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CULTURE

Haïti/Jean-Jacques Dessalines/Commémoration
Dessalines revisité
Le Nouvelliste | Publié le :24 octobre 2012
 Belmondo Ndengue bndengue@yahoo.com Twitter : @superbelmond
Les adeptes du vaudou des quatre coins du pays se sont retrouvés au Champs de Mars, le 17 octobre 2012, pour célébrer, à leur manière, les funérailles de Jean-Jacques Dessalines. Ils ont rappelé à qui voulait l'entendre que le vaudou est une réalité incontournable.

Une femme élancée et vêtue d’une longue robe blanche lance, depuis la tribune principale, des  coucou aux membres de délégations venues d´Haiti et de l’étranger. Profusion de ayibobo, l’équivalent de alléluia. Hommage à papa Dessalines; à papa Legba, une divinité vénérée du vaudou, sur fond de chants et de roulements de tambours diffusés par une sono bien mixée. 

Ce mercredi, des centaines d’inconditionnels du vaudou, heureux et pieux, sont venus communier sur une place publique désormais débarrassée des tentes et des sans-abris. Des journalistes et des visiteurs anonymes n'ont pas raté ce breuvage culturel. Un nouvel épisode dans l’histoire mouvementée d’un peuple, par une journée ensoleillée. Loin des historiens… L’icône du jour, c’est bien Dessalines, l’empereur, véritable superstar dans un pays divisé. L’homme est violenté et lynché en petits morceaux le 17 octobre 1806, quatre ans après l’indépendance d’Haïti. Enterré à la va-vite, ses funérailles n’ont pas lieu. C’est ce défi que les vodouisants d’Haïti relèvent même sur le tard, ce mercredi.

Sous un ciel bleu, les parfums des gazeuses se mêlent à la brise. A quelques mètres, l’imposante statue vert sombre de Dessalines, du haut de son cheval,  scintille. Les costumes blancs, rouges ou noirs de ces conservateurs de la culture profonde et inébranlable d’Haïti rivalisent de  beauté.  9h58, la musique s'estompe. Tout le monde se lève pour accueillir Max Beauvoir, l’Ati national, la plus haute autorité religieuse du vaudou en Haïti. Il est suivi par une longue file d’hommes et de femmes emmitouflés dans leur tenue d’apparat. Ce septuagénaire au teint cuivré et au visage émacié porte une longue gandoura africaine aux contours dorés.  La musique sacrée reprend ses droits dans une ambiance festive qui permet de procéder au rituel funéraire, aux funérailles symboliques. 

Après la cérémonie de prière constituée de chants et de danses autour des symboles installés dans la cour, une femme, dans la quarantaine, annonce l’engagement des «vodouisants» pour une autre Haïti, sans exclusion, sans discrimination. Une Haïti à visage humain. Elle rappelle aux autorités qu’Haïti ne peut se passer du vaudou. Un message qui vaut son pesant d’or dans un pays où cette pratique n’est pas du goût de tout le monde. 

L’homélie se poursuit durant une bonne partie de la journée. Les vodouisants  affirment haut et fort que Dessalines appartenait à leur religion. En célébrant ces funérailles allégoriques, ils démontrent leur impressionnante capacité de mobilisation, leur refus de l’exclusion  et leur détermination à vivre leur foi.

Belmondo Ndengue bndengue@yahoo.com Twitter : @superbelmond
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