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par Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval
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Christelle Paul l'art par les cornes
Le Nouvelliste | Publié le :10 septembre 2012
 Gaëlle C. Alexis
Nommée artisan de l'année 2011 par la plus grande foire artisanale du pays, Artisanat en Fête, Christelle Paul de l'atelier Calla parle de son oeuvre, de son expérience et de ses rêves.

Dans la cour de l’atelier Calla ce samedi matin, six hommes sont concentrés sur leur travail. Ma présence ne les dérange ni ne les arrête. Ils ne quittent pas des yeux la corne de boeuf qui prend vie sous leurs doigts habiles. Christelle Paul, propriétaire et fondatrice de l’atelier, m’accueille avec un grand sourire. Son chapeau de paille marron cache ses longs cheveux noirs attachés en chignon rebelle. Skinny jean blanc et chemisier sans manches imprimé léopard, l’artisan 2011 d’Artisanat en fête est belle en plus d’être talentueuse. « On va s’asseoir dans le bureau de mon mari », dit-elle en s’excusant. « Nous n’avons pas encore notre propre espace, donc je squatte », explique l’entrepreneure en riant.
L’atelier Calla est né en octobre 2011, à la veille d’Artisanat en Fête. « Avant je sous-traitais. Je n’avais pas encore tous les équipements nécessaires. J’ai créé l’atelier parce que je n’étais pas satisfaite des produits que je trouvais en Haïti. J’ai toujours eu une passion pour la mode et pour tout ce qui est beau. Nous avons commencé par des bijoux, mais aujourd’hui
Nommée artisan de l’année 2011 par la plus grande foire artisanale du pays, Artisanat en Fête, Christelle Paul de l’atelier Calla parle de son oeuvre, de son expérience et de ses rêves. se disperse dans le flot de paroles. En effet Christelle est « moitié Française, moitié Haïtienne. Mais Haïtienne avant tout », revendique-t-elle.
L’atelier Calla ne fait pas partie de ceux qui ont des prix inaccessibles, explique la propriétaire. « Ma plus petite pièce se vend à cent vingt-cinq gourdes. Et comme je travaille sur commande on peut trouver des pièces bien spécifiques à mille cinq cents dollars américains ou plus. Dans les foires, par exemple, je n’augmente pas les prix de mes produits. Et ils se vendent assez bien. » En plus de son travail à nous produisons tout ce qui est décoration et art de la table. » Celle qui est nommée Artisan de l’année 2011 avec quatre autres est humble et sans faux-semblant. « Je refuse de dire aux gens que je vends de l’art. Je suis un artisan qui offre un produit différent, beau et de qualité. Tout simplement. »
Composé de six artisans dont trois apprentis, l’atelier Calla travaille essentiellement avec la corne de boeuf. Les artisans se forment au fur et à mesure que leur passion devient un vrai métier. « Jusqu’à présent je ne travaille qu’avec des hommes. Mais je veux faire des projets pour les femmes à long terme », explique Christelle. « L’artisanat en Haïti mérite de devenir un métier sûr. Je voudrais que des jeunes embrassent cette voie sérieusement. » Les jambes croisées, la posture droite, les mains jointes, Christelle Chignard Paul s’exprime d’une voix claire et sûre. De temps en temps, sous un rire joyeux pointe un léger accent français. Mais très vite, celui-ci plein temps, Christelle Paul s’occupe de l’atelier toute seule. Chaque matin elle s’y rend aux environs de 8 heures pour passer les instructions, faire un petit inventaire et s’assurer que tout va bien. Après 4 heures p.m., elle revient sur la route de l’aéroport, là où se situe l’atelier et revoit les pièces qui ont été faites. « Je n’ai pas le temps de souffler, mais je gère bien. Jusqu’à présent, chaque produit indistinctement a ma touche personnelle. Je revérifie les travaux plusieurs fois, du commencement jusqu’à la fin. »
37 ans, mariée et mère de trois enfants, Christelle trouve le temps de jongler avec toutes ses activités sans se plaindre. « Je ne changerai mon planning pour rien au monde. J’adore ce que je fais et je sais que le travail dur est gratifiant à la longue. » Naturellement chic et coquette, amoureuse de la mode, elle a pourtant les mains d’une rude travailleuse. Les ongles courts et non manucurés, l’artiste manie les outils avec autant de dextérité que les crayons qu’elle utilise pour ses croquis. Cette année, à Artisanat en Fête, elle compte présenter sa collection de bijoux parus cet été et toute sa gamme de décor. « J’aime Artisanat en Fête, et avoir été nommée Artisan de l’année en 2011 m’avait profondément émue et surprise », continue Christelle.
Sa toute première exposition est à Femmes en production, quelques années plutôt. Depuis lors, l’atelier participe le plus possible aux foires aussi bien qu’en Haïti qu’à l’étranger. « J’ai une clientèle assez fixe. Je ne me plains pas. J’espère qu’Artisanat en Fête 2012 aura beaucoup d’acheteurs et que la foire sera encore plus belle », conclut Christelle Paul, sourire aux lèvres et yeux brillants.

Gaëlle C. Alexis
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