Dans l’animation d’un magazine radiophonique, la situation la plus déroutante et même irritante survient quand l’invité fait faux bond. Quand c’est préenregistré, la déception est amortie comme un choc ; dans le cas du direct, le faux bond est catastrophique. Alors, il faut de la maitrise, du sang-froid, de l’expérience pour ne rien laisser transparaitre, ne rien laisser transpirer. Un journaliste chevronné s’attellera à faire patienter l’auditoire, par exemple, il annoncera qu’il attend l’invité, que celui-ci a appelé pour dire qu’il est en route. Question d’éducation. L’invité appelle au téléphone pour s’excuser à cause du retard et qu’on peut espérer son arrivée. Ou bien s’il a un empêchement de dernière minute, il le fait savoir. L’animateur se sent délié de toute responsabilité envers l’auditoire. Le journaliste aussi a le respect de son public.
Cependant, il y a lieu de parler de faux bond au cas où c’est le silence complet du côté de l’invité pressenti. La déception est bien compréhensible. Et comment suppléer ? D’autant qu’on n’avait pas pensé à contacter un second invité. Pour se sortir d’embarras, le journaliste improvise. Il expose le fait du jour, se livre à des commentaires, se risque à des analyses pour ensuite inviter l’auditoire à l’interaction, c’est-à-dire à lui donner la parole. L’interaction compense en ce sens.
D’une manière générale, il est souhaitable de pouvoir occuper l’espace en solo. En s’appuyant sur la documentation appropriée, il y a, malgré tout, une préparation. L’improvisation viendra en support. C’est aussi cela la présentation. Préparation et improvisation. Dans cette disposition, l’animateur se met à l’abri de surprise désagréable. Néanmoins, il existe, au cas où l’espace est partagé avec un invité, le risque que celui-ci ne soit pas à la hauteur. Par exemple, il n’aura pas aidé à relever, à rehausser le débat. Trop détailliste, pas du tout analytique, l’invité se sera distingué par une approche qui ne rencontre pas l’attente de l’auditoire. Autant dire que, quand l’interviewer sent que son invité fait le poids, il suppute déjà la satisfaction de son public.
Quand, dans les couloirs d’une station, l’on voit un animateur, une animatrice tourner en rond, il n’est pas difficile d’en deviner la raison : Un invité lui a fait faux bond. A l’audience du tribunal, l’on dirait : a fait défaut. Le défaut, c’est le fait de briller par son absence. Eh bien ! à la radio, c’est dérangeant. Vous avez été touché de l’invitation, n’agissez pas avec désinvolture, agissez avec le sens de la responsabilité, tachez, à moins d’empêchement majeur, d’honorer votre promesse. Autrement, c’est votre réputation que vous êtes en train de démolir. Parce que vous avez pris la mauvaise habitude de ne pas honorer la parole donnée. Pas un centime ne sera misé sur celui qui fait faux bond à tous les coups. Vous lancer l’invitation, c’est vous faire honneur, c’est vous accorder un crédit. Un crédit sur votre quotient intellectuel et votre sociabilité.
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