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par Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval
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CULTURE

Musique/Rap
« Je rap donc je suis ! »
Le Nouvelliste | Publié le :27 décembre 2012
 Propos recueillis par Gaëlle Bien-aimé
« Mon rap, ce n'est pas que du rythme ou de la poésie, c'est ma rage ! » déclare Valckensy Dessin, plus connu sous le nom de K-libr'Mystik , chanteur, rappeur du groupe « Mystik 703 ». Il a signé le mardi 18 décembre 2012, à l'Institut Français en Haïti, un album titré « Mes tourments ». K-libr'Mystik nous parle de sa passion, de son nouvel album et de ses perspectives.

LN : Voilà maintenant plus de 10 ans que vous rappez, après l’album K.O avec Jean-Bernard Félissaint de son nom d’artiste « Ouragan » qui lui aussi est du groupe Mystic 703, vous nous offrez « Mes tourments », parlez-nous-en.

KM : A chaque fois qu’il y a quelque chose qui me traverse, je l’écris, je le rap. Ce disque n’est que le premier chapitre de mes tourments. J’ai beaucoup à dire et une plaque de 14 titres ne suffit pas. J’ai soulevé nos problèmes socioéconomiques et politiques, mais je n’ai parlé que de la capitale alors que les difficultés que rencontre la paysannerie me préoccupent autant. Dans « Mes tourments » je parle de ce pays, de cette jeunesse, et j’espère avec ce disque réveiller quelques consciences.

LN : Un fan à la vente signature à l’institut, a effectivement affirmé que vous faites du « Rap-conscience ». Votre musique propose des sujets de réflexion  et remet en question a-t-il ajouté. A notre fameux proverbe « ret trankil se remèd kò » par exemple, vous aviez ajouté : « Men se pwazon pou lespri ». Le public avait applaudi chaudement. Pourquoi cette antithèse ? Pensez-vous que le message est passé ?

KM : Souvent le public est séduit par la « vibe », le bit. Il se perd dans la mélodie et les jeux de sonorités. Il ne va pas plus loin que ça, alors que ce n’est que la forme et le fond pour moi est tout aussi important. Le proverbe « ret trankil se remèd kò », m’avait frappé. Lorsque les « granmoun » vous répètent ce vieil adage c’est pour vous mettre en garde. Cela veut dire entre autre, de ne pas s’impliquer, de ne pas questionner ni explorer des zones d’ombres. « Ret trankil se remèd kò » pour ne pas réagir, ne pas affronter. Je ne suis pas d’accord. Rester tranquille, donc ne pas aller au-delà de ce qu’on voit, ne pas chercher à savoir plus que ce qu’on nous fait gober ? Quand une citation m’interpelle, je le partage avec mon public. Je fais ce qu’on appelle en rap, un « Punch line », c’est-à-dire, une ligne, une phrase qui percute. Le jeu consiste à ajouter une phrase ou des mots qui jouent sur l’essence et le sens d’un slogan ou d’un proverbe connu. Oui, je crée mes « Punch lines » dans le but de frapper, de déranger, nous réveiller dans nos tripes. Je suis content de constater que ces phrases font de l’effet, mais je souhaite et espère qu’on a compris en profondeur.

LN : Dans vos textes vous utilisez beaucoup les figures de style, des calembours notamment. Votre rap est qualifié de poétique. Cependant, certaines personnes disent que le rap n’est pas de la musique. Qu’en dites-vous ?

KM : Moi je dis que ces gens-là sont très limités. Cela fait belle lurette depuis que les sons qui s’harmonisent pour produire de la musique ne se limitent plus à « do ré mi »; d’ailleurs, il y a des sons qui n’existent sur aucun instrument. D’autres instruments ont été inventés pour compenser ce vide. Il faut que les gens se défassent de cette idée classique de la musique. Aujourd’hui nous avons la musique alternative, le « Heavy metal », le « Dirty Rock », par exemple qui est composé avec des notes particulières. Ces gens s’appuient sur le fait que le rap se compose de fragment de sons. Mais le rappeur contrairement à ce que l’on croit, est soumis aux rigueurs de la musique, il fait une lecture rythmique, sa musique à un temps et une mesure. Il y a de la musicalité dans ses phrases et le tout donne une harmonisation. J’ai fait l’école de musique et mes compétences en solfège m’aident à mieux faire du rap. Si ce que je fais n’est pas de la musique, alors qu’est-ce que c’est ?

LN : On qualifie votre musique d’inculture, que répondez-vous à cela ?

KM : Je dis que ce sont des préjugés. Qui fait du rap ? Pourquoi ils n’ont rien contre ceux qui font du jazz ? Le jazz qui d’ailleurs est une musique noire a l’origine, mais qu’on joue dans les salons aujourd’hui.  Le rap est la voix d’une catégorie sociale réprimée. Le rap est une culture nègre, un canal où passent revendications et frustrations. Un mode d’expression. Un rap qui se fait en créole, déjà sur le plan linguistique charrie ce qu’on est comme peuple. Reflète notre réalité, notre quotidien. Donc notre culture.

LN : Quels sont les perspectives pour l’album « Mes tourments » ?

KM : Je vais vendre ma musique via l’internet, pour une partie de mon public qui est incapable de faire le déplacement. Ensuite je vais commencer une tournée d’abord dans les universités. Je vais marcher vers mon public, lui parler moi-même. Il faut que j’aille vers ces jeunes qui étudient et réfléchissent, leur lancer certaines vérités à la figure. On n’a pas de pays sans jeunesse. Je ferai quelques villes de province au début de l’année prochaine et partir pour des performances aux Etats-Unis.

LN : Les fans demandent le groupe « Mystik 703 » qu’ils n’ont plus vu sur scène cela fait un bon moment. Donnez-nous des nouvelles.

Le groupe est là. Chaque personne travaille sur son projet respectif, ou a d’autres soucis comme c’est le cas de « Ouragan » qui n’est pas au pays actuellement, ce qui me permet d’affirmer officieusement que le groupe a pris une pause. Je me demande aujourd’hui quand la presse et les fans s’acharnent à avoir les nouvelles de « Mystik  703 », et clament qu’ils ont envie de revoir nous quatre ensemble, si le groupe a fini par ne plus exister, sont-ils conscients de leur part de responsabilité? Combien de ces fans ont acheté un album de Mystik  703? Nous en avions pourtant produit deux. Pour qu’un groupe survive, il faut qu’il soit en mesure de se reproduire dans ce qu’il fait et « Mystik  703 » a subsisté pendant dix ans avec peu; le groupe s’est battu pour en arriver là. Combien de fois nous avions donné de belles performances, cela a-t-il fait le buzz dans les journaux ? Pourquoi ils n’arrêtent pas de parler de la qualité de notre musique alors que nos disques restent chez nous ? Aujourd’hui tout le monde nourrit les rumeurs et va jusqu’à inventer une polémique qui en réalité n’en est pas une.  C’est vrai qu’à l’intérieur du groupe nous avons des visions différentes mais c’est ce qui fait un groupe. « Mystik  703 » est là. Moi, je ne vais pas m’arrêter. J’ai un studio chez moi, je crée. Je me lâche. Mon rap, c’est mon prolongement, l’écho de mon âme. Je rap pour résister ! 

Propos recueillis par Gaëlle Bien-aimé
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