Le logo du Nouvelliste
L'EDITO DU JOUR
par Jean Pharès Jérôme pjerome@lenouvelliste.com
Des festivités commémoratives des deux ans du président Michel Martelly au pouvoir, on n'a retenu, paraît-il, qu'une chose : le député Luckner Noël s'agenouillant devant le président Michel Martelly pour le remercier d'avoir mis le pays sur les rails du « développement ». Pour ne pas faire de jalo...
UNE
La Une du 18-05-2013
NEWSLETTER
Recevez Le Nouvelliste dans votre email tous les jours
en construction
TICKET MAGAZINE
108 :Visiteurs actuellement sur le site
NATIONAL

Mouvement de protestation
Grève générale aux Cayes
Le Nouvelliste | Publié le :13 septembre 2012
 Robenson Geffrard, rgeffrard@lenouvelliste.com
Si les organisateurs se décernent un satisfecit, à l'issue de la journée de grève, mercredi, dans la ville des Cayes, le secrétaire d'Etat à la Communication, dépêché expressément dans le département, indique avoir maté le mouvement. Parallèlement, selon les témoignages de deux journalistes sur place interviewés par Le Nouvelliste, le mot d'ordre de grève a été respecté à plus de 75 pour cent.

Il s'agit d'une lutte acharnée  pour le contrôle des Cayes, une ville qui a tout fait pour l’élection de Michel Martelly. Pour dire non à l’insécurité, aux mauvaises conditions de vie de la population et aux promesses non tenues, des organisations politiques, des commerçants et le secteur de la société civile ont observé une demi-journée de grève aux Cayes. Autrefois ami et représentant du Président de la République dans le département du Sud, Gabriel Fortuné prend aujourd’hui la tête de la mobilisation pour critiquer  la gestion du chef de l’Etat.

  « Cette grève a été un avertissement au président Martelly. Le message est clair et précis : la gouvernance économique, politique et institutionnelle entachée d’irrégularités et de corruption, instaurée par le chef de l’Etat n’est pas la bonne. Le président n’est pas à l’écoute de la population », a critiqué Gabriel Fortuné. Selon lui, la montée de l’insécurité aux Cayes et la dégradation des conditions de vie de la population sont inacceptables.   

 Selon l’ancien sénateur et ancien délégué départemental, la grève a été respectée par tous les secteurs de la ville et le président doit prendre note des révendications de la population. M. Fortuné a vivement dénoncé le gouvernement qui a expressément dépêché son secrétaire d’Etat à la Communication dans le but de boycotter la grève. « Guyler C. Delva était en mission. Le délégué, de son côté, avait reçu 300 000 gourdes à distribuer. Mais cela n’a eu aucune conséquence sur le mouvement », a-t-il dit au Nouvelliste.

 Pour le sénateur du Sud, Pierre Francky Exius, Guyler C. Delva avait en sa possession 500 000 gourdes à distribuer afin de boycotter le mouvement.

 Guyler C. Delva rejette ces accusations et s’enorgueillit d’avoir maté le mouvement

 Il ne trouve pas assez de mots pour qualifier son exploit. Il se vante d’avoir tenu en échec les organisateurs de la grève dans la ville des Cayes. Guyler C. Delva l’a clairement confié au Nouvelliste. « C’était ma mission. Eclairer la population sur la propagande visant à troubler les esprits de la population. Le travail a réussi », a-t-il déclaré. Selon lui, contrairement à ce qui se dit, le président Martelly n’a pas trahi la population des Cayes.

 «Nous reconnaissons que les choses ne sont pas faciles, mais le président travaille sans relâche pour délivrer », a-t-il rassuré.

 « En aucune manière, je ne saurais me retrouver en train de distribuer de l’argent. Ce que je dis c’est ma conviction. Je ne le fais pas pour de l’argent. Gabriel Fortuné n’a pas d’arguments pour discuter avec moi. Je l'ai déshabillé », a martelé M. Delva.

 Selon lui, les responsables de la Chambre de commerce des Cayes ont pris l’initiative de lancer le mot d’ordre de grève pas pour des raisons politiques, mais pour dénoncer l’insécurité. Il a souligné que les autorités policières dans le département lui ont donné la garantie qu’elles s’évertuent à redresser la situation.

 Témoignages de deux journalistes sur place au Cayes

 Le transport en commun a été paralysé, les stations d’essence n’ont pas fonctionné, le grand commerce était totalement paralysé, à l’exception de la BNC, toutes les banques commerciales ont gardé leurs portes fermées, le secteur informel a fonctionné au ralenti, selon les journalistes Hérold Zamor de Radio Monopole des Cayes et Henri Guerrier, un reporter indépendant. L’administration publique a fonctionné normalement.

 Les deux journalistes s’accordent à dire que le mot d’ordre de grève a été suivi. « La grève a été respectée à un pourcentage très élevé », a déclaré au Nouvelliste Hérold Zamor. Selon lui, un ensemble d’organisations des Cayes ont organisé ce mouvement non seulement pour dire non à l’insécurité, mais également pour rappeler au chef de l’Etat que les Cayes ont contribué à son élection. « Ce n’était pas un mouvement  pour dire A bas le président Martelly », a souligné le journaliste.

 Cependant, M. Zamor a indiqué qu’il y a un mécontentement au sein de la population contre la lenteur dans les actions du gouvernement.

 Pour Henri Guerrier, la population a commencé à manifester son sentiment de frustration  peu après le carnaval des Cayes. Le Conseil de gouvernement a un peu calmé les esprits. Mais parce que les promesses tardent à se concrétiser  « on sent que le grogne est là », a-t-il dit, soulignant qu’en dépit de ce fait, il ne sent pas chez la population une volonté de gagner les rues contre le chef de l’Etat.

 Le sénateur du Sud Pierre Francky Exius appuie totalement le mouvement

Quant au sénateur du Sud, ce sont surtout les décisions au niveau de l’appareil judiciaire qui l’indignent. « Les changements opérés au niveau de l’appareil judiciaire par le ministre de la Justice vont provoquer des bouleversements », a prédit  Pierre Francky Exius. Selon lui, des transferts illégaux ont été effectués dans le Sud.

 Le parlementaire qui est le président de la Commission Justice et sécurité du Sénat a fait savoir au Nouvelliste qu’il convoquerait le ministre Jean Renel Sanon sur ces différents changements. Par ailleurs, le sénateur a dénoncé les conditions de vie de la population qui deviennent de plus en plus insoutenables. Pour toutes ces raisons, a-t-il dit, il a apporté son plein soutien au mot d’ordre de grève.

 Alors que Guyler C. Delva se trouvait face à Gabriel Fortuné dans un débat télévisé, des journalistes ont rapporté que beaucoup de gens se sont massés devant la station pour réclamer du secrétaire d’Etat à la Communication leur part de l’argent, ont-ils dit, que M. Delva était venu distribuer dans la ville. La police a dû intervenir pour évacuer l’officiel du gouvernement.

 Pour Guyler C. Delva, il s’agissait d’un petit groupe de manifestants à la solde de Gabriel Fortuné. Par précaution, compte tenu de son statut de secrétaire d’Etat, la police a dû intervenir, mais, par la suite, il a circulé sans problème aux Cayes, a-t-il expliqué.

Robenson Geffrard, rgeffrard@lenouvelliste.com
les commentaires