« A pied ! », crie un agent de la garde rapprochée du président Michel Joseph Martelly. Le chef de l’Etat, « Guayabera » bleu, jeans de la même couleur, bottes jaunes, s’éloigne de sa jeep noire garée dans le parking du salon diplomatique sous les vivats d’un premier cercle de supporteurs composés de militants du Mouvement tèt kale (MTK) et de « Red cap » de l’aéroport international Toussaint Louverture, lundi 1er octobre 2012.
Le pouce droit levé vers le ciel, Martelly et son escorte se dirigent vers la sortie de gate 7 où l’attendent, sous un soleil de plomb, plus d’un millier de personnes chauffées à blanc par au moins quatre bandes de rara et un Dj. « Martelly kale bouda w, pitit ou yo dèyè w », lance un jeune homme avec des tresses, acide à l’égard du sénateur Moïse Jean-Charles, principal opposant au chef de l’Etat. « Ipokrit yo sezi, c’est la réplique, la réponse tèt kale », hurle un autre en se faufilant au milieu des motos et des dizaines de femmes, dont certaines, âgées, portaient des T-shirt bleus, verts estampillés « SMCRS…Pouvwa pèp la ap travay.»
Munies de balais, de pelles.., quelques-unes, rendues hagardes par les coups de soleil, sont restées à la traine alors que la manif se dirige au sud, vers le palais national dans une cacophonie infernale de hurlement de sirène, de cris d’allégeance au camp rose. Accompagné de son conseiller politique Joseph Lambert, de députés, dont Gracia Delva, Tolbert Alexis, Martelly parcourt des kilomètres, multiplie les salutations de la main à des gens massés au bord de la route de l’aéroport.
Certains sympathisants s’excitent et crachent leur mépris à ceux qui réclament le départ du président tandis que d’autres font la mine sur le parcours. « C’est pas possible d’imposer ça aux usagers de la route », s’insurge un automobiliste, immobilisé dans un bouchon de la circulation à hauteur de Nazon.
« Quel bel exemple de non respect des gens et des écoliers qui ont repris le chemin de l'école aujourd'hui », ajoute-t-il, au moment où des motards criaient leur amour au chef de l’Etat et au maire de Delmas Wilson Jeudi qui semble avoir mobilisé ses bases, des agents de la Bricor pour donner la réplique à des milliers de manifestants lavalas ayant infligé la veille un carton rouge au président Michel Joseph Martelly.
Réplique à Lavalas ? Non, répond Martelly à des journalistes au terme de sa marche de presque deux heures. « Plus que de la politique, c’était pour moi l’occasion de faire du sport parce que mes médecins m’ont dit que je suis en bonne santé et que je n’aurais plus à prendre de médicaments à compter du 16 octobre », explique-t-il, à l’ombre d’un mur de l’ancien hôpital Militaire, dans le périmètre du palais national.
Trempé de sueur, le chef de l’Etat, ex-chanteur friand de polémique, relève un défi lancé par Moïse Jean-Charles le mettant en garde de circuler dans certains endroits du pays sans autorisation. « Cette marche indique que je suis toujours proche du peuple et la rue ne sera jamais trop agitée pour empêcher le président de marcher avec son peuple », confie Martelly, prompt à garantir que les manifestants n’ont pas été payés, comme c’était le cas autrefois, alors que certains d’entre eux, renfrognés, exigeaient plus d’argent des chefs de file.
Le président Martelly, arc-bouté à son mandat, répond à ceux qui exigent son départ. «Ceux qui demandent mon départ ne savent pas que la Constitution fixe le mandat du président à cinq ans », rétorque-t-il, déplorant l’exploitation de la cherté de la vie à des fins politiques. Ceux qui font cela, déplore Michel Joseph Martelly, ne disent pas au peuple où ils l’emmènent.
Martelly, dans un autre registre, invite ceux qui veulent se battre à le rejoindre dans la bataille pour la stabilité, la création d’emplois, la réhabilitation de l’environnement, la scolarisation des enfants d’Haïti.
En proie à la contestation à un moment où circulent des rumeurs de remaniement ministériel, Martelly maintient sa confiance à l’équipe dirigée par le Premier ministre Laurent Salvador Lamothe. « Je veux le croire, sauf si vous avez des doutes. Quand j’ai un problème, j’en discute. J’ai la réputation d’être sincère et honnête », lâche le président Michel Joseph Martelly avant que son imposante garde ne bouscule les journalistes.
La veille, plusieurs milliers de personnes d’obédience lavalas avaient manifesté dans les rues de la capitale pour exiger le départ de Martelly. « Obama, débarasse-nous de Ti Simone », avaient scandé ces manifestants qui accusent le président de corruption, de népotisme et d’incapacité à changer les conditions de vie du peuple haïtien durement éprouvé par la hausse des prix des produits de première nécessité. Le 5 octobre, ils manifesteront de nouveau à Port-au-Prince, ont-ils annoncé. Cela ne nuit pas à Martelly. « La manifestation organisée en mon absence est la résultante de la démocratie en Haïti », selon Martelly, en jambe et en santé pour marcher. Bref, en état de donner le change à ses adversaires, même s’il refuse de l’admettre.
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