NATIONAL
Conjoncture
Martelly et Lamothe comptables sinon responsables
Le Nouvelliste | Publié le :18 juin 2012
Frantz Duval
duval@lenouvelliste.com
Twitter:@dalfaz
Le Premier ministre revient de Washington, le président de la République s'en va au Brésil. La diplomatie du voyage se porte bien.
Avec sa participation à la conférence des Nations unies sur le développement durable (Rio +20) qui se tient au Brésil, le président Michel Martelly fera d'une pierre plusieurs coups. Il rencontrera plusieurs de ses égaux et réglera, tant soit peu, des affaires de la République. Selon le communiqué officiel, le Chef de l'Etat en profitera pour participer à plusieurs rencontres bilatérales au cours desquelles il abordera avec nos partenaires internationaux des questions liées au développement d'Haïti et aux efforts engagés pour rendre plus vivable la planète Terre. Une belle occasion d'appliquer la diplomatie de couloirs.
Cela faisait des mois que le président Martelly devait se rendre au pays qui contribue avec le plus d'hommes à la Minustah. Après une tournée au Chili, il avait raté en deux fois une visite en Argentine, autre grand de l'Amérique latine. Plusieurs fois annoncée et décommandée, sa visite en France n'est plus sur la liste des voyages imminents. Cela dit, la diplomatie reprend ses droits.
Le passage récent en Haïti du président fraîchement élu du Brésil, Dilma Roussef, avait comme un goût de visite aux troupes. Fini le temps de la grande coopération prônée par Lula qui, de Boniface Alexandre à René Préval, apportait dans ses bagages la chaleur de son aura et des projets. Martelly pourra-t-il réchauffer les relations avec nos amis auriverde, relations affectées par la tragédie de nos compatriotes bloqués des semaines à la frontière de ce grand ami ?
Au Brésil, le président Martelly va surtout faire de la représentation. Le sommet Rio+20 n'a pas de grands enjeux pour Haïti qui n'a pas pris de tournant sur le plan de la préservation ou de la rénovation de son environnement. Le E brandi comme un trophée dans le programme de Michel Martelly n'a pas encore de contenu probant. La boîte à outils n'accompagne pas le concept.
De son voyage aux Etats-Unis d'Amérique, le Premier ministre Laurent Lamothe ne ramène pas de médaille sinon la visite promise par Robert de Niro. L'acteur, hôtelier à ses heures perdues, caresse l'idée d'installer un de ses établissements sur nos terres. Avec les vedettes de ce calibre, la sauce coûte plus cher que le poisson. Si Haïti ne s'y prend pas bien, nous aurons à payer pour avoir cet hôtel, si un jour il dépasse le stade des petits papiers.
De Washington, les communiqués officiels de la Primature n'en disent pas beaucoup. Les rencontres avec les responsables d'organismes internationaux relèvent de la diplomatie de la photo souvenir. Un beau geste sans lendemain. Plus facile d'encadrer un hôte de passage que de réorienter la politique d'aide à un pays catalogué Etat failli...
Et comme s'il fallait faire jaillir la lumière sur tout ce qui ne marche pas, le Premier ministre annonce un sommet sur l'énergie. Aux USA, M. Lamothe a eu des conversations sur le sujet. Manque de bol, ce sommet sera le deuxième en moins d'un an sur le même thème. Haïti peine à trouver la bonne source pour alimenter la fée électricité. Bill Clinton a, dans ses plans, une révolution solaire qui tarde à trouver preneur tant les lobbies pour les autres formes d'énergie sont puissantes et capables de bloquer les routes de la République.
Les solutions aux problèmes d'Haïti sont-elles à chercher dans les contrées lointaines ou dans les sommets à la chaîne ?
Le président et le Premier ministre ont du travail pour dénouer les fils microscopiques de l'inextricable entrelacs de nos problèmes.
Le président Michel Martelly et son Premier ministre Laurent Lamothe, plus d'un an après l'installation triomphante du 14 mai 2011, sont vraiment au pouvoir. L'euphorie et l'effet de la nouveauté des premiers jours ne servent plus de paravent pour les défaillances rédhibitoires. Ils sont comptables sinon responsables de tous les maux dont souffre Haïti et de son avenir peu clair.
Les rapports, comme celui de ce lundi qui fait l'objet d'un article « Etats en faillite, Haïti dans le peloton de tête », vont se suivre. Sur la corruption, la drogue, le développement humain, les droits de l'homme et le reste, il faudra faire admettre à Michel Martelly et à son Premier ministre Laurent Lamothe, comme avant eux leurs prédécesseurs, qu'ils n'ont pas pu encore mettre la main sur la baguette magique.
Les limites de la diplomatie sont vite circonscrites après une tasse de café quand la réalité s'entête à ne pas suivre la courbe des sourires de circonstance.
Frantz Duval
duval@lenouvelliste.com
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