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par Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval
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SOCIETE

Le départ d'un homme debout
Le Nouvelliste | Publié le :14 septembre 2012
 Yanick Lahens

Dans mon ouvrage Failles, j’ai fait mention de l’unique lettre S pour évoquer Smarck Michel, l’ami des samedis matins. “C’est à l’arrivée de S. que je réalise qu’on est samedi. S. est l’un des rares hommes qui a fait de la politique et qui en a laissé une image digne. Il est debout dans sa tête. Debout dans son coeur. Il a une colonne vertébrale”* Smarck Michel avait aussi un sens de l’intelligence politique, pas celle qui se réduit à la roublardise mais celle qui permet de construire le politique à ce niveau qui décidément semble si difficile à atteindre par beaucoup d’acteurs politiques haitiens. Son engagement dans les années 1990 fut aussi profond, sincère et courageux que son refus autour de 2003-2004. Et à chacune de ces expériences il a hélas payé le prix fort (dechoukaj y compris) mais la tête haute. D’aucuns évoqueront précisément la véhémence de ses engagements. Soit! Mais quand bien même morale et politique ne sauraient se superposer ou se confondre, sa véhémence (héritée peut-être d’un père militaire) est de loin plus excusable que l’opportunisme, la flatterie et l’absence d’honneur.

L’intelligence des affaires ne l’avait pas fait perdre toute finesse, toute éducation. Elle était chez lui de celle qui embrasse au-delà du simple alignement des chiffres, les données d’ensemble de l’économie et la globalité historique et sociale. Ceux qui voyaient avec méfiance et septicisme arriver au timon des affaires un commerçant, d’origine levantine de surcroît par sa mère, furent surpris de découvrir au-delà de la compétence et du pragmatisme du gestionnaire public, un mélomane averti, un lecteur éclectique et avisé, à l’humour décapant, au sens aigu de la répartie.

Smarck Michel était de ceux, si rares aujourd’hui, qui ont une idée juste du service public. Qui n’attendent pas un poste pour leur donner du relief à coups de sirènes, de gyrophares, de voitures en back up ou pillage des caisses publiques mais qui sont convaincus que c’est à eux, au contraire, de donner du relief à un poste par leur intégrité, leur efficacité et leur discrétion élémentaire dans un pays comme Haiti. Il était aussi de ceux qui savent se retirer une fois les limites de l’acceptable franchies parce que leur colonne vertébrale les empêche de s’aplatir pour aller dans le sens du vent.

Nous ne saurions passer sous silence l’intelligence de coeur. Celle qui ne s’étale pas dans les discours publics ou dans une visibilité tapageuse mais celle agissante, loin des feux de la rampe, auprès des plus humbles, de ceux que l’on ne voit pas, les petits clients, le personnel de maison, les voisins au-delà des hauts murs .

Nous sommes beaucoup à être persuadés que s’il était remonté en selle après les événements de 2004, Haiti ne serait pas là où elle se trouve aujourd’hui. Et dans la gestion des défis internes, et dans les relations avec la communauté des amis qui aiment tant Haiti. Mais le système interne comme le système international, en accord si parfait avec les populismes de droite comme de gauche, peuvent-ils s’accomoder de l’émergence de tels hommes et de telles femmes? La question reste ouverte.

Smarck tu vas beaucoup manquer aux amis du samedi matin. Nos accords et nos désaccords faisaient le miel et le sel de ces rencontres. Elles n’auront plus la même saveur.

Repose dans une paix bien méritée!

 

 

 

Yanick Lahens
*Failles p 81
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