Propos recueillis par Gaëlle Bien-Aimé
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LN : Nous savons que vous aviez été enregistrer votre premier album en Belgique, aux mois de juin et de juillet. Comment ceci a été possible ?
TS : L’année dernière, j’ai été sélectionnée pour suivre une formation en chant. Le conseiller artistique Pierre Vaiana, un amant de la musique haïtienne, s’est beaucoup intéressé à ma façon de chanter le traditionnel avec une touche de jazz. De tous les jeunes qui suivaient avec moi cette formation, j’étais la seule à ne pas avoir un album. Il a donc mis sur pied un projet d’album qui a trouvé le support de plusieurs institutions notamment la WBI, TALIA, IGLOO et SOWAREX. Avec un démo que j’avais enregistrée à la fin de la formation, il a convaincu ces institutions et cela m’a permis d’enregistrer mon premier album.
LN : Combien de temps êtes-vous restée en Belgique ?
TS : Nous avons passé trois semaines à travailler avec les musiciens. Nous avons tout enregistré en seulement trois jours. Je suis restée là-bas pendant deux mois, mais en plus de l’enregistrement, j’ai eu une formation en techniques de chant qui a duré trois semaines.
LN : Parlez-nous de l’album?
TS : L’album contient douze morceaux, avec des interprétations de chansons traditionnelles. Sur le disque j’ai mélangé les rythmes du terroir avec le Jazz, le calypso, la bossa nova. Puisque je leur avais apporté un cd contenant tous nos rythmes, les musiciens étaient en mesure d’apprendre rapidement la musique de chez nous. Le band était composé uniquement de musiciens étrangers. Ils étaient aux nombres de six, parmi eux un pianiste italien et un tambourineur africain. Ce fut un véritable exercice d’échanges qui a été bénéfique pour nous tous.
LN : A part la musique traditionnelle, qu’allons-nous trouver d’autre sur l’album ?
LN : Il y a deux chansons de mon répertoire. Ensuite, j’ai chanté une chanson de Pierre Vaiana sur un texte de Georges Castera. Il y a également des musiques de Boulot Valcourt sur un texte de Syto Cavé ainsi qu’un texte d’Avin Jean-François mis en chanson par Wooly Saint Louis Jean.
LN : Quand est-ce que l’album sera prêt ? Comptez-vous réaliser quelque chose de spécial autour de cet évènement ?
TS : Etant donné qu’il ne reste que le mixage à faire, je pense que l’album sera prêt au début de l’année 2013. Pour la vente-signature, éventuellement un spectacle sera offert à l’occasion. Nous sommes encore au stade de planification.
LN : Quels sont vos projets pour les mois à venir ?
TS : Je pars au mois d’octobre pour un concert à Kinshasa. Je joue à Paris le 19 et le 20 octobre. Ensuite de janvier à mars j’ai dix concerts entre la Belgique et Paris.
LN : Tout s’annonce plutôt bien à ce stade de votre carrière, que diriez-vous à ceux qui craignent que Tamara Suffren devienne une artiste qui n’évolue qu’à l’étranger comme nous en avons déjà tant ?
TS : Vivre en terre étrangère ne m’a jamais effleuré l’esprit. Cependant, si j’ai beaucoup de demandes ailleurs, j’irai honorer ces contrats autant que cela sera possible. Je compte bien vivre de ce que je fais.
LN : Vous êtes très jeune et vous avez choisi un style plus ou moins créole. Pourquoi ce choix ? Pensez-vous que notre jeune public saura apprécier.
TS : Il y a longtemps déjà, je suis tombée amoureuse des chants traditionnels. J’ai été peut être influencée par Wooly Saint–Louis Jean. Mais aujourd’hui, le choix de chanter du traditionnel sur mon album vient du fait qu’il a énormément de succès à l’étranger. C’était pour que je chante les rythmes de chez moi, que Pierre Vaiana a monté ce projet. Contrairement à ce que l’on pense, tous les jeunes n’écoutent pas que du rap, du raggae ou du compas. D’ailleurs, je ne chante pas que du traditionnel. Je vais trouver une formule pour attirer vers moi les amants de la bonne musique, des jeunes comme moi. Ils sont plus nombreux qu’on ne le croit.
LN : Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors de votre séjour là-bas ?
TS : Durant mon séjour, j’ai chanté uniquement en créole alors que personne ne comprenait absolument rien. Tout le monde était sous le charme du rythme et de la langue. Cette expérience m’a appris que ma culture est forte et belle, cela m’a rendu fière.
LN : Avez-vous des craintes par rapport au succès de l’album ici en Haïti ?
TS : Je sais que certaines personnes apprécieront. Jamais tout le monde n’aimera ce que je fais. Mais j’ai du talent et de l’amour pour mon art. A travers cet album, j’offre à tous ce que j’aime et ce je que suis.
Propos recueillis par Gaëlle Bien-Aimé
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