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par Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval
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SOCIETE

A LA MEMOIRE DE Jules Edouard Moscoso.
Adieu Ti Jules
Le Nouvelliste | Publié le :19 décembre 2012
 Robert Paret Pèlerin, décembre 2012

 Un de plus s’en est allé, emporté par laviolence sonore qui afflige nos cités. Un de plus, depuis que la grande faucheuse dédaigne à ses victimes le droit d’atteindre  la sérénité des personnes du troisième âge et l’apaisement, dans une paisible retraite, des souffrances  endurées au cours d’une  vie de dur labeur. Ô suprême injustice ! Nul n’est épargné dans ce grand charabia universel qu’entraîne la violence et qui endeuille le monde, ici comme ailleurs.

L’une  des dernières victimes de cette furie insensée a été un de mes jeunes amis. Ti Jules Moscoso, pour ne pas le nommer. Gentil bonhomme avec qui j’ai partagé des moments inoubliables à la ruelle (!) Roy, notre lieu de résidence, durant de longues années. Un quartier où il faisait bon vivre et où régnait un esprit de famille. On se côtoyait  tous, avec respect et esprit de solidarité. Je n’oublierai jamais ce que fut  sa grand-mère, la bien-aimée  Germaine Cassagnol Chenet, l’une, entre-autres, des affectueuses grand-mères du quartier, qui m’offrit mes premiers livres d’apprentissage au dessin. Tout comme je me souviens que sa mère Maritou et sa tante P’tite Sœur  furent mes premiers  guides dans le domaine artistique. Ce qui m’a valu d’être toujours au premier plan lors de la réalisation des décorations du quartier à l’occasion de la Fête-Dieu. Ma collaboration consistait à dessiner sur la chaussée, avec le concours de tous les habitants de la zone, les sujets choisis pour la circonstance. Revenaient, immanquablement tous les ans, le cœur saignant de Jésus transpercé d’une flèche et le calice de vin. Le tout réalisé avec des pétales de roses rouges, des fleurs et du feuillage de flamboyant, combinés à de la sciure de bois. Le reposoir, toujours installé chez Chenet, était paré de tissus immaculés blancs, ornés de multiples fleurs de toutes les couleurs, assortis de dorures sur papier. A l’entrée se déployait un somptueux tapis rouge en toile de jute recouvert  de paillettes qui  conduisait jusqu'à l’autel, l’ensemble bordé de feuilles de palmier vertes. Dans cette ambiance, je revois Ti Jules en pleine activité, apportant des paniers et corbeilles d’éléments décoratifs, participant sans ménagement, comme sa sœur, ses cousins, cousines et tous les jeunes du quartier, à la mise en œuvre de l’installation. C’était des moments intenses de communion dans la fraternité.        

Depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Si la mort tenait  compte d’une logique  temporelle ou générationnelle, j’aurais dû le devancer de huit ans dans la tombe, car c’est cet écart d’âge  qui nous séparait. Cependant, cette inéluctable sentence a sa propre  loi. Elle emporte, sans discrimination,  bébés à la mamelle, personnes en bonne  santé, en épargnant,  paradoxalement,  vieillards séniles courbés sous le poids des ans. Riches et pauvres sont égaux  à sa face.

Ti Jules n’était certes pas, tenant compte de notre différence d’âge, du groupe de mes proches amis comme l’étaient : Pipo, Jo, Richard, Marie Gué, Jaja, Titine, Marie Lisa, Doddy ….  Cependant, comme voisin limitrophe, je le rencontrais assez souvent dans ses ébats coutumiers. L’image que je conserve de lui est celle d’un jeune homme dynamique, de pas alertes, de réflexe vif, d’allure  entreprenante et sportive. Je le revois en pleine action avec les manches de son maillot retroussées jusqu’aux  épaules et un short laissant paraître ses frêles jambes. Il participait volontiers à diverses activités du quartier, comme les championnats de football et les activités sociales entre-autres. Je me souviens que très jeune, il s’intéressait déjà à la musique et que nous avions pris l’habitude de nous accommoder du tintamarre de sa batterie qui nous parvenait assez régulièrement, sans nous déranger outre mesure. Je ne pense pas qu’il se soit intéressé à autres instruments que ses drums. Je crois même que la trépidante sonorité qui se dégageait de ses percussions correspondait bien à son tempérament  exubérant. Il y allait si bien, qu’à  force de répétitions il était parvenu à maîtriser tout son appareillage de tambourins, au point de parvenir à participer, comme invité, à certains spectacles musicaux. C’est dans une pareille ambiance que j’ai eu l’occasion de le retrouver, après  bien des temps, en compagnie de sa sœur Rachel, deux semaines avant sa mort au « Trois Deck », dans un jam avec le trio de Frantz Courtois. Nous avons eu le temps de remémorer quelques  vieux souvenirs. J’ai su aussi qu’il s’était lancé dans les affaires, en reprenant les activités commerciales de la famille à Léogane. Tout allait, apparemment, bon train, jusqu'au  jour où un malfrat a jugé bon de lui enlever la vie. Et comme n’a cessé de le répéter sa sœur Rachel lors de ses obsèques : « Cela n’a aucun sens ».

Ce sont ces souvenirs qui me font revivre une période de mon adolescence durant laquelle j’ai connu mes meilleurs moments.

La seule consolation qui peut apaiser la douleur des parents et amis, en une telle circonstance,  est de savoir qu’il a accompli  son périple sur terre et que, dorénavant, son âme a atteint la dimension céleste. Toutes mes sympathies  aux membres de cette respectueuse famille à qui je me sens indéfectiblement attaché.

Robert Paret Pèlerin, décembre 2012
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