économie du développement, selon laquelle l’industrialisation simultanée de plusieurs secteurs de l’économie peut être profitable à l’ensemble de l’économie; alors que seul, un secteur peinerait énormément à s’industrialiser.
Les auteurs partent du constat que les pays qui ont réalisé une croissance rapide de la productivité et une amélioration significative du niveau de vie de leurs habitants au cours des deux derniers siècles ont réussi cette performance grâce à l’industrialisation. Les pays qui ont réussi ce processus bénéficient d’énormes économies d’échelle. Ils ont connu une croissance substantielle et durable de leur produit intérieur brut (PIB) réel. On peut citer l’exemple de l’Angleterre au XVIIIe siècle, ceux du Japon et de la Corée du Sud au XIVe siècle.
Si les gains de l’industrialisation sont connus de tous, de nombreux pays demeurent pauvres et échouent piteusement dans ce processus. Deux questions cruciales se posent alors : 1) Pourquoi certains pays réussissent leur industrialisation et d’autres pas ? 2) L’intervention de l’État peut-elle accélérer le processus ?
Parmi les nombreuses causes du manque de croissance des pays sous-développés, la faible taille de leur marché domestique reste l'une des contraintes majeures. Puisque quand la taille du marché domestique est faible et que les coûts de transaction sur le marché international sont élevés, les entreprises peuvent éprouver des difficultés à générer suffisamment de ventes permettant d’adopter de nouvelles technologies plus profitables. Ainsi, la modernisation d’un secteur élargit la taille du marché pour les autres. De telles externalités positives font de la coordination des investissements à travers les secteurs une politique essentielle d’industrialisation et de développement. L’État gagne donc à promouvoir ce type de politiques.
La coordination comme politique d’industrialisation
L’idée de coordination des investissements est à la base du concept de Big Push introduit par Rosenstein-Rodan en 1943 et commenté par beaucoup d’autres auteurs. Selon cet économiste polonais, si plusieurs secteurs adoptent simultanément des technologies leur permettant de réaliser des rendements d’échelle croissants, ils vont chacun générer des revenus qui créeront une demande additionnelle de biens et services dans d’autres secteurs. Rappelons qu’il y a rendements d’échelle croissants si en multipliant les inputs par un facteur donné l’output augmente plus que proportionnellement. La coordination permettra donc d’augmenter la taille du marché local et de rendre possible le processus d’industrialisation. Une industrialisation commune et simultanée peut donc être auto-entretenue alors qu’aucun secteur n’y parviendrait de façon isolée.
Pour mieux illustrer ces propos, prenons l’exemple de l’industrie d’impression en Haïti. Les entrepreneurs de ce secteur pourraient envisager deux options. Premièrement, au lieu d’être dispersés et de livrer des produits d’une qualité approximative, ils pourraient plutôt se regrouper pour former deux ou trois grandes sociétés anonymes d’impression au standard international. Celles-ci pourraient occuper une part substantielle du marché d’impression. L’économie d’échelle réalisée sur un carnet de commandes beaucoup plus garni, combinée à une baisse des coûts fixes d’opération, permettrait de pratiquer un prix plus faible sur le marché. Beaucoup plus d’auteurs seraient alors en mesure d’éditer et le secteur deviendrait beaucoup plus rentable. L’amélioration de la productivité d’un secteur profite aux autres, donc à l’économie dans son ensemble. Mais nous sommes encore loin de cet idéal.
La deuxième option paraît beaucoup plus faisable. Elle consisterait en une meilleure coordination de tous les entrepreneurs du secteur d’impression en vue de le moderniser. Ils se mettraient d’accord sur la nouvelle technologie à utiliser, identifieraient le fournisseur le moins disant et planifieraient tout un calendrier commun de modernisation, ce qui permettrait de réduire considérablement les coûts du processus de modernisation mais aussi ceux d’entretien. Et ils auraient la possibilité de mieux négocier une clause de transfert de technologie avec le fournisseur. Cette clause exigerait la formation de techniciens capables d’assurer l’entretien des équipements, résolvant ainsi le problème de pénurie de main-d’œuvre du secteur.
Dans les deux cas, il ne s’agit que d’une meilleure coordination. Ni plus, ni moins. Aucune innovation technologique n’est requise, aucune découverte scientifique non plus. Même pas de capital additionnel si le nombre d’adhérents est suffisamment élevé.
L’administration publique gagnerait aussi à envisager un programme coordonné d’investissement. Si l’État haïtien arrivait à mieux coordonner son approvisionnement, il économiserait déjà des montants énormes. Par exemple, pour l’achat de véhicules, on pourrait négocier un meilleur prix directement avec un fabricant, une meilleure garantie et un service gratuit d’entretien sur une période donnée.
La Corée du Sud avait expérimenté un programme coordonné d’investissement conduisant à l’industrialisation de chaque secteur à un coût relativement faible, notamment en termes de subvention gouvernementale. D’où l’une des missions qui devrait être assignée au Centre de facilitation des investissements (CFI) : aider à la coordination des investissements intra - et intersectoriels.
La vague de nominations/révocations dans les hautes sphères de l’administration publique et la multiplication des postes de secrétaires d’Etat nous poussent à nous interroger sur la coordination des actions au sein même du gouvernement. Le problème se posait déjà pour certains ministères. Par exemple, entre le ministère des Affaires étrangères, celui des Haïtiens vivant à l’étranger et celui du Tourisme, lequel fait vraiment la promotion d’Haïti à l’extérieur? Entre le ministère de l’Intérieur, celui de l’Agriculture et celui de l’Environnement, lequel assure la protection de ce qu’il nous reste de forêt?
En dehors de la coordination stratégique, les actions de l’Etat peuvent se neutraliser au lieu de converger vers un objectif unique de développement économique.
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Les autorités en place ne cessent de clamer leurs intentions de faire d’Haïti un pays émergent d’ici 2030. Idée géniale. Il faut rêver. Mais pour concrétiser ce rêve, même sur une période de 50 ans, chaque secteur, tant de la vie nationale que de la communauté internationale, a une importante partition à jouer. Plus importante encore sera la coordination des actions ou politiques sectorielles devant aboutir à ce véritable sursaut national. Les économistes du développement ont avec emphase souligné l’importance de la coordination dans le développement économique. Certains d’entre eux tentent même d’expliquer le sous-développement d’un pays par l’échec de coordination entre ses secteurs vitaux.
Dans «Industrialization and the Big Push» publié en 1989 dans Journal of Political Economy (vol.97, no.5), Kevin Murphy, Andrei Shleifer et Robert Vishny ont mis l’accent sur l’impact de la coordination des investissements sur le processus d’industrialisation. Ils approfondissent ainsi une idée de Rosenstein-Rodan, l'un des pionniers de l'économie du développement, selon laquelle l’industrialisation simultanée de plusieurs secteurs de l’économie peut être profitable à l’ensemble de l’économie; alors que seul, un secteur peinerait énormément à s’industrialiser.
Les auteurs partent du constat que les pays qui ont réalisé une croissance rapide de la productivité et une amélioration significative du niveau de vie de leurs habitants au cours des deux derniers siècles ont réussi cette performance grâce à l’industrialisation. Les pays qui ont réussi ce processus bénéficient d’énormes économies d’échelle. Ils ont connu une croissance substantielle et durable de leur produit intérieur brut (PIB) réel. On peut citer l’exemple de l’Angleterre au XVIIIe siècle, ceux du Japon et de la Corée du Sud au XIVe siècle.
Si les gains de l’industrialisation sont connus de tous, de nombreux pays demeurent pauvres et échouent piteusement dans ce processus. Deux questions cruciales se posent alors : 1) Pourquoi certains pays réussissent leur industrialisation et d’autres pas ? 2) L’intervention de l’État peut-elle accélérer le processus ?
Parmi les nombreuses causes du manque de croissance des pays sous-développés, la faible taille de leur marché domestique reste l'une des contraintes majeures. Puisque quand la taille du marché domestique est faible et que les coûts de transaction sur le marché international sont élevés, les entreprises peuvent éprouver des difficultés à générer suffisamment de ventes permettant d’adopter de nouvelles technologies plus profitables. Ainsi, la modernisation d’un secteur élargit la taille du marché pour les autres. De telles externalités positives font de la coordination des investissements à travers les secteurs une politique essentielle d’industrialisation et de développement. L’État gagne donc à promouvoir ce type de politiques.
La coordination comme politique d’industrialisation
L’idée de coordination des investissements est à la base du concept de Big Push introduit par Rosenstein-Rodan en 1943 et commenté par beaucoup d’autres auteurs. Selon cet économiste polonais, si plusieurs secteurs adoptent simultanément des technologies leur permettant de réaliser des rendements d’échelle croissants, ils vont chacun générer des revenus qui créeront une demande additionnelle de biens et services dans d’autres secteurs. Rappelons qu’il y a rendements d’échelle croissants si en multipliant les inputs par un facteur donné l’output augmente plus que proportionnellement. La coordination permettra donc d’augmenter la taille du marché local et de rendre possible le processus d’industrialisation. Une industrialisation commune et simultanée peut donc être auto-entretenue alors qu’aucun secteur n’y parviendrait de façon isolée.
Pour mieux illustrer ces propos, prenons l’exemple de l’industrie d’impression en Haïti. Les entrepreneurs de ce secteur pourraient envisager deux options. Premièrement, au lieu d’être dispersés et de livrer des produits d’une qualité approximative, ils pourraient plutôt se regrouper pour former deux ou trois grandes sociétés anonymes d’impression au standard international. Celles-ci pourraient occuper une part substantielle du marché d’impression. L’économie d’échelle réalisée sur un carnet de commandes beaucoup plus garni, combinée à une baisse des coûts fixes d’opération, permettrait de pratiquer un prix plus faible sur le marché. Beaucoup plus d’auteurs seraient alors en mesure d’éditer et le secteur deviendrait beaucoup plus rentable. L’amélioration de la productivité d’un secteur profite aux autres, donc à l’économie dans son ensemble. Mais nous sommes encore loin de cet idéal.
La deuxième option paraît beaucoup plus faisable. Elle consisterait en une meilleure coordination de tous les entrepreneurs du secteur d’impression en vue de le moderniser. Ils se mettraient d’accord sur la nouvelle technologie à utiliser, identifieraient le fournisseur le moins disant et planifieraient tout un calendrier commun de modernisation, ce qui permettrait de réduire considérablement les coûts du processus de modernisation mais aussi ceux d’entretien. Et ils auraient la possibilité de mieux négocier une clause de transfert de technologie avec le fournisseur. Cette clause exigerait la formation de techniciens capables d’assurer l’entretien des équipements, résolvant ainsi le problème de pénurie de main-d’œuvre du secteur.
Dans les deux cas, il ne s’agit que d’une meilleure coordination. Ni plus, ni moins. Aucune innovation technologique n’est requise, aucune découverte scientifique non plus. Même pas de capital additionnel si le nombre d’adhérents est suffisamment élevé.
L’administration publique gagnerait aussi à envisager un programme coordonné d’investissement. Si l’État haïtien arrivait à mieux coordonner son approvisionnement, il économiserait déjà des montants énormes. Par exemple, pour l’achat de véhicules, on pourrait négocier un meilleur prix directement avec un fabricant, une meilleure garantie et un service gratuit d’entretien sur une période donnée.
La Corée du Sud avait expérimenté un programme coordonné d’investissement conduisant à l’industrialisation de chaque secteur à un coût relativement faible, notamment en termes de subvention gouvernementale. D’où l’une des missions qui devrait être assignée au Centre de facilitation des investissements (CFI) : aider à la coordination des investissements intra - et intersectoriels.
La vague de nominations/révocations dans les hautes sphères de l’administration publique et la multiplication des postes de secrétaires d’Etat nous poussent à nous interroger sur la coordination des actions au sein même du gouvernement. Le problème se posait déjà pour certains ministères. Par exemple, entre le ministère des Affaires étrangères, celui des Haïtiens vivant à l’étranger et celui du Tourisme, lequel fait vraiment la promotion d’Haïti à l’extérieur? Entre le ministère de l’Intérieur, celui de l’Agriculture et celui de l’Environnement, lequel assure la protection de ce qu’il nous reste de forêt?
En dehors de la coordination stratégique, les actions de l’Etat peuvent se neutraliser au lieu de converger vers un objectif unique de développement économique.
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