Plus de 60 000 morts en 21 mois

En Syrie, chaque jour amène son lot de cadavres. « Lavi moun pa anyen. » Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), « les violences en Syrie ont déjà fait plus de 60 000 morts selon les Nations unies en 21 mois, sans qu'une issue au conflit n'ait pour le moment été trouvée.» Le président de la République arabe, Bachar el-Assad – qui a succédé en 2000 à son père, Hafez el-Assad – demeure accroché au pouvoir. Il se déclare défenseur d’un État laïque faisant face à une vague de terrorisme soutenu par des puissances étrangères. Les islamistes, pour leur part, rêvent de transformer ce pays en un royaume pour Allah. 

La montée de l’intolérance religieuse

D’un autre côté, foudroyés, nous assistons impuissants à la montée de l’irrespect du droit à la liberté des cultes dans plusieurs parties du monde. Cette intolérance religieuse accompagnée de violence met à mal le Nord du Mali où les défenseurs de l'Islam réduisent en pièces les mausolées de Tombouctou classés patrimoine mondial par l’Unesco. Les islamistes ne tolèrent sous aucun prétexte la vénération des saints. Ils anéantiront tout lieu où se dressent des idoles. Depuis des mois, les groupes islamistes des Touaregs maliens et ceux du mouvement national de libération de l'Azawad s’entre-tuent.

Au Proche-Orient, l’éternelle guerre entre Israël et la Palestine endolorit les cœurs. Les armes arrachent des cris de douleur en Irak, au Pakistan, en Afghanistan et dans plusieurs parties du monde où des conflits ne sont pas sous les projecteurs des médias.

Alors qu’en Haïti, les chrétiens célébraient la naissance de Jésus avec ferveur dans leur lieu de culte, dans le nord du Nigéria, l’infinie bêtise humaine a amené des hommes armés de fusils à tuer un prêtre et cinq fidèles dans une église lors de la traditionnelle messe de minuit. Non satisfaits de leur forfait, ils ont brûlé l’église.

Perspective de fin d’un monde

L’année dernière, des prophètes ont annoncé la fin du monde. Beaucoup de gens avaient cru dans cette prédiction apocalyptique qui se fonde sur le calendrier maya. La terre, le 21 décembre 2012, se lamentaient-ils, allait disparaître dans l’univers. En attendant, le monde continue. Chacun, comme à l’accoutumée a adressé des vœux de bonheur, d’amour, de paix, de santé et de prospérité à ses proches.

La Terre poursuit sa rotation dans l’univers. Entre ombre et lumière, les hommes et les femmes cheminent dans la vie avec leurs  grandeurs et leurs faiblesses. Ce dont nous avons besoin en 2013, c’est réellement la fin de ce nouveau désordre qui a cours sur notre planète et particulièrement en Haïti, ce coin de terre où nous vivons. N’est-ce pas que la fin du monde de l’esclavage s’est ouverte pour nous, le 1er janvier 1804, sur la promesse d’un peuple libre protégé par l’Etat d’Haïti ?

Depuis l’enfantement dans la douleur de ce nouveau monde, on est dans la douleur. Les belles perspectives se sont évanouies. Il ne nous reste que les cris de l’enfantement pour nous rappeler le passage d’un monde à l’autre.  

Notre État faible n’arrive pas à faire face aux besoins de sa population. Dans certaines parties du territoire de la République, sa présence est tellement insignifiante que des membres de la population se questionnent sur le pourquoi de la création de ce phénomène.

Il y a tant de mal qui a été fait à ce pays que les dirigeants d’aujourd’hui et de demain auront du mal à mettre de l’ordre dans cette grande faillite. Des scandales éclatent de toutes parts : le Parlement, la Présidence, le Conseil électoral provisoire, quant à la Police nationale d’Haïti supposée nous protéger et nous servir, elle s’est muée en loup dans la bergerie.

Le kidnapping dans un pays où les descendants d’Afrique ont été capturés pour être vendus comme des esclaves, ce commerce d’êtres humains est vécu comme un grand désastre dans la société, une négation de notre passé.

Il y a une grande détresse qui s’abat sur le petit peuple des débrouillards qui envahit les trottoirs et les rues comme une ruche humaine à la recherche du pain quotidien. Il y a une grande épreuve que vit cette jeunesse délaissée, traînant par les rues comme une épave. Ces jeunes ont grandi dans ce pays pour que leur jeunesse se gaspille comme l’eau des rivières qui n’arrose pas nos champs et qui va se perdre dans la mer.

Mais quelles nouvelles directions stratégiques allons-nous donc adopter pour sortir Haïti du cycle infernal de la pauvreté en 2013 ? Comment allons-nous nous organiser pour qu’il y ait plus d’opportunités économiques pour tous ? C’est donc cette opportunité qui va ouvrir les champs de l’espoir aux exclus de la société, aux sans-abri que le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a jetés dans des camps qui, comme Canaan, redessinent l’espace haïtien.

A propos de camps de sans-abri, des milliards de dollars ont perdu leur trace dans des tonneaux des Danaïdes. Les grands mangeurs de l’humanitaire ont fait leur beurre et l’argent du beurre. Et nous dans toute cette mascarade, nous avons joué le jeu du marché de l’humanitaire.

Alors, cette mentalité qui nous entraîne à perpétuer l’ordre des choses est un programme inscrit dans notre ADN culturel ! Ce logiciel nous structure et nous rend incapables de penser collectif. Nous retournons toujours comme le chat qui retombe sur ses pattes, à notre petit moi, à nos clans. Ce mal que nous avons fait à la société a déstabilisé les mentalités ; il a désorganisé la société. Les plus beaux fleurons d’intelligence qu’Haïti ait pu produire ont fait tellement de bêtises que beaucoup d’entre nous qui auraient pu montrer la voie n’osent s’affirmer et faire preuve de courage. Nous devenons plutôt indifférents, amorphes, cultivant une foi négative. Nous mettons toute notre énergie à croire que cette société qui a trouvé sa commodité dans la crasse et la laideur ne peut s’engager dans les grandes idées, les grands rêves qui élèvent un peuple dans la voie du progrès.

Mais l’homme n’est-il pas créateur et créature de sa culture ? Ne peut-il pas briser cette programmation pour en refaçonner une autre ?

S’il y a une fin du monde qui nous hante, c’est ce monde-là qu’il faudrait effacer de nos yeux comme un mauvais rêve. En cette nouvelle année, ayons plutôt faim d’un autre monde, un monde de paix, de sécurité, d’amour et de partage!

" /> Le Nouvelliste - Le rêve éveillé d'un monde nouveau
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L'EDITO DU JOUR
par Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval
La musique haïtienne vit son plus gros week-end. On peut même dire sa plus grosse semaine de l'année. Lancées mercredi avec une Emeline Michel et un Arly Larivière en verve, les festivités du Haitian Compas Festival prendront fin lundi après une douzaine de gros rendez-vous dans toute la Floride. Le...
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Matière à réflexion
Le rêve éveillé d'un monde nouveau
Le Nouvelliste | Publié le :03 janvier 2013
 Claude Bernard Sérant serantclaudebernard@yahoo.fr

Des nouvelles écœurantes ont émaillé l’année 2012.  Le 14 décembre, une fusillade a fait vingt-sept morts, dont vingt enfants à Sandy Hook, une école primaire au Connecticut. Un jeune Américain âgé de vingt ans a tué, à cette école dans le Newtown au Nord-Est des Etats-Unis, des enfants âgés de 4 à 15 ans. Nous avons été décontenancé par cette tragédie.

Partout sur la planète, le sang continue de couler. On est fatigué d’entendre la même rengaine dans notre village planétaire où, avec Internet, les informations tombent comme la foudre. Nos ordinateurs, reliés à la toile, ne sont pas dotés de paratonnerre pour nous protéger de la foudre.

Plus de 60 000 morts en 21 mois

En Syrie, chaque jour amène son lot de cadavres. « Lavi moun pa anyen. » Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), « les violences en Syrie ont déjà fait plus de 60 000 morts selon les Nations unies en 21 mois, sans qu'une issue au conflit n'ait pour le moment été trouvée.» Le président de la République arabe, Bachar el-Assad – qui a succédé en 2000 à son père, Hafez el-Assad – demeure accroché au pouvoir. Il se déclare défenseur d’un État laïque faisant face à une vague de terrorisme soutenu par des puissances étrangères. Les islamistes, pour leur part, rêvent de transformer ce pays en un royaume pour Allah. 

La montée de l’intolérance religieuse

D’un autre côté, foudroyés, nous assistons impuissants à la montée de l’irrespect du droit à la liberté des cultes dans plusieurs parties du monde. Cette intolérance religieuse accompagnée de violence met à mal le Nord du Mali où les défenseurs de l'Islam réduisent en pièces les mausolées de Tombouctou classés patrimoine mondial par l’Unesco. Les islamistes ne tolèrent sous aucun prétexte la vénération des saints. Ils anéantiront tout lieu où se dressent des idoles. Depuis des mois, les groupes islamistes des Touaregs maliens et ceux du mouvement national de libération de l'Azawad s’entre-tuent.

Au Proche-Orient, l’éternelle guerre entre Israël et la Palestine endolorit les cœurs. Les armes arrachent des cris de douleur en Irak, au Pakistan, en Afghanistan et dans plusieurs parties du monde où des conflits ne sont pas sous les projecteurs des médias.

Alors qu’en Haïti, les chrétiens célébraient la naissance de Jésus avec ferveur dans leur lieu de culte, dans le nord du Nigéria, l’infinie bêtise humaine a amené des hommes armés de fusils à tuer un prêtre et cinq fidèles dans une église lors de la traditionnelle messe de minuit. Non satisfaits de leur forfait, ils ont brûlé l’église.

Perspective de fin d’un monde

L’année dernière, des prophètes ont annoncé la fin du monde. Beaucoup de gens avaient cru dans cette prédiction apocalyptique qui se fonde sur le calendrier maya. La terre, le 21 décembre 2012, se lamentaient-ils, allait disparaître dans l’univers. En attendant, le monde continue. Chacun, comme à l’accoutumée a adressé des vœux de bonheur, d’amour, de paix, de santé et de prospérité à ses proches.

La Terre poursuit sa rotation dans l’univers. Entre ombre et lumière, les hommes et les femmes cheminent dans la vie avec leurs  grandeurs et leurs faiblesses. Ce dont nous avons besoin en 2013, c’est réellement la fin de ce nouveau désordre qui a cours sur notre planète et particulièrement en Haïti, ce coin de terre où nous vivons. N’est-ce pas que la fin du monde de l’esclavage s’est ouverte pour nous, le 1er janvier 1804, sur la promesse d’un peuple libre protégé par l’Etat d’Haïti ?

Depuis l’enfantement dans la douleur de ce nouveau monde, on est dans la douleur. Les belles perspectives se sont évanouies. Il ne nous reste que les cris de l’enfantement pour nous rappeler le passage d’un monde à l’autre.  

Notre État faible n’arrive pas à faire face aux besoins de sa population. Dans certaines parties du territoire de la République, sa présence est tellement insignifiante que des membres de la population se questionnent sur le pourquoi de la création de ce phénomène.

Il y a tant de mal qui a été fait à ce pays que les dirigeants d’aujourd’hui et de demain auront du mal à mettre de l’ordre dans cette grande faillite. Des scandales éclatent de toutes parts : le Parlement, la Présidence, le Conseil électoral provisoire, quant à la Police nationale d’Haïti supposée nous protéger et nous servir, elle s’est muée en loup dans la bergerie.

Le kidnapping dans un pays où les descendants d’Afrique ont été capturés pour être vendus comme des esclaves, ce commerce d’êtres humains est vécu comme un grand désastre dans la société, une négation de notre passé.

Il y a une grande détresse qui s’abat sur le petit peuple des débrouillards qui envahit les trottoirs et les rues comme une ruche humaine à la recherche du pain quotidien. Il y a une grande épreuve que vit cette jeunesse délaissée, traînant par les rues comme une épave. Ces jeunes ont grandi dans ce pays pour que leur jeunesse se gaspille comme l’eau des rivières qui n’arrose pas nos champs et qui va se perdre dans la mer.

Mais quelles nouvelles directions stratégiques allons-nous donc adopter pour sortir Haïti du cycle infernal de la pauvreté en 2013 ? Comment allons-nous nous organiser pour qu’il y ait plus d’opportunités économiques pour tous ? C’est donc cette opportunité qui va ouvrir les champs de l’espoir aux exclus de la société, aux sans-abri que le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a jetés dans des camps qui, comme Canaan, redessinent l’espace haïtien.

A propos de camps de sans-abri, des milliards de dollars ont perdu leur trace dans des tonneaux des Danaïdes. Les grands mangeurs de l’humanitaire ont fait leur beurre et l’argent du beurre. Et nous dans toute cette mascarade, nous avons joué le jeu du marché de l’humanitaire.

Alors, cette mentalité qui nous entraîne à perpétuer l’ordre des choses est un programme inscrit dans notre ADN culturel ! Ce logiciel nous structure et nous rend incapables de penser collectif. Nous retournons toujours comme le chat qui retombe sur ses pattes, à notre petit moi, à nos clans. Ce mal que nous avons fait à la société a déstabilisé les mentalités ; il a désorganisé la société. Les plus beaux fleurons d’intelligence qu’Haïti ait pu produire ont fait tellement de bêtises que beaucoup d’entre nous qui auraient pu montrer la voie n’osent s’affirmer et faire preuve de courage. Nous devenons plutôt indifférents, amorphes, cultivant une foi négative. Nous mettons toute notre énergie à croire que cette société qui a trouvé sa commodité dans la crasse et la laideur ne peut s’engager dans les grandes idées, les grands rêves qui élèvent un peuple dans la voie du progrès.

Mais l’homme n’est-il pas créateur et créature de sa culture ? Ne peut-il pas briser cette programmation pour en refaçonner une autre ?

S’il y a une fin du monde qui nous hante, c’est ce monde-là qu’il faudrait effacer de nos yeux comme un mauvais rêve. En cette nouvelle année, ayons plutôt faim d’un autre monde, un monde de paix, de sécurité, d’amour et de partage!

Claude Bernard Sérant serantclaudebernard@yahoo.fr
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