CULTURE
Exposition peinture/Kenscoff terre d'artiste
Jhonny Jean: des fleurs au bout du pinceau
Le Nouvelliste | Publié le :27 juin 2012
Angie Marie Beeline Joseph
jbeeline@gmail.com
A l'occasion du lancement du projet « Kenscoff terre d'artistes », financé par Arcades, samedi dernier, l'artiste peintre contemporain Jhonny Jean a proposé, à travers une exposition d'une trentaine de toiles, une expression picturale singulière, truffée de fleurs mortes au Centre d'initiatives communal de Kenscoff (CICK).
Jeune peintre autodidacte, Jhonny Jean s'est initié au dessin lorsqu'il suivait des études académiques. Si depuis sa tendre enfance il développait une passion pour le dessin, ce n'est qu'en 2006 qu'il s'y met réellement. Entre 2006 et 2008, en plus de la nature morte, Jhonny peint les émotions que lui fait ressentir le jazz de la Nouvelle-Orléans. Subjugué par la dextérité des saxophonistes jazzy et leur façon de se mouvoir, il réussit par les courbes qu'il dessine à allier l'art musical et l'art pictural. Début 2009, il met en peinture la vie rurale. Il a également fait un bref passage à l'INAGHEI, les événements survenus après la chute du président Jean-Bertrand Aristide l'ont poussé à fuir le bas de la ville pour se consacrer à la peinture.
Il s'est, entre-temps, frotté à plusieurs courants -impressionnisme, surréalisme, le mouvement Saint Soleil- pour enfin adopter l'école de la Beauté. Sa peinture, ornée de fleurs et de couleurs, fait sans cesse référence à une approche apaisée effectuée à la fin des années 60, une voie picturale jusque-là inexplorée, mais avait séduit la clientèle locale.
Le natif de Kenscoff, en retrait, observe, s'interroge sur la nature humaine et transpose en peinture ce que lui inspire cette observation. Il reste cependant à l'écart du mouvement. Il participe à plusieurs ateliers organisés par les artistes du mouvement Saint-Soleil, sans pouvoir y être rattaché. « Je n'adhère ni à l'un ni à l'autre », avance-t-il.
Mais un petit détour de la vie artistique kenscovite, dans les années 80, permet de mesurer combien les oeuvres de Saint-Pierre Toussaint, un peintre de talent, eurent une influence indéniable sur le style de ce peintre. Saint-Pierre fait partie des peintres qui ont fort tard intégré la peinture haïtienne que bon nombre d'entre eux ont marqué de leur pinceau. « Je me sens assez proche de Saint-Pierre, dans le choix des paysages et aussi dans les couleurs. Il a peint essentiellement des oiseaux, des fleurs », poursuit le peintre.
Le style de Jhonny est assez reconnaissable: il privilégie la ligne droite et l'espace très architecturé; la lumière est généralement traitée en horizontale, nette et intense, et crée des contrastes très forts entre les zones d'ombre et celles dans la lumière crue. Le vide est vertigineux. Les ciels, quand ils ne sont pas de grands bouts de ciel en arc-en-ciel, envahissent presque toute la construction de la toile. Les oeuvres exposées, mis à part les couleurs, sont presque identiques dans le choix des sujets traités. « Peindre essentiellement des fleurs, c'est un choix. Je suis depuis mon jeune âge attiré par les fleurs, par leur beauté naturelle. Je crois aussi qu'il n'y a pas de règles ni de choix particulier en matière d'art. C'est un moyen d'expression auquel les amateurs d'art et visiteurs, petit à petit, prennent goût ».
Jhonny collabore en tant que bénévole avec d'autres artistes confirmés auprès du CICK, dirigé par le Groupe francophone pour l'environnement (GAFE). Il s'engage dans le cadre d'animations culturelles. En mai 2012 à l'occasion de la Semaine de l'Europe, il présente son style artistique préféré: "la nature morte" au Parc historique de la Canne à Sucre. Pour l'ouverture de son programme « Kenscoff terre d'artistes », le centre a d'ailleurs choisi de présenter une exposition de ses oeuvres au public.
Angie Marie Beeline Joseph
jbeeline@gmail.com
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