Le logo du Nouvelliste
L'EDITO DU JOUR
par Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twiter:@Frantzduval
Les pluies des derniers jours nous rappellent que nous sommes vulnérables. Fragiles. Qu'aucun gouvernement ne peut prendre une minute à admirer ses lauriers devant l'urgence des affaires d'eau. Dans certains quartiers de la région métropolitaine, chaque goutte d'eau est de trop en temps de pluie. To...
UNE
La Une du 24-05-2013
NEWSLETTER
Recevez Le Nouvelliste dans votre email tous les jours
en construction
TICKET MAGAZINE
111 :Visiteurs actuellement sur le site
IDEES ET OPINIONS

Port-Margot en effervescence ou l'histoire d'un mouvement revendicatif
Le Nouvelliste | Publié le :21 août 2012
 Jean Fito Georges

Une situation explosive est en train de prendre forme dans la communauté de Port-Margot suite à l’imprévoyance du pouvoir central d’alors. Comme toujours, ils décident pour nous et parfois dans le mauvais sens, guidés par des intérêts dont le gros bon sens peine à en identifier le bien-fondé.                          

Qu’en est –il exactement ?

Il y a environ cinq (5) ans que des canaux ont été creusés des deux côtés du tronçon de route Limbé-Port-Margot. La propagande du gouvernement  laissait entendre que ces canaux étaient construits dans le cadre des travaux  de construction de la route Limbé/ Port-Margot qui devrait se prolonger jusqu’au Nord-Ouest en passant par le Borgne.

            Et après ce laps de temps, ces canaux, d’ailleurs non achevés, se sont trouvés complètement obstrués et ont presque disparu dans les ronces et les halliers, tels les vestiges d’une expérience vécue.

            Et l’on en était là quand la compagnie Vorbes & Fils entama la construction du tronçon partant de Thébaudière vers le Borgne, laissant en plan celle qui devait partir du Limbé vers Port-Margot. Les habitants de cette dernière localité restèrent médusés, scandalisés et frustrés, rongeant leurs foins  en regardant défiler les gros cylindrés de Vorbes et Fils transportant l’asphalte vers la route de Thébaudière.

            Enfonçant le clou, nos planificateurs n’allaient pas rester en si bon  chemin. Ils entreprirent de poursuivre leur besogne au  risque  de mettre  à rude épreuve les nerfs des victimes. Imperturbables  voire narquois ils décidèrent selon leurs plans  d’entamer le tronçon Borgne-Petit Bourg du Borgne, le tronçon Thédaudière étant terminé. Mais, à force de serrer, il arrive qu’on donne un coup de vis de trop…Et Port-Margot enfin révolté,  debout et déterminé se dressa sur ses ergots, décidé à en finir avec cette provocation, voire cette insulte.

            Et ce qui devrait arriver arriva, la population, dépitée,  dans un sursaut collectif, exprima son ras- le-bol le 22 juillet dernier en dressant des barricades, empêchant ainsi les gros transporteurs Vorbes et Fils de continuer de traverser la ville, croulant sous le poids de leur masse d’asphalte.  Leurs pneus furent  creuvés, après avoir été placés en travers de la chaussée paralysant ainsi toute la circulation. Ce qui pénalisa  malheureusement les ressortissants de Port-Margot, du Borgne et de l’Anse-à-Foleur revenant du Cap, incapables de regagner leurs pénates une fois terminée leur journée de dur labeur.

            Les autorités du Cap tentèrent d’y remédier en aménageant un simulacre de rencontre à leur propre compte et sur fonds de bruit de bottes de l’UDMO et de la MINUSTHA qui envahirent les rues toute la nuit du 10 août 2012, terrorisant par des tirs les habitants qui, dopés par la justesse de leur cause, ne se sont pas laissés démonter pour autant.

            A l’échéance des quinze (15) jours de délai pour une solution qui n’était pas trouvée, un vent de fronde recommença à souffler avec plus de détermination. Les bureaux de l'administration publique furent fermés de force par les manifestants. La route, entrecoupée de tranchées et encombrées de barricades, se trouva impraticable depuis le Limbé. Et il s’ensuit déjà une augmentation des prix des produits de première nécessité, qui ne peuvent plus être acheminés vers leurs destinations (Port-Margot, Borgne, Petit-Boug du Borgne, Anse -à-Foleur et leurs environs).

            Mais Port-au-Prince n’en a cure…

            Le 12 août, une délégation, « à qui  rien n’a été délégué » par Port-au-Prince, sans feuille de route du pouvoir central, prit sur elle de rencontrer les leaders du mouvement. Elle était composée du délégué  départemental du Nord, du vice-délégué du Borgne, du député du Limbé, du maire de Port-Margot.

            N’importe ! Ils étaient fortement impressionnés devant le spectacle d’une manifestation forte de plusieurs dizaines de milliers de participants venus des environs apporter leur soutien à un mouvement dont personne ne peut contester la justesse et le bien-fondé. On était bien loin d’une petite poignée de gens comme se plaisait à le claironner le député du Borgne.  Evidemment rien ne sortit de cette rencontre qui se déroula dans un cadre purement informel. Ces délégués non investis d’un pouvoir quelconque ou n'ayant pas de proposition émanée des autorités de Port-au-Prince recueillirent tout au plus les doléances de la communauté port-margotienne qui se ramènent à une simple revendication : « Construire la route Limbé-Thébaudière délaissée.» 

D’autant que des gens laissent entendre que le montant qui avait été débloqué à cet effet a été exposé trop longtemps au soleil sous le dernier gouvernement et s’est fondu tout bonnement… D’ailleurs, la valeur investie dans les premiers canaux sus-évoqués proviendrait de ce montant. Les actuelles autorités gouvernementales peuvent secouer la poussière des dossiers pour vérifier le bien- fondé ou non de telles allégations.

Quoi qu’il en soit le mouvement revendicatif entamé ces derniers jours ne s’arrêtera pas, jurent les protagonistes par tous leurs dieux, tant qu’une décision de bon sens, de justice ne l’aura pas emporté. Et l’actuel gouvernement, qui n’y est pour rien, a intérêt à ce qu’un dénouement heureux soit trouvé à cette crise. Il a un nom: « Construire le tronçon Limbé-Thébaudière en passant par Port-Margot. » Et gare à ces pêcheurs en eau trouble qui voient toujours une main politique dans toute revendication sociopopulaire !

Le gouvernement MARTELY-LAMOTHE  a intérêt à ce que les choses se terminent bien. C’est le prix à payer pour garder encore vifs cette ferveur et cet attachement dont il jouit encore auprès des gens de la commune de Port-Margot.

Jean Fito Georges
les commentaires