«Vin pran piyay!», ponctue un annonceur de spot publicitaire. Traduction : Venez acheter à bon marché!
D’aucuns disent que les Haïtiens aiment le «piyay». François Latour qui excelle comme annonceur publicitaire, affirme dans un spot : «An Ayiti, depi se bay yap bay, yo bay latimojèn.» Ils affluent dès lors qu’on leur fait des cadeaux. Quel peuple ne se bousculerait pas en cas de distribution gratuite de biens nécessaires!
D’un point de vue strictement commercial, «piyay» serait l’équivalent de «solde» en France ou de «Sale» aux États-Unis d’Amérique. Le solde ou la liquidation. Le commerçant liquide son stock, la clientèle afflue pour emporter d’intéressants articles à vil prix, à bon marché. D’où l’expression : «pri piyay» utilisée dans les annonces publicitaires.
Toujours dans les pratiques commerciales, mais, à un niveau plus informel, les marchandes répugnent à vendre à des clients qui affectionnent le bon marché, le «piyay».
«Ou menm ou renmen piyay konsa», avertit une marchande. «Ou konnen mwen pa konnen ou!»
Le ciblé a beau se défendre, sa réputation le suit. Ayant pris l’habitude de discuter chaque prix, de discutailler avant d’emporter le produit (ça peut être un fruit ou un légume), la marchande est devenue méfiante.
Dans le désir de l’acheteur d’obtenir des prix avantageux, il n’y a là rien d’anormal. Que l’on se rassure. Je tenais à signaler le mot «piyay» qui convient en la circonstance. Ce désir peut l’exposer à des remarques acerbes venant de la vendeuse du genre :
-Ou menm ou renmen piyay konsa! (Vous aimez les prix bas!)
Il se peut que «piyay» soit employé dans un autre contexte. Celui qui lance : «se piyay!» lance aussitôt une mise en garde à savoir qu’il ne se laissera pas faire. Qu’il faudra compter avec lui. Bien sûr que l’autre voulait vaincre sans péril pour triompher sans gloire. Un avertissement qui sort à point nommé.
Il arrive que la marchande, la pacotilleuse sillonne les routes en offrant ses produits, ses articles en criant : «Piyay!». Façon de rassurer d’éventuels preneurs qu’ils débourseront peu pour emporter beaucoup.
Le «piyay», c’est en quelque sorte un mode de vie, une habitude bien enracinée dans les rapports commerciaux de chez nous. L’un, l’acheteur, n’a pas à éprouver de fausse honte pour acquérir à des prix avantageux, ni le vendeur n’a à se gausser en sous-cape de l’acheteur qui lui a permis de se débarrasser de la marchandise. D’autant que comprendre la pratique de «la vant» est un exercice complexe. A étudier en profondeur.
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