NATIONAL
Trafiquants et contrebandiers sous haute pression
Le Nouvelliste | Publié le :25 juin 2012
Claude Gilles
Des camions de marchandises confisqués, des exportateurs et douaniers sous enquête, un ex-patron de l'OAVCT poursuivi pour crimes financiers...l'Etat haïtien met la pression pour renflouer ses comptes et sortir la demi-île de la classe des pays les plus corrompus. Secrétaires d'Etat, directeurs généraux et chefs de parquet s'attablent pour traquer trafiquants et contrebandiers.
« Les trafiquants, contrebandiers et gangsters planifient au plus haut niveau leurs forfaits. L'Etat doit, lui aussi, tramer ses complots pour les mettre en déroute », a lancé Mario Andrésol. Le directeur général de la Police nationale d'Haïti (PNH) a tenu ces propos en marge d'une réunion du Comité interinstitutionnel de planification et de coordination des opérations conjointes de lutte contre la fraude fiscale, la contrebande douanière, le blanchiment de capitaux et la corruption. Cette structure coordonnée par l'Unité de lutte contre la corruption (ULCC) a été instituée le 12 juin en cours par le Premier ministre Laurent Lamothe dans le cadre d'une politique destinée à combattre la contrebande et la corruption, particulièrement à la frontière haïtiano-dominicaine.
Pour appuyer la consigne zéro tolérance passée par le chef du gouvernement, a indiqué le directeur général de l'ULCC, Antoine Atouriste, les 18 commissaires du gouvernement, le directeur général de l'institution policière et ceux de l'UCREF, de la DGI et de la Douane se sont réunis lundi pour traiter en amont et en aval les questions relatives à la fraude fiscale, la corruption et la contrebande qui sont toutes des crimes connexes. « Toutes les actions de la Douane et de la Direction générale des impôts seront coordonnées », a indiqué Antoine Atouriste.
Le secrétaire d'Etat aux Finances, Ronald Décembre, qui a dirigé la réunion à laquelle prenaient part les directeurs régionaux de la police nationale et des douanes, considère, lui aussi, la fraude fiscale et la contrebande comme « un fléau qui ronge l'économie du pays ». Des brigades fixes et mobiles, a indiqué le secrétaire d'Etat, sont montées par la police, la douane et la DGI pour donner une réponse à ces maux qui rongent Haïti, classé parmi les pays les plus corrompus par Transparency International.
Depuis le lancement des opérations, il y a une semaine, selon le directeur général des Douanes, Fresnel Jean-Baptiste, une dizaine de camions de marchandises, en provenance de divers axes routiers, a été interceptée : « Encore dans la soirée du dimanche, quatre camions de vins et d'autres marchandises en provenance de Belladères ont été saisis », a fait savoir M. Jean-Baptiste. En plus des chauffeurs écroués, a-t-il ajouté, des exportateurs et douaniers sont sous enquête.
La Direction générale des impôts (DGI), hôte de la réunion au sommet, n'a pas besoin que les recettes fiscales soient en baisse pour resserrer l'étau sur les contrebandiers et entrepreneurs qui enfreignent la loi. Les recettes de la DGI sont en nette augmentation, a assuré Jean-Baptiste Clarck Neptune, numéro un de l'institution. Pour le seul mois d'avril dernier, la DGI a collecté plus de 11 milliards de gourdes pour le compte de l'Etat haïtien alors que les prévisions ne dépassaient pas la barre de 10 milliards.
L'offensive du gouvernement en place contre les contrebandiers et trafiquants, a expliqué M. Neptune, vise la protection de la société et plus particulièrement les hommes et femmes d'affaires qui font face à la concurrence déloyale. « L'aide internationale ne suffit pas pour placer un pays sur la voie du développement », a mis en avant le principal responsable de la DGI pour expliquer l'offensive du gouvernement de Laurent Lamothe contre la corruption et l'évasion fiscale.
Quid des cas transmis au parquet par l'ULCC ?
Des quatorze cas de corruption avérée transmis depuis deux mois au parquet de Port-au-Prince, celui de l'ancien directeur général de l'Office assurance véhicules contre tiers (OAVCT), Edrick Léandre, connaîtra une issue. L'affaire sera plaidée aux prochaines assises criminelles dont l'ouverture est annoncée pour le 16 juillet prochain. « Edrick Léandre est poursuivi pour crimes financiers », a révélé Jean Renel Sénatus, chef du parquet de Port-au-Prince. M. Léandre a été appréhendé le 30 mai 2011, selon un rapport d'enquête de l'ULCC, pour fraudes et détournement de fonds.
La majorité des autres dossiers transférés au parquet de Port-au-Prince par l'ULCC sont au cabinet d'instruction. Certains, disparus à la faveur du séisme du 12 janvier 2010, a indiqué le commissaire du gouvernement, ont été reconstitués grâce à l'appui de l'Unité de lutte contre la corruption. Me Sénatus a profité de la présence de ses homologues venant de 17 autres juridictions du pays pour évoquer l'épineux problème foncier que redoutent les investisseurs haïtiens et étrangers.
Claude Gilles
les commentaires
Haut de la page