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NATIONAL

Décès de l'ancien Premier ministre Smarck Michel
Le Nouvelliste | Publié le :03 septembre 2012
 Frantz Duval Sources combinées

Le 6e Premier ministre d’Haïti, Georges Jean-Jacques Smarck Michel dit Smarck Michel, est décédé le samedi 1er septembre 2012 à Port-au-Prince, a-t-on appris de sources proches de sa famille. Il était souffrant depuis quelque temps.

 

Né le 29 mars 1937 à Saint-Marc dans le bas Artibonite, Smarck Michel a passé sa vie dans le commerce de gros, particulièrement au marché de la Croix-des-Bossales dont il était un des piliers.

 

Intéressé par la politique, au départ de Jean-Claude Duvalier, il se rapproche de la mouvance menée par le curé de St-Jean Bosco, Jean-Bertrand Aristide.

 

Michel devient vite une tête d’affiche de la nébuleuse qui gravite autour de Jean-Bertrand Aristide. Il finance les œuvres sociales du prêtre, accède au comité d’appui de son action politique, dirige sa campagne électorale en 1990.

 

En février 1991, il est nommé ministre du Commerce et de l'Industrie dans le gouvernement de René Préval. Il occupe le poste du 19 février au 14 juin 1991 avant d’être acculé à la démission sous les assauts de manifestations répétées contre la vie chère. Jean-François Chamblain le remplace.

 

De retour de son exil de trois ans après le sanglant coup d’Etat des militaires le 30 septembre 1991, Jean-Bertrand Aristide, restauré à la présidence en Haïti, le choisit comme Premier ministre. Le Parlement ratifie son choix le 6 novembre 1994.

 

Michel prend la tête d’un gouvernement hybride et recomposé. Toutes les tendances de Lavalas se cherchent une place à l’ombre après les dures années du règne des militaires. Il a la difficile tâche de succéder à Robert Malval, homme d’affaires comme lui, qui a perdu la confiance du président Aristide.

 

Michel doit gouverner en naviguant entre un président ombrageux, une communauté internationale omniprésente sur le terrain avec ses troupes et mille exigences qui ont permis le retour du 15 octobre 1994 et les attentes nombreuses des militants.

 

Le mandat de Smarck Michel sera chahuté. Il finit par se faire désavouer publiquement par le chef de l’Etat sur le dossier de la privatisation des entreprises publiques et des réformes nées des accords de Paris de mi-1994 qui ont pavé la voie au retour d’Aristide, mais aussi limité les marges de manœuvre d’un pouvoir qui ne sera plus ni de gauche ni de droite.

 

Pressenti comme un potentiel candidat à la succession de Jean-Bertrand Aristide, le PM se fait déchirer le portrait par des alliés qui sont autant des adversaires politiques.

 

Il démissionne de son poste le 13 octobre 1995 et est remplacé par Claudette Werleigh, son ministre des Affaires étrangères, le 7 novembre 1995. Son règne dure un an.

 

Après ce deuxième passage aux commandes, l’homme d’affaires revient à ses entreprises sans jamais cesser d’intervenir, de temps à autre, sur l’actualité politique avec des déclarations qui prouvent qu’il ne porte plus Lavalas et ses leaders dans son cœur. Le divorce est consommé d’avec Jean-Bertrand Aristide.

 

La dernière fois que le nom de Michel était cité pour occuper un poste politique c'était au moment de la transition de 2004. Smarck Michel figure sur la courte liste des premiers ministrables. Il se fait coiffer au poteau par Gérard Latortue sorti pour l’occasion de sa retraite en Floride.

 

Après le séisme du 12 janvier 2010, il sera membre de l’éphémère club des anciens Premiers ministres animé par Marc Louis Bazin. L’ambition de cet aréopage de donner des conseils aux responsables en poste n’aura pas le temps de prendre forme

 

Smarck Michel aura fait le grand écart toute sa vie entre le commerce et la politique, entre ses amis du secteur privé et ses convictions de gauche. Il sera, tour à tour, lâché par les deux camps.

 

Figure notoire de l’implication du monde des affaires dans la politique de la cité, l’ancien Premier ministre n’aura pas réussi à faire le mariage entre les forces d’argent et les forces de changement en Haïti.

 

Des compagnons de lutte de Smarck Michel et des officiels de l’actuel exécutif se sont prononcés sur son départ.

 

Fanmi Lavalas lui a exprimé sa gratitude. « Smarck Michel a été un homme d’affaires et un militant qui a accompagné Fanmi Lavalas à un moment difficile », a déclaré Maryse Narcisse, porte-parole du parti de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide. Mme Narcisse dit avoir gardé du défunt le souvenir d’un bon conseiller que le parti n’est pas prêt d'oublier.

 

 

 

Evans Paul, ex-maire de Port-au-Prince, élu sous la bannière du Front national pour le changement et la démocratie (FNCD) plateforme qui soutenait Jean Bertrand Aristide en 1990, a, pour sa part, présenté Smarck Michel comme un patriote. « Il a été un homme spontané et a contribué à des activités sociales », a témoigné Evans Paul. 

 

 

Réagissant au micro de Radio Kiskeya à cette disparition, le militant politique Patrick Elie, ex-secrétaire d’Etat sous Lavalas, a salué la mémoire d’un entrepreneur progressiste qui, dit-il, avait une « conscience sociale ferme » qui l’avait porté à assumer sa responsabilité dans la lutte pour le changement en Haïti.

 

Dans deux notes de presse séparées, le Premier ministre Laurent Lamothe et le président de la République, Michel Joseph Martelly, se sont inclinés devant la dépouille de l'ancien chef de gouvernement Smarck Michel.

 

Laurent Salvador Lamothe a dit avoir appris avec consternation la nouvelle de la mort de l'ancien Premier ministre haïtien Smack Michel survenue le samedi 1er septembre à l’âge de 75 ans.

 

« Le Premier ministre joint sa voix à celle de l'ensemble du gouvernement et du peuple haïtien pour présenter ses sincères sympathies à la famille et aux proches de l'ancien chef du gouvernement qui a servi son pays avec patriotisme. »

 

Dans ses mots de sympathie, le Président de la République concède avoir lui aussi appris avec consternation la nouvelle de la mort de l’ancien Premie ministre.

 

« Le chef de l’Etat, au nom du peuple haïtien, salue le départ de M. Michel et adresse ses sympathies aux parents et amis du défunt. Le Président de la République et le peuple haïtien sont très reconnaissants du travail patriotique accompli par Monsieur Smarck Michel », indique la note de la présidence.

 

Le Nouvelliste présente ses condoléances à son épouse Victoire Marie-Rose Sterlin Michel, à ses enfants, à ses parents, alliés et amis.

 

La date des funérailles de ce grand serviteur de l’Etat n’est pas encore connue ni le protocole de la cérémonie.

 

 

Frantz Duval Sources combinées
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