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L'EDITO DU JOUR
par Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval
La monnaie américaine s'échange à plus de 44 gourdes pour un dollar. La tendance, séance après séance, est à la hausse. Ce n'est pas la première fois que la devise de référence de l'économie haïtienne franchit ce seuil. Nous avons connu des niveaux de décote plus élevés dans le passé. Cela date de l...
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EDITORIAL

Kolepyese
Le Nouvelliste | Publié le :18 septembre 2012
 Frantz Duval duval@lenouvelliste.com twitter:@Frantzduval

De nouveaux hôtels cinq étoiles sortent de terre, pimpants certains attendent leur inauguration en décembre. Les places publiques de Pétion-Ville sont en chantier, s'y effacent, lentement, les traces des dernières tentes.

Dans toute la ville, les promeneurs sans but croisent les happy few affairés, chacun sa route, chacun sa facture. Partout, les délinquants scrutent leurs proies, il n'y a pas de petites rapines. Nul n'est à l'abri. Une détonation, un bare vòlè et la vie reprend.

Les embouteillages ramènent 4x4 efficaces et piétons désœuvrés à la dimension de la ville. Les murs poussent et grandissent dans le même périmètre rempli au ras bord d'activités furieuses. Il n'y a pas assez de mètres carrés construits pour toutes les âmes qui vivent.

Les pelles crissent dans les gravats. Le ciment se dilue sac après sac dans une envolée de fumée sans feu. Les marteaux tapent dur sur les poutrelles d'acier: rouges à Christ the King, grises au local de la Croix Rouge de l'avenue Christophe. Une école, un bureau, une banque, on change de modèle quand les fonds sont disponibles. Sur les façades, la peinture fraîche sert de colle aux nouvelles ambitions.

Deux grues ronronnent sur le terrain de l'ancien Externat la Providence en face de la BRH. Des techniciens battent les pieux du centre de conférence à sortir de terre. Plus haut, la rue Pavée retrouve son ruban d'asphalte, sans reconquérir son grade d'artère commerciale. Les ruines alentour devraient disparaître, une couche de neuf recouvrir les commerces encore debout. Les propriétaires sont réticents, la poussière des vicissitudes couvre tout.

Un pas à droite, c'est le palais national qui part à la décharge par camions entiers. Les fers de son béton armé ont résisté aux bombes et à la mitraille, mais finiront dans une aciérie étrangère, emportés par les conteneurs de tôles couleur brique.

Emmelie Prophète a raison de dire que chaque Haïtien devrait recevoir un petit bout de notre fantasme national en souvenir. On se partagerait un palais concassé à défaut du pouvoir qu'il incarne.

Un pas à gauche ce sont les quartiers du Bel Air et de Fort National à l'abandon. L'espoir languit. Les projets de HLM ont fait corps avec les tiroirs qui les emprisonnent. Les tentes et les logements précaires prennent racine.

Aucun milliard annoncé, aucun million dépensé, aucune avancée matérielle n'ont jamais suffi à faire le bonheur de ce pays sceptique, trop habitué à se faire rouler dans la farine des promesses.

Après avoir traversé la capitale en zigzag, une évidence: la ville repousse, à son rythme, sans trompette mais avec l'acharnement du pauvre, les grands moyens des nantis. Comme avant.

Les plans des futurs bâtiments administratifs ont été présentés ce mardi. Il n'y a eu ni concours d'architecture, ni réflexions grandioses. A notre mesure, naîtra la ville nouvelle, renaîtra l'ancienne.

Et pourtant il faut croire et espérer. Un pied après l'autre, construire pas à pas l'avenir, sans avoir tout à fait défait le passé.

Frantz Duval duval@lenouvelliste.com twitter:@Frantzduval
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