CULTURE
Hommage posthume à Ismaël Saincilus/FOKAL
Pour rendre hommage à un homme remarquable de la peinture haïtienne
Le Nouvelliste | Publié le :29 juin 2012
Nathalie Verné
Dans une ambiance familiale, parents, amis, élèves se sont réunis à la salle de conférence de la FOKAL le 25 juin, pour témoigner leur attachement à la mémoire du peintre Ismaël Saincilus. La séance de témoignage sur la vie du peintre s'inscrivait dans une série d'activités organisées par Festival Arts Haïti, FOKAL, le comité Hommage à Ismaël Saincilus et autres amis du peintre pour rendre hommage à cet homme prodigieux de la peinture haïtienne.
Ceux qui formaient le public restreint lors de cette activité étaient tous des connaissances du peintre décédé en 2000. Cependant, chacun d'eux a découvert une facette de la vie et du tempérament d'Ismaël dans le témoignage de l'autre.
Certains ont connu Ismaël Saincilus, qu'ils appelaient aussi, mèt, Matya ou Maël, comme un peintre. D'autres l'ont considéré comme un formateur, un philosophe, un comédien, un politicien, un guérisseur, un homme extraordinaire, tolérant et humble, un symbole de liberté. Mais tous ont été d'accord sur le fait que Maël était un philanthrope.
Les élèves de l'Ecole Artibonite, de toutes les catégories d'âge, n'ont pas manqué de témoigner leur gratitude envers leur professeur qui les considérait aussi comme sa famille. A cet atelier de peinture qui n'exigeait de l'apprenti qu'un crayon, une feuille de papier blanc et la volonté d'apprendre, Matya ne se contentait pas de faire peindre ces jeunes gens. Il se souciait de leur éducation, de leur famille et de leur bien-être. «Travailler à l'atelier d'Ismaël était pour moi une journée en famille, un autre jour de classe et une source de revenu », a déclaré Alex Bien-Aimé, qui a fait la connaissance de son maître en 1990.
Delouis Jean-Louis, collaborateur de cet homme au grand coeur, a raconté l'anecdote de deux personnes venant chercher de l'aide auprès d'Ismaël. Le peintre se démêlait alors pour les aider. «Ce qui m'étonnait le plus, c'est d'entendre Maël demander aux élèves de l'atelier après que les gens soient partis "Qui étaient-ils ?", a-t-il raconté, le coeur emballé.
Ismer Saincilus ressassait les vieux souvenirs de son père aidant d'autres personnes, le corrigeant ou jouant aux cartes et aux dames. Mais ce qui l'a le plus marqué dans la vie de son père a été son désir d'être unique et sa détermination à vaincre les difficultés.
Ismaël était un homme spirituel, simple et éduqué, selon ses amis John Barnes et Pierre Joseph Lamorthe. Peintre naïf et réaliste, il exprimait dans sa peinture tout ce qu'il était et ce qui se passait autour de lui. Ses tableaux expriment son attachement à la nature et aux paysans. Décorateur, dessinateur et peintre de génie, il travaillait avec les lignes et était chef d'atelier de céramique à l'hôpital Albert Schweitzer de Deschapelles dans les années 70.
En ouvrant son atelier de peinture, Ismaël avait voulu offrir aux jeunes de Petite-Rivière de l'Artibonite un espace pour peindre, leur inculquant le goût du travail fini, le sens des responsabilités tout en leur permettant d'avoir une occupation rémunératrice.
Le peintre avait connu un moment très fort dans sa vie quand, en 1985, il avait été désigné par l'Etat haïtien parmi cinq peintres pour représenter le pays en Israël. La participation des peintres de l'Ecole Artibonite à des concours prestigieux était des moments de grande joie pour le peintre. «Matya disait toujours que cela le rendait fier de nous voir participer à de grandes expositions ou gagner des prix à des concours prestigieux», a expliqué Rosier Ilitch, peintre, élève et ami d'Ismaël.
Décédé en février 2000 à l'âge de 60 ans, Ismaël a laissé un héritage culturel à sa ville natale. L'Ecole Artibonite a formé des centaines de jeunes peintres.
Cette séance de témoignage a été l'occasion de faire connaître Ismaël Saincilus, sa vie, son travail, son support à la peinture haïtienne, le bien qu'il a fait autour de lui et l'héritage artistique qu'il a laissé à son pays. C'était également l'occasion pour les organisateurs de s'engager à relancer l'Ecole Artibonite et à en faire une référence picturale en Haïti.
Nathalie Verné
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