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NATIONAL

Matière à réflexion
Trottoirs à Port-au-Prince: mode d'emploi
Le Nouvelliste | Publié le :25 juin 2012
 Claude Bernard Sérant serantclaudebernard@yahoo.fr

Pour la commodité des piétons, des deux côtés de la rue, des trottoirs sont aménagés. A Port-au-Prince, ils sont définis autrement. Un trottoir est un parking de stationnement pour les véhicules, une voie rapide pour les taxi-motos pendant les embouteillages, un espace occupé par le commerce informel. Le petit peuple débrouillard gagne sa vie sur le trottoir. La partie surélevée réservée à ceux qui se déplacent à pied est une norme de l'urbanisme ; or, toute norme recule devant l'état de fait en Haïti. Quelqu'un qui aime circuler à pied doit redouter les trottoirs de Port-au-Prince. Des passants se font agresser par des marchandes lorsque, par inadvertance, ils marchent sur une marchandise étalée. Ces derniers se dressent en bande pour proférer des injures à ceux qui, disent-ils, « vin mache sou penitans yo ». Tout citoyen qui circule à Port-au-Prince constate qu'il y a une occupation abusive des trottoirs. Et parce qu'il n'y a pas de mesures coercitives, les vendeurs étalent leurs marchandises sur le caniveau et la chaussée, paralysant la circulation des piétons et des véhicules. Et puisqu'ils savent que la mairie sait jouer au clown, le commerce informel utilise la stratégie des vendeurs à la sauvette pendant les opérations de déguerpissement. Quand ils aperçoivent un pick-up de la mairie, ils ramassent en un tour de main leurs marchandises ; sitôt le véhicule repart, ils se réinstallent au même endroit. Ils jouent à cache-cache comme des enfants. Faisant partie du domaine public, le trottoir appartient à tout le monde, ce qui veut dire dans notre mentalité, qu'il n'appartient à personne ; or, dans un pays où les citoyens n'ont pas le sens du bien commun, ce qui appartient à tout le monde n'est pas protégé. Une chaudière de bouillon peut être renversée sur un enfant revenant de l'école, sur un ouvrier revenant de son travail, cela ne voudra rien dire. Puisqu'il faut accorder la logique avec la situation, le piéton évitera le trottoir pour la chaussée.

Claude Bernard Sérant serantclaudebernard@yahoo.fr
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