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CULTURE

Mémoire en Noir Sépia
La couleur et la matière au service de l'inconscient créateur
Le Nouvelliste | Publié le :21 décembre 2012
 Samora Chalmers

Dans cette exposition, la peinture ainsi que la céramique sont sublimées à travers deux concepts : la Mémoire explorée par Odile Latortue et le Paradoxe creusé et assumé par Marithou Dupoux. Les deux artistes créent une relation étroite entre leurs modes de représentation et les couleurs  dominantes, le noir et la couleur sépia. 

Odile traduit cette démarche en ces mots «  dans cette série, les formes, venant du fond de la mémoire, s’imposent en captant le ressenti » :

« Mémoire,  résurgence de faits vécus

ou hantant l’inconscient collectif

Noir, Couleur non-couleur, couleur toutes-couleurs,

Tantôt tragique, tantôt neutre

Sépia, Couleur des photos vieillies,

couleur du souvenir, couleur du questionnement.

Mémoire en Noir Sépia,

squatte notre inconscient. »

La restitution du passé se réalise sur de petites surfaces abstraites fortes en expressivité et sur chacune de ces toiles se lit une histoire.  La peinture d’Odile Latortue étant la traduction spontanée de ses émotions, des événements marquants de son vécu. Le noir et la couleur sépia confèrent une autre dimension à la création picturale. Celle d'un puzzle de photos vieillies reconstitué. On est envahi par une ambiance où les événements du passé resurgissent et s’imposent face à l’oubli. Les chemins de la mémoire aideraient–ils à la construction de l’histoire inachevée ? Odile crée ainsi son album mémoire pour inviter le public à s'y retrouver, à déchiffrer son histoire, une histoire de  l’être…

Marithou, pour sa part, dans son choix des formes et du mouvement explore la figure du paradoxe traitée à l’aide de signes, de gestes, d’attitudes qui suscitent un effet de surprise et d’étonnement.

Sa collection de sculptures en Raku, technique japonaise de cuisson céramique, met en valeur un ensemble d’objets d’art tels qu’une maison sans passerelle, ouverte par de grandes fenêtres où les personnages évoluent en hauteur mais sans aucune issue; quatre grands bustes, deux avec un masque sur les yeux, un autre un bâillon et le dernier explorant le phénomène de duplicité. Une danseuse masquée est aussi un personnage récurrent de cette série. Marithou aime jouer sur l’ambiguïté pour susciter plusieurs regards sur ses œuvres.

Les animaux y sont également présents, souvent dans leur relation avec l’humain : la femme aux oiseaux, la femme à cheval, l’homme qui promène son chien... Cette relation prend parfois un caractère symbolique comme dans le cas de cette jeune fille avec des oiseaux rouges accrochés à sa robe blanche préfigurant peut être la naissance à la sexualité. Toujours un duo ou un trio pour tisser une interaction entre  couleurs,  formes et êtres afin de créer cette balance du paradoxe, celle de la vie. La céramiste y voit le choix de se replier sur soi ou le besoin de fusionner avec tous ses sens en alerte.

Pour Marithou « le paradoxe est d’aller voir plus loin que le sujet lui-même. Qu'il soit décoratif ou artistique, il pèse le même poids dans la balance. Le sens visuel n’est pas le sens profond. »

Dans cette exposition, les deux artistes partagent leurs questionnements pour finalement donner lieu à un croisement de deux univers  pour un dialogue entre deux visions, deux perceptions de la réalité. 

Samora Chalmers
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