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par Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval
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NATIONAL

Une réponse aux troubles du langage
Le Nouvelliste | Publié le :03 août 2012
 Propos recueillis par Péguy F. C. Pierre Retranscrits par Duckenson Lazard
L'orthophoniste (ortho : correct, phonè : voix) est le professionnel de santé qui assume la responsabilité de la prévention, de l'évaluation, du traitement et de l'étude scientifique des déficiences et des troubles de la communication humaine et des troubles associés. En Haïti, seul le Centre d'éducation spéciale, dirigé par madame Maryse Jean Jacques s'occupe des enfants atteints des troubles du langage. Madame Nadia Gybels Edouard, l'une des rares orthophonistes du pays a répondu aux questions de Le Nouvelliste sur cette problématique.

Le Nouvelliste : De quoi s’occupe exactement l’orthophonie ?

Nadia Gybels Edouard : Les indications de l'orthophonie sont reliées au bégaiement, à la dysorthographie (difficultés d’acquisition des règles d’orthographe), à la dyslexie (trouble d’apprentissage spécifique causé par un désordre neurologique), aux déformations de la bouche et des dents. Bien entendu, il faut souligner que cette liste n’est pas exhaustive.

L.N. : Quels signes indiquent à un parent que son enfant souffre d’un trouble du langage et qu’il lui  faut se référer à un orthophoniste ?

N. G. E. : Je dirais qu’en général, les parents s’inquiètent dès qu’ils voient que leur enfant ne parle pas, même à trois ans. À ce moment-là, ils cherchent quelqu’un pouvant les aider. Si l’enfant fréquente déjà l’école, c’est souvent le professeur qui avertit le parent que, comparativement aux autres enfants, le sien présente des troubles du langage, ou que son niveau articulatoire ne correspond pas à son âge.

L.N. : Comment cela se passe au moment de la prise en charge ?

N.G.E. : Cela dépend. Tout d’abord, l’enfant passe une évaluation pour connaître un petit peu quelles sont les difficultés qu’il présente. Ensuite, avec les parents, un horaire est établi pour la prise en charge. Les enfants sont reçus généralement deux fois par semaine pour des séances de trente minutes en clinique privée. Quand je dois les rencontrer au centre où je travaille, ils sont tellement nombreux que je ne peux les recevoir qu’une fois par mois. Mais pour avoir un suivi correct avec des résultats, des séances de trente minutes minimum sont nécessaires.

L.N. : Normalement, en quoi consistent les exercices que l’on fait avec quelqu’un qui a des difficultés de langage ? Un adulte qui a subi un stroke par exemple… ?

N.G.E. : Les exercices diffèrent selon le cas, mais la base est quand même articulatoire ; c’est-à-dire apprendre au patient à positionner correctement la langue, les lèvres, mettre l’accent sur la signification des mots, l'orthographe et l'organisation des phrases. Dans le cas des troubles du langage, ces mouvements si difficiles pour l’enfant seront les premiers qu’il faudra réaliser avec lui parce que cela devra rentrer dans son langage quotidien. C’est une étape qui prend généralement du temps. En ce qui concerne les adultes, c’est vraiment différent selon la localisation du problème dans la tête. Il y a des adultes qui font des aphasies (paralysie d’un côté du corps) ; c’est surtout l’aspect expression du langage qui est atteint. A ce moment-là, il faut retravailler l’articulation, la désignation des objets, la nomination d’images, etc., mais c’est spécifique à chaque personne. Pour d’autres, c’est plutôt l’aspect compréhension qui est atteint et sur lequel il faudra se concentrer. Il ne faut jamais perdre de vue que le langage est expression et compréhension. Les deux sont importants.

L.N. : Combien de temps dure généralement un traitement, suivant le cas ?

N.G.E. : Ça dépend vraiment de l’enfant. Il y a deux enfants qui présentent des troubles : pour l’un ça va peut-être durer trois mois, pour l’autre, six mois ou plus, dépendamment du niveau de maturité de l’enfant et de ses capacités à se concentrer, à suivre ce qui se fait pendant la séance. Je dirais toutefois qu’en général, les enfants sont gardés entre six mois et un an pour le traitement ; jusqu’à un an pour les problèmes de langage oral. Maintenant, il faut savoir qu’un enfant qui a eu des problèmes au niveau du langage oral a souvent des séquelles… ça rejaillit sur son langage écrit. Celui-ci restera plus longtemps pour l’apprentissage de la lecture.

L.N. : Qu'en est-il des enfants sourds ?

N.G.E. : Il y a différents niveaux de surdité. Si l’enfant est sourd mais qu’il peut être appareillé, c’est-à-dire avoir une prothèse auditive qui lui permettra d’entendre plus ou moins comme vous et moi, il aura besoin peut-être d’une rééducation pour pouvoir s’adapter à son appareil et mieux articuler puisqu’au départ il n’entendait pas, donc il n’avait pas développé le langage. En outre, il y a les sourds profonds. Ce groupe-là ne développera pas un langage verbal très important. Ces enfants sont généralement dans des institutions et là, ils doivent être quand même pris en charge par l’orthophoniste pour le langage gestuel… parce qu’il faut que toute personne ait un moyen de communication. C’est important dans la vie.

L.N. : Quel est le cas le plus difficile auquel vous ayez fait face jusqu'à présent ?

N.G.E. : J’ai reçu un enfant de trois ans qui présentait un retard important de langage. Il ne disait rien pratiquement. Aucun mot ! Mais à cela avait été plus ou moins posé le diagnostic d’autiste, c’est-à-dire un enfant qui ne semble pas être dans le monde dans lequel nous-mêmes évoluons.  Il ne communique pas avec autrui, ne se soucie pas d’échanges et ne joue pas non plus avec d’autres enfants de son âge. Cependant, il ne présentait aucune déficience de l’intelligence. J’ai dû travailler quatre ans avec lui avant de commencer à voir des résultats. Mais c’est un travail que j’ai pu réussir avec tout le soutien de ses parents et de son entourage, ainsi qu’avec le concours d’autres collègues.

L.N. : Les prix pour les consultations en clinique privée sont-ils abordables ?

N.G.E. : Comparativement à d’autres spécialités, je dois avouer que je suis relativement abordable. J’essaie de voir avec d’autres psychologues aussi quels sont les tarifs du marché. Par ailleurs, il arrive qu’une personne vienne me trouver et qu’elle ne soit pas en mesure de me payer exactement ce que je demande. A ce moment-là, je fais une entente avec elle. Mais, vous comprendrez que c’est une chose que je ne peux me permettre qu’une à deux fois par année.

L.N. : Depuis 23 ans que vous exercez dans le pays comme la seule orthophoniste, avez-vous déjà reçu une quelconque aide ou reconnaissance des autorités haïtiennes ?

N.G.E. : Je ne suis plus la seule depuis presque deux ans. J’ai une collègue qui s’appelle Anaëlle Alien, qui est en Haïti, qui travaille elle-même en privé. Je n’ai pas eu de reconnaissance officielle, mais les gens ont de l’estime pour le travail que je fais ; j’avais reçu le prix de la Francophonie une fois. Ma réelle reconnaissance, je la puise à travers des enfants qui sont heureux et contents lorsqu’ils arrivent à communiquer dans la famille ce qu’ils veulent dire, et aussi en présentant des séminaires pour le Centre d’éducation spéciale, où je travaille. Quand je vois que les gens sont heureux, qu’ils ont appris de nouvelles choses, cela fait mon bonheur.

L.N. : Ou faire de telles études en Haïti ?

N.G.E. : Malheureusement, il faut aller ailleurs. Ma collègue à étudié à New York… cela s’apprend donc aux États-Unis. Je sais qu’au Canada et en France il y a le champ de l’orthophonie également.

L.N. : Est-ce une discipline connexe à la médecine ?

N.G.E. : C’est du paramédical, donc pas forcément. On n’a pas besoin de faire des études en médecine pour être orthophoniste. On rentre dans les études d’orthophonie directement après son bac. C’est un champ qui requiert des connaissances en psychologie générale, psychologie  du développement de l’enfant, en neurologie. Je dois ajouter toutefois  qu’un orthophoniste travaille beaucoup avec un dentiste. C’est lui qui détermine en premier lieu si le trouble du langage est physiologique, c’est-à-dire lié à une malformation des dents ou une mauvaise disposition de la langue. Dans le cas de trouble psychologique ou neurologique, l’orthophoniste prend la relève.

L.N. : À un jeune qui serait intéressé par ce champ-là, vous diriez quoi ?

N.G.E. : D’y aller ! D’ailleurs il y a une jeune fille qui vient m’observer de temps en temps dans mon travail. Si on peut coordonner, quelqu’un peut venir m’observer, c’est sûr que je ne prendrais pas cinq personnes en même temps, mais n’importe qui peut venir regarder comment ça se passe ou pour poser des questions. Je suis ouverte sur ce point-là.

L.N. : Comment vous contacter ?

N.G.E. : A ce numéro : 34 45 31 63. On peut aussi m’écrire à l’adresse suivante : nadiafgedouard@yahoo.fr. Mais je ne reçois que sur rendez-vous.

 

Propos recueillis par Péguy F. C. Pierre Retranscrits par Duckenson Lazard
L'orthophonie concerne toutes les fonctions associées à la compréhension, à la réalisation et à l'expression du langage oral et écrit, ainsi que toutes les autres formes de la communication non verbale. La dénomination orthophoniste est utilisée en France et au Canada. Celle de « Logopède » est utilisée en Belgique, celle de « Logopédiste » en Suisse. Dans les pays anglo-saxons, on parle plutôt de "speech and language therapist" ou SLT, ou encore "speech and language pathologist" (SLP) (Source : Orthomalin.com).
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