(A suivre)
" />S.2. La méthode de sortie de crise
Le Cadre géopolitique
En ce qui concerne les risques d’effondrement, il est possible de partager les grands moments de la politique extérieure en trois grandes périodes qui dominent la vie de la République d’Haïti (RH), sortie des entrailles du colonialisme triomphant à la suite d’une longue et laborieuse parturition. Après une indépendance gagnée au prix du sang en 1804, le pays est entré dans une période d’isolement marquée par des rapports conflictuels avec la République Dominicaine (RD) et les anciens pays colonidlistes. Dans une seconde période allant de 1915 à 1945, elle a été occupée directement par les Etats-Unis d’Amérique (1915 / 1934) pour se transformer en satellite de ces derniers de 1934 à 1945. Puis vint une troisième période s’étendant de 1945 à nos jours, durant laquelle elle est devenue un membre des Nations unies et l’objet de l’Aide publique au Développement (APD). La question qui se pose, aujourd’hui, est celle de savoir dans quelle mesure les enseignements tirés de cette tranche d’histoire géopolitique peuvent contribuer à la construction d’une stratégie permettant de juguler la crise de l’effondrement national. La réponse à cette question sera recherchée, pour ce qui concerne l’objet de cette série d’articles, à travers le néobalaguérisme (selon la vision prophétique de Jared Diamond), le monroedisme (la doctrine de Monroe), le bolivarisme (Alternative Bolivarienne pour les Amériques) et le multilatéralisme onusien (via la MINUSTAH), lesquels constituent actuellement les trois grandes avenues de l’autoroute internationale de salut public.
Les limites du néobalaguérisme
On a déjà vu comment Jared Diamond est arrivé à la conclusion que tous les espoirs sont permis pour la République dominicaine (RD) et qu’il n’y a aucun espoir pour la République d’Haïti (RH). En raison de cela, celle-là pourrait jouer un rôle, si elle le désire, dans le destin de celle-ci, étant donné que les deux pays se partagent la même île avec un différentiel de gouvernance en faveur du pays de Duarte. Le néobalaguérisme (du nom du président Dominicain Joachim Balaguer, l’auteur de la Isla al Revés) est le nouveau défi lancé aux Haïtiens par Diamond qui estime que la RD peut jouer un rôle dans le destin de la RH. Il ne s’agit point ici de remettre en question la thèse de l’effondrement défendue par l’auteur de « l’Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie » mais plutôt de questionner la vision prophétique de Diamond vis-à-vis de la RH et de la RD. Une telle vision est, en quelque sorte, une forme de néobalaguérisme. Quelles que soient les raisons, bonnes ou mauvaises, positives ou négatives, qui ont motivé ce néo-balaguérisme, ce dernier est totalement infondé pour les raisons suivantes. Primo, on pourrait dire tout aussi bien que la RH a un rôle à jouer dans le destin de la RD. Secundo, les Haïtiens ont la capacité de défendre leur souveraineté nationale et d’empêcher que les Dominicains jouent un rôle quelconque dans leur destin. Tercio, la sagesse la plus élémentaire suggère de ne point écarter, non plus, la possibilité que les deux Républiques qui se partagent la même île antillaise choisissent de se construire un destin commun.
A l’exemple de l’auteur de L’Effondrement, il est possible d’argumenter, sans tomber dans le ridicule, que le pays de Dessalines a aussi un rôle à jouer dans le destin de la RD, surtout si on ne prend pas la peine, comme Diamond, de définir ce que cette expression veut dire. Néanmoins, celle-ci pourrait être comprise dans plusieurs sens différents : soit qu’un pays occupe militairement l’autre, soit que l’un des deux pays domine l’autre sur le plan politique, militaire, économique et/ou culturel soit enfin qu’il y ait influence réciproque des deux pays, l’un sur l’autre. Actuellement, comment se présente la situation de référence ?
Du point de vue économique, environnemental et militaire, l’avantage est à l’Est mais du point de vue politique et culturel, la comparaison prête à controverse car il est difficile, voire impossible, de mesurer, de calibrer et de quantifier dans ces deux derniers domaines. Il est bon de noter, néanmoins, que ce qui fait la force dominicaine sur le plan économique (balance commerciale favorable – exploitation de la main-d’œuvre haïtienne) peut faire aussi sa faiblesse, étant donné que la dépendance dominicaine du marché haïtien constitue, à certains égards, un risque de déclin de l’économie de la RD. En outre, tout autant qu’en la RD, les Haïtiens sans papier sont maltraités, les droits de leurs fils sont bafoués et que de nombreux Haïtiens légalement établis vivent dans la peur ou que des Dominicains d’origine haïtienne sont marginalisés, on peut conclure qu’il y a un problème haïtien sur le sol dominicain alors que l’inverse n’est pas vrai. De même, la densité de population étant plus forte en RH, cette dernière a un besoin d’espace vital beaucoup plus grand que son voisin ; ce qui fait que la RD a plus à perdre qu’à gagner dans un conflit territorial. En outre, l’histoire universelle regorge d’exemples où les plus petits arrivent à défier victorieusement les plus grands. Le vraisemblable n’est pas toujours vrai.
Sur un autre registre, tout laisse croire pourtant que les Haïtiens, autrefois si bagarreurs, sont de moins en moins capables, depuis près d’un siècle, de défendre avec succès leur souveraineté nationale. Ils ont tenté de le faire en 1915 et ils ont perdu la guerre. Charlemagne Péralte et Benoit Batraville ont combattu dans la solitude en 1915 et sont tombés dans l’oubli en 2012. Les Haïtiens n’ont pas pu résister en 1993, en 2004 et en 2005 devant la machine de guerre américaine. En 1993 et en 2004, on n’a vu à l’œuvre ni les fils de Péralte ni les cousins de Batraville. En 2005, l’Etat haïtien a sollicité, lui-même, l’intervention de la MINUSTAH (Mission des Nations unies pour la Stabilisation d’Haïti). La RH a-t-elle donc la capacité de dissuader les projets d’invasion armée, de quelque provenance que ce soit ? La réponse est non. Cela voudrait-il dire que la RD peut, sans aucun risque, profiter de l’état actuel du rapport de force entre les deux pays pour envahir la RH ? Si comme dit Diamond, l’île a été unifiée en quatre fois déjà, pourquoi pas une cinquième fois ? Mais pourquoi pas aussi une sixième fois ou autant de fois que la logique de coexistence dans la violence le commande ? Tout en faisant remarquer que l’île entière n’a jamais été unifiée à compter de la naissance de ces deux pays souverains (RH en 1804 et RD en 1844), il est plus rationnel d’enterrer la hache de guerre et de penser au développement d’un nouveau modèle de coexistence pacifique entre les deux Républiques sœurs, comme l’a déjà compris, d’ailleurs, la société civile dans les deux pays.
En considérant que l’antidominicanisme et l’antihaïtianisme ont fait leur temps, qu’il faut oublier les guerres et les génocides qui n’ont servi, en définitive, qu’à faire souffrir les deux peuples et qu’il convient de cesser d’attiser les conflits politiques, ethniques et sociaux entre les deux voisins centenaires, il est proposé au bénéfice des générations présentes et futures, un modèle quisqueyen de développement durable dans l’intérêt de la RD et de la RH, appelé modèle DD en l’honneur de Dessalines et de Duarte. Le modèle DD repose sur l’idée d’un réaménagement de la Commission mixte haïtiano-dominicaine (CMHD) ou une réorientation de la politique RD/RH à partir de trois axes distincts. Le premier est centré sur l’actualisation et la modernisation des accords de frontière entre les deux pays. Le second a pour objet un pacte environnemental conjoint relatif à la gestion de la mer territoriale et de la zone économique exclusive, des cours d’eau internationaux, des pollutions transfrontalières, des épidémies et des épizooties, des aires protégées, de la construction de la route-frontière internationale et des catastrophes naturelles. Le troisième envisage la mise en œuvre d’un marché commun entre les deux pays visant à terme la libre circulation des capitaux, des biens et des hommes. La mise en œuvre effective de ces trois démarches stratégiques pourra consommer, certes, beaucoup de temps mais c’est la voie royale pour le développement durable de l’île Quisqueya. Donc un partenariat intelligent avec la RD pourrait permettre de jeter les bases à court terme d’un renouveau écologique et de trouver à long terme une réponse favorable au contrôle du processus de l’effondrement.
Les avatars du monreodisme
La doctrine de Monroe, du nom du président américain, James Monroe, est un ensemble de principes de politique étrangère énoncés par le président Monroe dans son message annuel au Congrès, le 2 décembre 1823, et selon lesquels l’ensemble du continent américain n’était plus susceptible de colonisation (notamment européenne) et serait protégé en cas d’intervention colonialiste, par les EUA qui déclarent, entre outre, se désintéresser des affaires européennes. La formule lapidaire qui résume la doctrine de Monroe dit bien « l’Amérique aux Américains ». En quoi la doctrine de Monroe, obsolète ou pas, peut-elle aider à éviter l’effondrement de la RH ?
Les EUA et la RH représentent les deux Etats souverains qui ont été les premiers de l’Amérique post-colombienne à conquérir leur indépendance des puissances coloniales avec deux modèles de libération différents. Le modèle américain de 1776 qui a chassé les colons en maintenant l’esclavage au profit des Blancs libérés a été adopté, par la suite, dans tout le Nouveau-Monde. Le modèle haïtien de 1804 qui a chassé les colons en abolissant l’esclavage au profit des Noirs libres n’a été suivi nulle part ailleurs. C’est que le cas haïtien est atypique. En plus d’être un modèle de colonie contre métropole, il a été aussi un modèle d’esclaves contre maîtres, d’affranchis contre citoyens et de Noirs contre Blancs. Il a été donc en avance sur son temps. Comparé à 1776 aux EUA, à 1789 en France et à 1913 en Russie, 1804 est aux droits de l’homme ce que le Big Bang est à l’évolution cosmique. D’ailleurs, c’est la seule révolution à créer et/ou consacrer un Etat nouveau, une Nation nouvelle, une langue nouvelle, une religion nouvelle et des concepts nouveaux pour une culture nouvelle. Cette révolution d’origine tricontinentale a changé l’ordre mondial esclavagiste et a eu des impacts notoires sur l’histoire de plusieurs continents. Dans un article intitulé « The Haitian Revolution » paru en 2004, Franklin W. Knight a voulu lever le voile du silence sur l’importance de cette révolution à caractère universel.
Etat esclavagiste, les EUA n’auraient pas pu reconnaître l’indépendance de la RH, avant 1865, date de l’abolition de l’esclavage sur leur territoire. Etat démocrate, les E.U.A. n’auraient pas pu encourager durablement les élections libres en Haïti avant d’avoir accordé le droit de vote aux Noirs américains en 1965. Terre d’opportunités, les E.U.A. n’auraient pas pu tolérer la proximité d’un Etat noir puissant avant d’avoir élu un afro-américain en 2007 à la présidence
Par contre, ils reconnurent en 1822, séance tenante, les nouvelles Républiques sud-américaines. Sur un autre registre, la doctrine de Monroe n’a pas pu être activée quand la France menaçante a imposé la dette de l’indépendance à l’Etat d’Haïti en 1825. De même, n’ayant aucune raison stratégique de traiter la RH comme la Taïwan de Chang Kaï-Chek ou l’Israël de Weissman, les EUA ont plutôt choisi d’occuper militairement la RH, à maintes reprises, au nom ou au mépris de la doctrine de Monroe. Tout se passe comme si la doctrine de Monroe a écarté le colonialisme européen pour paver la voie à l’impérialisme américain.
Terry Buss et Adam Gardner en 2008 (Haïti in the balance. Why foreign aid has failed and what we can do about it) ont montré que l’aide bilatérale américaine, en tant qu’instrument politique, n’a jamais pu profiter aux Haïtiens sur le long terme (de 1943 à 2010) du fait de son irrégularité et de sa volatilité. En outre, des contradictions entre les jeux politiques du Congrès et du Département d’Etat n’ont jamais permis de trancher la question de savoir si la RH est dans la cour des E.U.A. (le backyard) ou dans les limites d’un territoire souverain, régi par le droit international. Cette confusion explique le fait que la RH soit considérée tantôt comme un ami informel tantôt comme un exemple à ne pas suivre dans les affaires internationales. Dans les deux cas, les risques d’effondrement national augmentent.
Aujourd’hui qu’il n’est plus nécessaire de s’emparer des terres et des ressources naturelles des autres pour s’enrichir et qu’il convient d’adopter de nouveaux modes de consommation en vue de la préservation de la planète, que les concepts de race, de couleur et de caste ont fait leur temps et que la RH a suffisamment payé le mal qu’elle avait fait à la société esclavagiste d’avant la grande abolition, il est temps de repenser les relations haïtiano-américaines au bénéfice des deux pays. Eliminer le réflexe de l’occupation militaire de l’imaginaire américain et l’acceptation de la tutelle américaine de l’inconscient haïtien demeure un préalable obligé à tout nouvel ordre de construction bilatérale. Dit autrement, les EUA sont invités à traiter la RH comme un Etat souverain, libre et indépendant et que les Haïtiens arrêtent de prendre les EUA pour un prolongement réel de leur territoire fictif. Aucun développement n’est possible en Haïti tant que persiste cette situation de dépendance et de parasitisme entre ces deux pays pour la simple et bonne raison que d’un côté, il existe un privilège sans responsabilité et que de l’autre, il y a une responsabilité sans privilège. Sans un minimum de compréhension mutuelle, le salut de la RH ne viendra pas de si tôt de la République étoilée, bien qu’il faille admettre que l’accession au pouvoir suprême d’un afro-américain constitue un événement majeur dans le développement de la démocratie américaine et le rayonnement de l’Amérique comme terre d’opportunités. L’aide à travers la USAID pourrait être ainsi réévaluée, réorientée et redistribuée sur de nouvelles bases selon de nouvelles politiques antieffondrement.
Les illusions du bolivarisme
Dépités par le Nord sourd et aveugle, les Haïtiens ont tenté une sortie salvatrice à travers la coopération Sud /Sud dont le porte-drapeau arrive, à point nommé, avec l’initiative du président Chavez qui a évoqué en 2001 l’idée de l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques (ALBA). Lancée officiellement en Avril 2005 sous couvert d’un Traité Commercial des Peuples entre Cuba et le Venezuela, l’ALBA a suivi une évolution relativement accélérée. La Bolivie, le Nicaragua, la Dominique et le Honduras se sont associés depuis à cette initiative qui vise à promouvoir une alternative au ZLEA (Zone de Libre Echange des Amériques) initiée par Washington. Le 17 Avril 2009, Saint-Vincent et les Grenadines ont rejoint l’ALBA. Durant cette même année, le nombre des membres est passé à 9 avec Antigua et Barbuda et l’Equateur. Mais le Honduras s’est retiré en 2010 de cette organisation régionale. Etant donné qu’il s’agit d’une organisation politique, sociale, économique pour promouvoir la coopération entre les pays socialistes de l’Amérique latine et de la Caraïbe, la RH qui n’est pas un pays socialiste a choisi, avec raison, d’avoir un statut d’observateur. L’Iran, la Russie et l’Uruguay sont aussi des pays observateurs mais leurs motivations demeurent apparemment différentes.
Par contre, le Petro Caribe est une alliance entre le Venezuela et les pays de la Caraïbe permettant à ces derniers d’acheter du pétrole vénézuélien à des conditions préférentielles. Créé en 2005, le Petro Caribe regroupe 18 pays à l’origine. La RH a rejoint l’alliance caribéenne en 2006 car elle n’avait pas été invitée en 2005 au motif que le Venezuela ne reconnaissait pas le Gouvernement mis en place, à l’époque, par les EUA. C’est le cas de dire que l’Histoire s’est répétée une seconde fois puisque la première fois, Bolivar avait oublié d’inviter Haïti au banquet du panaméricanisme. De toutes les façons, le Petro Caribe constitue une réponse stratégique à un problème fondamental pour la RH dont le déficit commercial se creuse chaque jour davantage par l’achat annuel de pétrole (environ 150 millions de dollars) et de produits alimentaires (autour de 600 millions), deux postes de dépense qui représentent près de 2 fois les recettes d’exportation de l’ordre de 400 millions de dollars, selon le rapport annuel 2008 de la BRH (Banque de la République d’Haïti). Il est bon de noter, en définitive, pour alimenter la réflexion que le Conseil des Organisations Sociales de l’ALBA est ouvert aux non-membres de cette dernière. La RH l’intègrera-t-elle ou l’a-t-elle déjà intégré ?
Avec la possibilité d’obtenir du pétrole vénézuélien et du riz vietnamien à prix préférentiel dans le cadre d’un programme de crédit remboursable sur le long terme, la RH pourrait dégager des fonds substantiels en vue de financer son budget d’investissement en attendant la mise en route de sa machine productive. Encore faut-il que ces fonds soient bien utilisés pour produire les résultats escomptés. Si les fonds pouvant être dégagés de l’alliance avec le Vénézuela et le VietNam sont dépensés à des fins d’investissement et non de consommation, les conditions de pré-décollage économique pourraient être satisfaites en un temps record. Les fonds provenant de Petro Caribe et de l’Accord haïtiano-vietnamien ou de tout autre du même genre, associés à des emprunts négociés selon une stratégie financière de qualité devraient permettre de couvrir les coûts de grands projets du genre de la construction de la ville moderne de Port-au-Prince, de mise en place de rames de métro dans les grandes villes de la République, de projets d’aménagement touristique dans les îles adjacentes et la presqu’île des Baradères ou encore le chemin de fer du littoral allant de l’Anse-à-Pitres à Ouanaminthe. Il deviendra alors possible de créer des emplois durables en masse, d’augmenter la production nationale de façon accélérée et de générer les surplus nécessaires au développement socio-économique sur la base de taux de croissance économique à deux chiffres. Une multitude de petits projets ne fait pas un grand projet.
Ill est bon de rappeler, en définitive, que ce n’est pas le fait d’appartenir à un grand nombre d’organisations régionales ou sous-régionales qui garantit la prospérité à long terme, ce qui est important au regard de cet objectif, c’est la stratégie développée pour profiter de l’appartenance aux divers mouvements d’intégration régionale. Actuellement, la RH est membre fondateur de l’OEA (Organisation des Etats Américains) et de l’IICA (Institut Interaméricain de Coopération Agricole), membre fondateur de l’AEC (Association des Etats de la Caraïbe), membre adhérent de la CARICOM (Marche Commun de la Caraïbe), membre observateur de l’ALBA et membre associé de la SICA (Système d’Intégration Centre Américain) à partir de 2013, mais cela n’a pu en rien freiner le processus d’effondrement national. Pour sortir de la pauvreté de masse, la RH devra négocier très fort pour obtenir des réponses appropriées au problème structurel du déficit commercial et lancer sa machine productive à vive allure tout en ayant à l’esprit que les pays dépourvus de pétrole et de céréales sont les plus mal lotis sur le chemin de la dignité et de la richesse.
LES DEBOIRES DU MULTILATERALISME ONUSIEN
Après avoir été considérées come des réussites, les missions onusiennes qui ont précédé la MINUSTAH de 1993 à 2000 (la MINUHA, la MANUH, la MITNUH, la MIPONUH et la MICAH) ont été reconnues comme des échecs, étant donné la série des troubles politiques qui les ont suivies (élections controversées, révoltes armées, chute prématurée d’un Président élu). La MINUSTAH a débuté ses activités en 2004 après les différents conflits qui ont endeuillé le pays durant la période 2000 / 2004. De l’avis du Secrétaire Général des Nations unies, à l’époque, seul un engagement à long terme de cette organisation internationale en Haïti pourrait aider cette dernière à sortir du bourbier dans lequel elle s’est enlisée.
Le multilatéralisme onusien correspond ici à une mise sous tutelle d’un pays souverain par les Nations unies pour venir en aide à un Etat membre en difficulté, soi-disant sur la demande de ce dernier, dans le respect des dispositions essentielles de la Charte fondamentale de cette organisation internationale. Dans le cas d’Haïti, le bras politique de l’Opération de maintien de la paix (OMP) est le Conseil de Sécurité, le bras armé de la tutelle est la MIUSTAH (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation d’Haïti), le bras économique de l’appui financier est l’ECOSOC (Conseil Economique et Social des Nations unies). Le bras de la Honte est bien l’Etat haïtien qui joue dans cette affaire un rôle imprécis, impopulaire et irresponsable.
De 2004 à 2012, le budget annuel de la MINUSTAH a tourné en moyenne autour d’un demi- milliard de dollars. Donc, de 2004 à 2012, les Nations Unies auraient dépensé la bagatelle de 4 milliards de dollars pour obtenir des résultats mitigés. Il ne s’agit point de faire ici une évaluation des performances de la MINUSTAH au regard du Peace Keeping (maintien de la paix) et du Peace Building (construction de la paix). Ce travail a été tenté, avec les risques que l’on connaît, par Namie Di Razza en 2010 (l’ONU en Haïti depuis 2004). Il s’agit maintenant de répondre plutôt à la question si oui ou non le multilatéralisme onusien a contribué à faire reculer ou avancer l’effondrement national.
Contrairement à ceux qui croient qu’une mission de maintien de la paix peut se convertir en mission de développement à travers des opérations dites intégrées, la thèse actuelle repose sur l’idée que le multilatéralisme onusien a plutôt aggravé le processus de l’effondrement national plutôt que de le freiner. Certes, la MINUSTAH peut toujours contribuer à remettre en état certains biens publics ou à soulager certaines souffrances de la population par de petits projets ponctuels mais ceci ne peut vaincre nullement la force d’inertie de la machine nationale dont le démarreur est tombé en panne depuis des lustres. Qui pis est ! Avant la MINUSTAH, il n’y avait ni choléra, ni sodomisation de jeunes ni contrebande à outrance, ni autant de policiers en cavale, ni une justice aussi vilipendée, ni autant de réfugiés écologiques. Cela ne veut point dire que la MINUSTAH est responsable de tous les malheurs de la République. Cela veut dire seulement que sa présence n’a pas pu empêcher la chute progressive du grand champion antiesclavagiste sur cette terre de liberté. C’est que le désarmement général n’a jamais été effectif. La planification du retrait de la MINUSTAH reste un phénomène aléatoire tandis que la perspective de construire une armée de métier relève de l’utopie. Donc, les bandits mènent la danse et la Nation est entraînée dans une valse à mille temps.
La Nation doit se réveiller pour faire face à ce problème supranational. D’un côté, la société civile doit se mobiliser en vue d’identifier les problèmes qui ont poussé la République à faire appel à la MINUSTAH, de conclure un accord adulte pour renforcer le vouloir-vivre ensemble et d’adopter les dispositions appropriées pour contribuer à la permanence de la stabilité politique. Le Parlement devra voter, sur la base d’une proposition de loi y relative, un texte législatif portant sur le retrait progressif de la MINUSTAH du territoire haïtien. Le chef de l’Etat pourra ainsi faire un appel à la nation et organiser un référendum pour savoir si oui ou non le peuple haïtien veut créer une armée de métier dans l’immédiat conformément aux dispositions constitutionnelles. Sur cette base, un dossier complet et cohérent sera adressé au Conseil de Sécurité pour les suites de fait et de droit. Le 28 août 1963, plus de 200 000 personnes venues des quatre coins des E.U.A., toutes races confondues, organisèrent la grande marche sur Washington pour la liberté. En novembre 2008 et en novembre 2012, le sénateur Barack Obama, un afro-américain, a été élu et réélu président des E.U.A. Un si grand pays ne peut ne pas soutenir la lutte haïtienne pour la liberté et le progrès. Mais, tout d’abord, les Haïtiens doivent se montrer dignes de la solidarité américaine.
(A suivre)
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