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CULTURE

Exposition / Pétion-Ville
Saint-Soleil sur les cimaises de la galerie Nader
Le Nouvelliste | Publié le :25 janvier 2013
 Claude Bernard Sérant serantclaudebernard@yahoo.fr
Sur les cimaises de la galerie Nader à Pétion-Ville, de mi-décembre 2012 et tout au long du mois de janvier 2013, les créations des filles et fils de Saint-Soleil dialoguent avec le public. C'est avec ces peintures que l'école d'art populaire, mise sur pied par Maud Gerdes Robart et Jean-Claude Garoute, a initié cette belle expérience  à Soisson-la-Montagne dans les années soixante-dix. Elle résiste encore aux effets de la mode. Ainsi, les multiples manifestations culturelles et les projets que l'Association des artistes de Saint-Soleil organise autour du mouvement maintiennent la flamme allumée.

Dans la salle André Malraux, chaque peinture raconte une histoire. Seul l'oeil actif et paré de chaleur du visiteur reconstitue cette histoire selon sa sensibilité et sa connaissance du mouvement Saint-Soleil.

Une vision moderne de l'oeuvre d'art

L'innocence, la manière d'organiser les idées et l'espace, l'agencement des couleurs, la spontanéité des toiles sont la source de formes originales qui nous poussent à poser un regard neuf sur ce capital culturel maintenu et enrichi par de modestes paysans haïtiens.

Pour le pur plaisir de s'exprimer, ceux-ci ont mis en valeur leur créativité à travers une démarche pédagogique libre de toutes contraintes académiques. Et c'est leur disposition d'esprit qui est à la base de Soisson-la-Montagne, une communauté d'artistes épanouis dans un village situé à mille mètres d'altitude entre Pétion-Ville et Kenscoff.

André Malraux, l'ancien ministre français de la Culture du général de Gaulle, avait découvert, au terme de sa vie et de son ultime voyage en Haïti en1975, ce type d'art sans les préjugés qui caractérisent généralement l'intellectuel occidental lorsqu'il s'agit de cultures qu'il ne comprend pas. Malraux ne l'avait pas appréhendé suivant un idéal de beauté et de finesse érigé en canon, que les critiques d'art, la mode, la publicité - en un mot, le marché - finissent par nous imposer...

Dans l'oeuvre de l'artiste, non préoccupé à faire du beau, peuvent surgir le caractère, l'expressivité, l'originalité et la puissance. C'est aussi, dans une vision moderne, une autre manière de faire de l'art. A cet égard, la réflexion de Tiga a toute sa justesse: «J'ai appris mon art à l'école du peuple ».

Ce peuple dont parlait Tiga, qui vivifie le soleil de Soisson-la-Montagne, le public le découvre à travers les noms des artistes qui composent l'ensemble, au bas des tableaux exposés à la galerie Nader: Levoy Exil, Prospère Pierre-Louis, Jesper Pierre-Louis, Louisanne Saint-Fleurant, Denis Smith, Dieuseul Paul, Payas, Yvon Alouidor, Antilhomme Richard, Saint-Jean, Alfred Smith, Zag, Matthieu Saint-Juste, Cinéus Lionel Paul, Onel - à côté des oeuvres du maître. Et c'est encore lui qui a eu ces mots inspirants : « Un peuple pénétré de l'esprit de l'art n'est ni ignorant ni analphabète. Car celui qui sait n'apprend pas. Il est ''minute-d'éternité'' et demeure l'axe de toutes les connaissances. »

Claude Bernard Sérant serantclaudebernard@yahoo.fr
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