Des prix viles, avilissants, faut jamais en offrir dans un marchandage. Au fil de la pratique de marchandes, l’acheteur finit par savoir à quelle quantité correspond un prix. Trois belles mangues francisque valent cinquante gourdes. La marchande laissera à l’acheteur une belle patte de figue-banane entre cent cinquante et deux cent cinquante gourdes. Le melon pays vaut en moyenne trois cents gourdes. Sur cette lancée d’étalement de prix de produits fruitiers, je puis vous conseiller d’avoir du respect pour la vendeuse en évitant de lui offrir un prix moindre que cent gourdes pour la marmite de pomme de terre. S’il y a un prix constant, c’est-à-dire qui n’a pas bougé sur une longue période, c’est bien celui-ci. Il se situe à cent vingt-cinq gourdes. Comme il est question de marchandage, on vous laissera la marmite à cent gourdes.
Comme vous le comprenez déjà, l’anarchie ne règne pas sur le marché des produits fruitiers et maraichers. L’offre et la demande se rencontrent. Mieux, se nouent les habitudes. Ce n’est pas un marché où l’inconnu a sa place. Les acteurs ont une parfaite connaissance de ce qu’ils veulent (pour satisfaire leurs désirs) et des prix qu’ils attendent en contrepartie de la cession d’un produit. Les vendeuses ont, si l’on me permet cette analogie, le commerce dans leur moi profond. Sur le bout des doigts, elles possèdent l’art de l’attirance et de la captation. Comment attirer la clientèle et la capter ? Les unes vous diront qu’il faut avoir de l’entregent. L’entregent, ici, se résume à la suavité dans le parler, plus prosaïquement user de la douceur. Une bouche douce, sucrée, c’est ce qui est nécessaire pour voir venir et affluer la clientèle. Les autres concèdent qu’il faut de la patience, une infinie patience pour rallier l’acheteur à son offre de vente.
En retour, que doit céder l’acheteur potentiel pour le point de rencontre des prétentions, et surtout pour sa satisfaction ? Etant entendu que, lui aussi, il doit jouer franc jeu. La roublardise (mètdam) ne mène à rien. En rabaissant trop, il court le risque de voir le produit être happé de ses mains ou de recevoir l’invitation ferme de le déposer dans le panier, s’il lui plait. Alors, dans le marchandage, il doit céder du terrain pour la conclusion rapide de la transaction. Justement, la rapidité est l'une des conditions pour faire des affaires. L’hésitant, celui qui lambine, qui tourne en rond et qui n’entre pas dans le vif du sujet, ne doit pas s’étonner qu’il soit rudoyé ou vertement remis à sa place. Je me suis attardé à observer les comportements des échangeurs et j’en arrive au point où je suis convaincu que, sur le marché des produits fruitiers et maraichers, le temps, c’est définitivement de l’argent, je préfère user d’un langage moins capitalistique : le temps est un facteur économique.
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