NATIONAL
Kenneth Merten s'en va et souhaite "bon voyage à Haïti, un pays qui décolle"
Le Nouvelliste | Publié le :29 juin 2012
Roberson Alphonse
Quelques conseils, beaucoup de fleurs, Merten a fait le plus beau des portraits d'Haïti "kap dekole"" et souhaité "bon voyage" au pays avant son départ pour la Croatie au terme de sa mission de trois ans.
Kenneth H. Merten a rompu avec une pratique : celle d'ambassadeurs américains qui flanquent le coup de pied de l'âne en fin de mission, souvent après avoir fait la leçon aux plus grandes fortunes et aux politiques, trop confortables alors que Haïti est classée dans le peloton de tête des « Etats faillis ». Ce fonctionnaire du Département d'Etat ayant roulé sa bosse pendant 25 ans en Haïti et ayant été témoin ici de 3 coups d'Etat, 2 cyclones, 4 élections, un séisme, une épidémie de choléra... a fait le plus beau des portraits d'un « pays qui décolle aujourd'hui». « Je souhaite bon voyage à Haïti », a-t-il ajouté, en créole, lors d'un dîner d'adieu offert en son honneur par la Amcham, au Karibe convention center, le vendredi 29 juillet 2012.
La voix empreinte d'émotion à certains passages de son speech, le diplomate, à ses « amis haïtiens », a cependant identifié quelques chantiers incontournables pour que le pays soit attractif, compétitif pour des investissements générateurs d'emplois, de dignité pour la force de travail. La modernisation du code du commerce pour faciliter la création des entreprises et la lutte contre le blanchiment d'argent sont indispensables, selon Kenneth H. Merten. La lutte contre le blanchiment d'argent doit être menée, a-t-il prévenu, sans faire le black-out sur les conséquences pour le pays et pour le système financier si le statu quo persiste.
Si rien n'est fait, le transfert d'argent électronique peut simplement être non autorisé avec Haïti, a indiqué l'ambassadeur. « Ce qui serait un désastre, un tiouboum », a ajouté Merten. Cet originaire de St-Louis, dans le Missouri, a aussi apporté un soutien inconditionnel à l'administration Martelly qui fait la chasse aux contrebandiers et à ceux qui flouent le fisc. « Le gouvernement doit continuer avec les mesures pour contrôler la contrebande », a encouragé Kenneth H. Merten, favorable à un dialogue organisé entre le secteur privé et l'Etat pour renforcer un partenariat indispensable au décollage socio-économique.
Le diplomate, que certains, considèrent comme « le sauveur de Martelly » pour le rôle de l'ambassade américaine en décembre 2010 quand les premièrs résultats du CEP de Gaillot écartaient Martelly du second tour, a passé en revue, avec une satisfaction non feinte, des réalisations des autorités. Il y a un président à la Cour de cassation, beaucoup d'enfants sont scolarisés et il ne reste que 400 000 sinistrés du séisme sous les tentes, a égrené Merten, qui rappelle que Washington continuera à mettre le paquet sur la gouvernance, l'Etat de droit, les infrastructures, la santé dans sa coopération avec Haïti.
Les hommages à « Ti Ken »
Le départ de l'USAID sera l'aune à laquelle se mesurera le succès et l'efficacité du partenariat entre Washington et Port-au-Prince, a-t-il indiqué, sous les yeux du président Michel Joseph Martelly qui salue non le départ mais le « passage de Ti Ken, un grand ami d'Haïti », sincère en soulignant qu'un pays ne se développe pas avec de l'aide. Le chef de l'Etat haïtien a souligné le rôle important joué par l'ambassadeur dans la mobilisation des secours américains à Haïti après le séisme du 12 janvier 2010.
Kenneth H. Merten a également joué un rôle très important pour que les Haïtiens obtiennent le TPS aux Etats-Unis, a confié Martelly, fier en saluant l'efficacité et la perspicacité du diplomate. « Nous vous souhaitons du succès », a dit Martelly, heureux de promettre à l'ambassadeur de l'accueillir « comme on reçoit un grand ami » quand il reviendra en Haïti.
Comme le président Michel Joseph Martelly, le président de l'Amcham, Philippe Armand, a salué le dévouement et le dynamisme de Merten, favorable à un secteur privé fort, moteur de la croissance de l'économie.
L'effort de Merten pour que le parc industriel de Caracol sorte de terre a été reconnu et salué par Armand qui retient du diplomate un conseil utile : la concentration des énergies du secteur privé et de l'Etat sur deux ou trois projets au lieu de prendre des initiatives éparpillées. L'Amcham, selon Philippe Armand, va travailler afin de rendre l'économie haïtienne plus compétitive et de renforcer la responsabilité sociale de ses membres.
Co-chairman de l'Amcham, l'ambassadeur Merten, amant de la cuisine et de la peinture haïtiennes, a reçu un tableau en cadeau de la Amcham . Une toile, un souvenir d'Haïti et de sa chaleur pour égayer son nouveau bureau en Croatie...
Roberson Alphonse
les commentaires
Haut de la page