Lundi 17 septembre, 10 h12 a.m. La rentrée scolaire, préalablement fixée au 3 septembre et reportée au 1er octobre, c’est finalement dans deux semaines. Sur la galerie de l’école nationale d’Application de Martissant, une dizaine d’enfants, dont certains à moitié nus, jouent, chantent, dansent et crient. A quelques mètres d’eux, Claudia Aristide, 23 ans, coiffure africaine, s’amuse avec son benjamin, tout juste âgé d’un an.
Depuis le 13 janvier 2010, au lendemain du séisme, cette jeune mère de trois enfants ainsi que 196 autres familles occupent l’espace de cette école nationale qui a accueilli l’année dernière 859 écoliers dans le groupe a.m. et 276 dans le p.m. Ces familles s’installent sur le terrain de football de l’école et paralysent ainsi toutes les activités sportives et de loisirs des enfants.
Drôle et difficile cohabitation. Les familles, qui utilisent les latrines de l’école, l’avouent. D’ailleurs, Claudia a fait ses études primaires, soit de la première année à la cinquième année fondamentale, dans cette école. Elle y est revenue non comme écolière mais comme déplacée avec cette fois-ci trois enfants et son mari. Abondant dans le même sens que Claude Manneville, directeur de cet établissement, Claudia affirme que la présence des déplacés a des impacts négatifs sur l’apprentissage des enfants.
« Les enfants ne peuvent pas se recréer, et souvent, en salle de classe, ils entendent toutes sortes de propos. Ce n’est pas bien pour leur éducation », indique la jeune maman qui a abandonné l’école en 2004 après être tombée enceinte alors qu’elle était en huitième année fondamentale.
Après une cinquantaine de minutes, le directeur de l’école arrive. Il n’hésite pas à cracher sa frustration. Après avoir fait d’énormes progrès, dit-il, avec l’école nationale Carius Lhérisson à Fontamara dont il était le directeur, il a été transféré en novembre 2011 pour diriger l'école nationale d’Application.
« J’ai reçu la nouvelle de mon transfert à 10 heures du soir. Je ne sais quel mal j'ai fait fait pour recevoir un tel traitement de la direction départementale de l’éducation. Sincèrement, je me suis senti humilié », raconte M. Manneville, qui s’est quand même adapté avec la nouvelle réalité.
A deux semaines de la rentrée des classes, Claude Manneville se fait du souci. Visiblement, il n’est pas à l’aise en contemplant le paysage de tentes de l’école. Toutefois, il espère que l’établissement scolaire sera totalement libéré de ses occupants en novembre au plus tard, car le président Michel Martelly, qui a visité l’école le mois dernier après le passage de la tempête tropicale Isaac sur Haïti, a promis que la rentrée scolaire, fixée au 1er octobre, ne se fera pas avec la présence des déplacés. Ce n’est pas sûr, parce qu’aucune famille n’est encore relogée même si le processus est en cours.
« Cela fait plus de deux semaines que l’Organisation internationale de la migration (OIM) nous a recensés et nous a demandé de trouver un logement à louer. Nous en avons trouvé, mais l’OIM ne nous a rien dit de plus depuis », tempête une dame, debout, sur la galerie de l’école.
« Nous allons devoir rechercher d’autres maisons à affermer quand l’OIM sera prête, car les propriétaires ne vont pas nous attendre indéfiniment », ajoute-t-elle.
« Ce serait bien qu’ils partent parce que leur présence ralentit totalement les activités scolaires. Nous avons des problèmes de mobilier. Les déplacés utilisent des tables et des chaises de l’école dans leurs tentes », déplore M. Manneville, qui a plus de 20 ans dans l’enseignement.
Autre difficulté au bon fonctionnement de l’école : insuffisance de salles de classe. « Nous avons besoin de deux salles additionnelles. J’ai écrit à plusieurs reprises à la direction départementale de l’éducation pour solliciter la visite d’une équipe du service de génie scolaire à cet effet, aucune suite n’a été donnée à ma requête », regrette le directeur.
Malgré ces conditions d’apprentissage difficiles, Claude Manneville vise la « qualité » de l’éducation, comme le prône le ministère. Avec les mains vides. Pour sa première année à la tête de l’établissement, il a su quand même réussir un grand coup. « Notre taux de réussite aux examens officiels de sixième année fondamentale a été de 97% », se félicite M. Manneville.
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