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NATIONAL

Claire Lydie Parent : Remorquage et sabot, il ne faut pas tuer Pétion-ville
Le Nouvelliste | Publié le :03 septembre 2012
 Roberson Alphonse roberson_alphonse@yahoo.com

Pas de bol. Fabrice, 26 ans, passe à la trappe comme d’autres avant lui pour mauvais stationnement à Pétion-Ville, en milieu de journée, le lundi 3 septembre 2012. Son véhicule est immobilisé par les fameux sabots placés dans les pneus avant. 2500 gourdes, c’est la somme qu’il doit abouler, lui dit-on. Il s’exécute. 2000 à une compagnie privée et au fait 602 à la DGI. En clair et ventilé, 500 gourdes sous la rubrique impôt, 100 gourdes pour timbre de justice et 2 gourdes pour quelque chose d’autre , confie ce jeune économiste, énervé parce que sa plaque d’immatriculation a été arrachée par la police.

« Je reconnais le mauvais stationnement dans les parages de la Nino Cell où j’étais venus acheter quelque chose mais je n’aime pas cette façon de procéder. C’est insultant», ajoute-t-il avant d’aller payer les 2000 gourdes à deux jeunes femmes dont une porte des tresses, dans une petite chambre aux murs lézardés, sans confort, au rez-de-chaussée du commissariat de Pétion-Ville. Le sabot est un moindre mal.« Le remorquage est à 4000 gourdes. C’est une autre compagnie qui s’en charge. En cas de remorquage, on ne donne pas de contravention », explique cette jeune femme avec un « facturier » et un téléphone portable sur la table devant elle. 

Dans les allées un peu sombres et humides du commissariat, d’autres conducteurs pris dans les mailles du filet font la gueule. Certains jurent qu’ils ne reviendront plus  dans cette commune où s’est pourtant concentré bon nombre d’entreprises ayant fui le centre-ville de Port-au-Prince après le séisme du 12 janvier 2010. « C’est du harcèlement et cela tue nos activités », tempête une commerçante en croisade ouverte contre les « excès  de la police à Pétion-Ville où, pourtant, les cambriolages nocturnes sont de plus en plus fréquents ».  

Les complaintes des Pétionvillois et des commerçants sont parvenus aux oreilles de Claire Lydie Parent, la mairesse. « J’entends les complaintes à travers les inspecteurs municipaux et dans la presse », indique-t-elle, affichant son soutien aux commerçants de sa ville. « Je ne suis pas pour que l’on tue le commerce. Je vais discuter avec les responsables de la circulation pour voir est-ce que l’on peut baisser les prix du remorquage et du sabot », promet Claire Lydie Parent qui reconnaìt cependant les attributions du Service de la circulation de faire son travail conformément à la loi.

Sans langue de bois, cette femme politique de longue date souligne que Pétion-Ville, ville résidentielle, n’avait pas été construite pour accueillir tant de commerces. Certains n’ont pas respecté les consignes de la mairie exigeant des aires de stationnement pour les clients des entreprises dont des grandes surfaces, explique Claire Lydie Parent qui envisage de construire des parkings municipaux. Mais les ressources financières manquent cruellement. Pas un centime de l’argent versé par les automobilistes sanctionnés n’est reversé à la mairie pour la construction de ces facilités rendant agréable la vie dans la ville. « Parking, je ne dirais pas que c’est pour bientôt », indique la mairesse qui rappelle l’utilité de la mesure municipale consistant à récupérer deux mètres pour construire des trottoirs dans cette ville où les parkings sur la voie publique sont aussi rares qu’à Manhattan. Quand on avait pris cette mesure, c’était par anticipation de l’augmentation des activités commerciales, de la circulation automobile et piétonne dans la ville, rappelle Claire Lydie Parent, première citoyenne d’une ville regorgeant de citoyens qui se disent victimes de discrimination et de harcèlement de la part de la police, prompte à coller des contraventions pour non port de la ceinture de sécurité.

« Non, il n’y a ni discrimination ni harcèlement contre les automobilistes à Pétion-Ville. C’est dans cette commune que l’opération pour le port de la ceinture de sécurité a commencé. C’est pour cela que des gens peuvent avoir cette impression. Mais nos policiers font ce même travail à Delmas, à Carrefour, à Croix-des-Bouquets, à Port-au-Prince et dans d’autres communes de la zone métropolitaine », répond le commissaire divisionnaire Will Dimanche, responsable de la DCPR. Cette mesure n’est pas encore appliquée à l’échelle nationale uniquement à cause d’un problème d’effectif, ajoute-t-il, confirmant que l’article 42 de la loi du 4 avril 1986 régit les contraventions au Code de la route. « Cet article oblige le port de la ceinture de sécurité et du casque pour les motocyclistes », soutient Will Dimanche qui rejette fermement une quelconque motivation financière dans les opérations de la DCPR. « La police gagne quand la circulation est fluide, quand il y a moins d’accidents de la route », déclare Will Dimanche. « L’automobiliste qui a mal garé son véhicule paie 2 500 gourdes pour que le sabot soit enlevé. La DGI, pour le compte de l’Etat haïtien, perçoit 1 000 gourdes de ce montant et 15 % de TCA sur les 1 500 reviennent à la compagnie privée effectuant ces opérations, avait-t-il indiqué. Pour les remorquages, 4 000 gourdes sont exigées. Sur ce montant, l’Etat ne perçoit rien. Cependant, une partie est versée au crédit de la DCPR,car celle-ci effectue des opérations, notamment de libération de la voie publique des carcasses de véhicule,  explique Will Dimanche.

Comme chien et chat, les automobilistes et la police cohabitent à Pétion-Ville sous le regard inquiet du négoce.

Roberson Alphonse roberson_alphonse@yahoo.com
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