Déjà en laissant l’hôtel je dressais la liste des plats que je devais à tout prix réessayer. Vous comprenez donc que j’attendais avec impatience le mercredi 3 octobre, jour où Ti Georges faisait une démonstration de son poulet pour le public au restaurant Mr. Grill à Pétionville. A 7 heures p.m., ce soir-là, j’étais plus que prête. Moi qui d’habitude suis assez longue à me préparer, avait fini en moins de dix minutes. Faut croire que même mon subconscient avait compris l’urgence. La « woulib » arrive vers 7 h 15 et moi, tout sourire, l’estomac vide, les papilles salivantes et le cœur heureux, arrive dans un restaurant… étonnement vacant. Ce n’est pas pour me déplaire, rassurez-vous.
Nous sommes six sur la table et déjà la gérante de Mr. Grill s’avance pour nous saluer, sourire aux lèvres, et propose de nous faire voir chef Ti-Georges. On attendra pourtant que notre plat soit servi, soit une trentaine de minutes, avant de pouvoir le rencontrer.
La toque verte de chef Ti-Georges semble l’avaler tant il paraît frêle. Sa calvitie lui confère un air avenant. Volubile à souhait, fébrile, le cuisinier ne tient pas en place. Du haut de ses 59 ans, Georges Laguerre n’a strictement rien à envier à mes 23 ans. Il va de table en table, s’inquiète de la satisfaction des convives et accompagne son poulet d’un minimum de deux anecdotes. On apprend ainsi les grands titres de sa carrière de restaurateur, ses débuts en party rental, son arrivée à Los Angeles et j’en passe. Mais surtout, Ti-Georges n’oublie pas de remercier Louisine et sa grand-mère, ces deux femmes qui ont marqué sa vie en l’introduisant à la cuisine. « Je leur dois ce que je suis maintenant, répète-t-il, reconnaissant. Le chef évoque le restaurant de sa grand-mère qui lui a inculqué ses premières notions de gérant et parle avec passion de la poignante histoire d’amour qu’il a développée avec le poulet.
Ah, ce cher poulet ! Et si on y revenait justement ? Succédant aux acras, autre spécialité de chef Ti-Georges, il est servi avec des pommes de terre et est relevé avec une sauce Ti-Malice que le cuisinier a personnalisée. Désireux de partager ses connaissances, le cordon-bleu livre de bon cœur ses recettes. « La préparation des pommes de terre est très simple, commence-t-il. J’ai fait sauter des oignons, des poivrons, de huile d’olive, un peu d’ail et une petite quantité de sel et du poivre. J’y ai par la suite ajouté les pommes de terre préalablement découpées. Puis, j’y ai versé un peu de lait et j’ai fait bouillir le tout, jusqu’à ce que tout réduise ! »
Pour ce qui est du pikliz, Ti-Georges confie : « Contrairement à la méthode haïtienne qui consiste à tout mélanger dès le début, je râpe d’abord les choux et les carottes et j’ajoute la sauce piquante juste avant que la pikliz soit servie. Ainsi, les carottes et les choux sont mangés tout croustillants. » Le poulet est préparé lui aussi avec autant de délicatesse. Il contient des ingrédients tels que du vin, de l’ail, du paprika, du sel, du jus d’orange sure, du jus de citron et des oignons. La viande marine dans ce mélange pendant un jour avant d’être cuite sur du charbon. Le souci d’offrir une cuisine neutre fait de ce poulet une nourriture quelque peu fade, sans grands épices, qui ne prend toute sa valeur que quand elle est accompagnée de la fameuse sauce Ti-Malice de Ti-Georges. Cette sauce est faite d’huile d’olive, de thym, d’oignons, de piment, de citron et de sel.
Ti-Georges a toutefois tenu à préciser qu’il s’agit là d’une version simplifiée de son poulet qui est généralement servi avec une salade verte rehaussée de moutarde et de miel dans son restaurant à Los Angeles.
Le pain-patate offert en dessert rentre dans la même logique. Pas trop sucré et peu épicé. « J’essaie autant que possible d’éviter les ingrédients susceptibles de faire grossir. Ma cuisine est une cuisine saine et organique », assure le grand cuisinier de Los Angeles.
Fort de ces propos du chef, mes derniers scrupules s’envolent et je donne libre cours à mon appétit. Outre la familiarité étonnante de la serveuse et la musique lassante divulguée par les haut-parleurs, cette soirée est assez agréable. Et comme on le dit bien, « jamais deux sans trois » : je suis déjà prête pour conclure mon escapade culinaire avec ce cher poulet qui sera offert une dernière fois à Wahoo Bay le dimanche 7 octobre.
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