son aide en leader régional. Rien ne dit que les deux pays ne vont pas continuer à coopérer envers et contre tout.
Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval
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