NATIONAL
Coopération Venezuela-Haïti/PetroCaribe
Chàvez parti, Haïti dans le doute
Le Nouvelliste | Publié le :05 mars 2013
Robenson Geffrard, rgeffrard@lenouvelliste.com Twitter: @robbygeff
Le président vénézuélien Hugo Chàvez est décédé mardi dans un hôpital militaire à Caracas, à 58 ans, à la suite d'un cancer diagnostiqué en juin 2011. Le Venezuela est plongé dans la consternation et l'émoi. En Haïti, les autorités saluent le départ de ce grand ami du peuple haïtien et croisent les doigts pour l'avenir du programme PetroCaribe.
Sans conteste, Hugo Chàvez a été un grand ami du peuple haïtien. Il a toujours témoigné son amour et son profond respect pour ce pays qui avait aidé ses ancêtres dans leur lutte pour la liberté. Si la nouvelle de la mort du leader de la République bolivarienne a plongé le Venezuela dans la consternation et l'émoi, en Haïti c'est l'inquiétude et le doute pour la poursuite du programme PetroCaribe, fer de lance des programmes sociaux de l'administration Martelly/ Lamothe.
Le chancelier haïtien, qui récemment avait accompagné le Premier ministre Laurent Lamothe au Venezuela dans le cadre du programme PetroCaribe, dit apprendre la nouvelle de la mort de Hugo Chàvez avec la plus grande tristesse. Cependant, selon le ministre Pierre-Richard Casimir, la disparition du leader de la République bolivarienne ne devrait pas avoir de grandes conséquences sur la coopération entre les deux pays.
Selon lui, les relations entre les deux pays remontent bien avant l'arrivée de Chàvez à la tête du Venezuela. « En 1991, l'ancien président vénézuélien Carlos Andres Perez avait déjà commencé à renforcer les relations avec Haïti alors qu'il n'était pas membre du parti politique de Chavez, a rappelé le chancelier Casimir. La coopération va se poursuivre même si l'opposition arrive à prendre le pouvoir>>, a-t-il assuré au Nouvelliste.
Toutefois, le ministre des Affaires étrangères a reconnu que ce départ constitue une grande perte pour Haïti et que les relations d'amitié comptent beaucoup dans les relations internationales. « Je n'ai aucune crainte pour l'avenir des relations entre les deux pays. On a l'habitude de rencontrer les leaders de l'opposition au Venezuela. Ils ont toujours exprimé leur gratitude à l'égard du peuple haïtien... »
Une toute autre lecture pour l'ingénieur Lesly Voltaire, ancien candidat à la présidence. Selon lui, ce serait une bonne chose pour Haïti et la région si Nicolas Maduro, le successeur désigné de Hugo Chàvez, arrive à prendre le pouvoir via des élections. « Mais si la droite vénézuélienne arrive à prendre le pouvoir, et Haïti et Cuba seront jetés aux oubliettes », a-t-il prédit.
Voltaire a auusi souligné que les médecins cubains ont maintenu Chavez en vie afin de permettre à ce dernier de faire une sorte de transition en reconfirmant Nicolas Maduro comme son successeur.
Pour avoir vécu pendant huit ans au Venezuela avec son époux, ancien chef d'Etat haïtien, Mirlande Manigat en sait quelque chose sur la coopération entre les deux pays. Elle a rappelé que le programme PetroCaribe n'avait pas été institué par Hugo Chavez. Toutefois, a-t-elle dit, ce dernier a donné à cette coopération une dimension économique et politique dans la région. « Je pense que peut-être le programme va continuer, mais les choses peuvent changer en ce qui concerne Haïti », a souligné la responsable du parti RDNP.
L'ancienne candidate à la présidence, qui a souligné que la mort de Hugo Chàvez était attendue a par ailleurs indiqué que le défunt président n'a pas eu le temps d'unifier l'Amérique latine mais qu'il a monté un solide réseau de solidarité qui tend à gauche.
Lors d'une visite officielle du Premier ministre Laurent Lamothe au Venezuela au début du mois de janvier, Nicolas Maduro avait déclaré: «...Parce que Haïti nous a aidés dans notre lutte pour l'indépendance, nous avons une dette éternelle envers le peuple haïtien. C'est pourquoi nous allons supporter le pays pour toujours.»
Dans un communiqué, le chef de l'Etat haïtien, Michel Joseph Martelly, a exprimé sa consternation à la suite du décès de Hugo Chavez. Il a rendu « un vibrant hommage à ce grand ami d'Haïti qui n'a raté aucune occasion pour exprimer sa solidarité en faveur du peuple haïtien dans ses moments les plus difficiles. A travers le programme PetroCaribe, le président Chavez a contribué grandement à l'exécution de grands chantiers à travers le territoire haïtien en faveur du développement durable. »
En larmes ce mardi, le vice-président vénézuélien, Nicolas Maduro, a annoncé la nouvelle de la mort de Hugo Chàvez. Les autorités ont décrété sept jours de deuil et les funérailles nationales sont prévues vendredi. Agé de 50 ans, M. Maduro devrait être le candidat du Parti socialiste au pouvoir pour l'élection présidentielle anticipée dont l'organisation doit intervenir dans les 30 jours, selon la Constitution du Venezuela.
Vainqueur de toutes les élections auxquelles il était candidat depuis son arrivée au pouvoir en 1999, Hugo Chavez est mort alors qu'il avait été réélu pour un nouveau mandat de six ans, le 7 octobre 2012. Le 10 janvier dernier, il n'avait pas été en mesure de prêter serment et son investiture a été repoussée sine die par le gouvernement. L'ancien militaire luttait depuis juin 2011 contre un cancer dans la zone pelvienne et avait été opéré à quatre reprises à Cuba.
Chavez a donné le pétrole au peuple vénézuélien, c'est pourquoi il est aussi aimé. Le président du Venezuela est mort, mais Hugo Chàvez sera toujours présent en Haïti, non seulement dans l'esprit des gens, mais surtout à travers les trois centrales électriques, le marché de Croix-des-Bossales, la piste de l'aéroport international du Cap-Haïtien qu'il a construits.
Robenson Geffrard, rgeffrard@lenouvelliste.com Twitter: @robbygeff
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