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CULTURE

Parution/Roman
Rétrospectives, «flash-back» : «Maudite éducation» de Gary Victor
Le Nouvelliste | Publié le :16 août 2012
 Par Roland Léonard

On croit savoir toutes les facettes et toutes les ficelles d’un romancier ; on n’est jamais au bout de ses surprises puisqu’on en découvre d’autres à chaque nouvelle œuvre.Dans ce roman du genre de la fiction biographique, Gary Victor pousse plus en avant son talent, illustre davantage ses aptitudes à l’exploration psychologique, en nous invitant  à ouvrir un ou deux chapitres essentiels du livre des souvenirs d’un narrateur-presque son double- Carl Vausier, futur écrivain. Roman écrit à la première personne: propice à l’introspection.

L’adolescence et la vingtaine précoce sont donc les tranches d’existence exposées, partagées en toute générosité avec le lecteur. Souvenirs incandescents ayant marqué définitivement l’affect et la carrière future de l’écrivain.

Eveil d’un jeune garçon, en pleine puberté, à la sexualité ; ses premières expériences partagées entre l’onanisme et les prostituées de bas étage du bord de mer. Eveil du sentiment amoureux, idéaliste et romantique, handicapé par une timidité paralysante sur fond de caractère introverti avec des sentiments d’infériorité. Mélanges de peine et de tendres rêveries. Situations vécues dans le cocon familial et le fameux triangle du père d’un abord rigide, mais point parangon de vertu, de la mère tendre, pleine de sollicitude et d’attention pour ses enfants, du fils tiraillé par des sentiments ambivalents envers ses parents, lucide, nullement dupe et au fait des tensions conjugales.

Il y a l’école et la bibliothèque, où l’élève Carl Vausier est distrait dans ses fantasmes et songeries, sexuels et amoureux. Il y a un mentor intellectuel, un poète inverti et célibataire, chez qui il est placé innocemment en apprentissage d’écriture, aux avances duquel il échappe de peu, au baratin et aux boniments.

Il y a, dans le même registre, les dangers de la rue et d’un faux sauveur, adepte de cette étrange franc-maçonnerie sexuelle. Il y a surtout le souvenir traumatisant de la mort du père, souffrant de défaillance cardiaque, par manque de soins dans un hôpital universitaire d’Etat à quelques mètres du palais national (333 mètres exactement). Obsession.

 Carl Vausier, jeune client et initié aux horizontales et péripatéticiennes, a la faveur de leurs confidences sur des faits sociopolitiques scabreux, criminels et honteux à la genèse de la restauration du bord de mer dans les années quarante, et sur des anecdotes tragiques et fantastiques.

Le tout est rapporté sous forme de «lodyans». Mais, la prune, la cerise sur ce gâteau littéraire reste et demeure ce premier amour contrarié, cette idylle retardée entre Carl Vausier et Cœur-qui-saigne par des circonstances tragiques et cette satanée timidité que l’écrivain analyse et décrit ici de main de maître. Behaviorisme, gestalt (psychologie de la forme) introspection et autre chose. Il y a aussi, pour ne pas oublier, l’onirisme, les rêves, portant aux méditations psychanalytiques.

C’est donc un roman superbe, moderne, raconté par une belle plume qui n’a plus à faire ses preuves.

Nous le recommandons vivement aux lecteurs sans préjugé.

N.B. Ne pas confondre Carl Vausier et Gary Victor

Par Roland Léonard
«Maudite Education», roman de Gary Victor Editions Philippe Rey, 2012, 287 pages
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