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par Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com
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NATIONAL

Confidences d'un ambassadeur sortant....
Le Nouvelliste | Publié le :15 juin 2012
 Roberson Alphonse ralphonse@lenouvelliste.com
Avec des mammouths de la presse, l'ambassadeur américain Kenneth H. Merten s'est prêté au jeu des questions réponses...
Kenneth H. Merten boucle sa mission le 20 juillet. Pas sans quelques confidences sur Haïti, « un pays intéressant et compliqué ». « Plus compliqué que les gens ne le pensent », souligne le diplomate américain, acteur important, témoin privilégié des trois dernières années, marquées par le tremblement de terre du 12 janvier, les ratés de la reconstruction, l'épidémie de choléra et les élections. Enfoncé dans un fauteuil du petit salon de sa résidence à Musseau, Kenneth H. Merten, que l'on considère comme le « sauveur de Martelly », refuse d'emblée cette étiquette. Le timing du communiqué de presse contestant les résultats du CEP mettant au second tour Mirlande H. Manigat (RDNP) et Jude Célestin (Inite), le candidat du pouvoir, moins d'une heure après la proclamation des résultats le 7 décembre 2010, n'est pas un argument en béton à ses yeux. « Je ne vois rien dans le timing », soutient-il, sous les yeux de mammouths de la presse, auditeurs privilégiés d'un moment d'échanges où toutes les questions sont les bienvenues. Il y avait deux communiqués sur les issues possibles. Mais on avait des informations sur la base de procès-verbaux traités que les résultats du CEP ne correspondaient pas à la réalité du vote populaire, révèle dans la foulée l'ambassadeur américain. « On n'a pas sauvé Martelly mais le processus dont l'issue aurait pu être bénéfique pour n'importe quel autre candidat », enchaîne Kenneth H. Merten. Le diplomate rejette également en bloc l'existence de tout deal avec Martelly, le candidat le plus redevable, le plus flexible à cause de ses « casseroles », de son passé sulfureux, selon ce qu'on dit. Merten, prompt à démontrer la nécessité d'intervenir, de forcer l'institution électorale à respecter la volonté populaire, semble n'avoir pas eu des états d'âme à continuer à travailler avec le CEP de Gaillot Dorsainvil, responsable d'une « fraude » immense à l'origine d'un déferlement d'actes de violence ayant emporté des vies et presque tous les bâtiments publics aux Cayes, la troisième ville du pays. « C'est une institution haïtienne », indique Merten, comme pour souligner l'obligation de non-immixtion dans les affaires internes du pays. Toutefois, avec un peu plus de nuance, le diplomate indique du même souffle que ce sont les autorités haïtiennes qui ont sollicité le support des Etats-Unis. Le financement des élections accorde un droit de regard sur le déroulement du processus que l'on a voulu transparent, crédible, confie-t-il, refusant aussi d'accepter la thèse que le maintien des conseillers électoraux douteux visait à s'assurer que Martelly, supporté désormais par les Américains, serait certainement élu au second tour. Sur son intervention pour confirmer que Martelly n'est pas américain mais haïtien à une conférence de presse largement diffusée au palais national au cours de laquelle Martelly avait présenté ses passeports, Kenneth H. Merten explique qu'il a été convoqué au palais l'après-midi même sans savoir pourquoi. C'est au palais que Merten a été mis au parfum par des conseillers du chef de l'Etat haïtien. La lettre d'autorisation pour donner des informations sur le statut de Martelly par rapport à l'immigration américaine lui a été donnée après cette fameuse conférence. « Quand je m'étais tu, on disait que je savais quelque chose et c'est pour cela que je m'étais tu », explique Merten aussi à l'aise dans l'explication de ces évènements que ceux concernant des pressions exercées par des diplomates pour forcer le président Préval à l'exil après les troubles provoqués par les élections, selon des témoignages consignés dans des ouvrages dont 100 % Préval, entre autres. « En ma présence, on n'a jamais suggéré au président Préval de partir », confie l'ambassadeur des Etats-Unis, sans faire l'économie de souligner qu'il ne « peut pas parler pour tous les diplomates présents à cette réunion ». « Préval a dit qu'on lui a suggéré de partir », révèle Kenneth H. Merten. USAID, une nouvelle façon de faire en perspective Avec la même spontanéité, l'ambassadeur, sur les critiques formulées contre l'USAID à cause du favoritisme caractérisé de ses actions, explique. Ce n'est pas seulement en Haïti qu'il y a ces critiques contre l'USAID. Les façons de procéder sont en passe de changer et cette agence travaillera dans le futur avec plus de partenaires de la société haïtienne. Cependant, Merten souligne que l'aide américaine ne va pas transformer le pays. L'idéal, selon le diplomate, c'est que l'Etat haïtien ait plus de ressources pour assumer ses responsabilités envers les citoyens. Le pays doit améliorer le cadre des affaires pour attirer plus d'investissements. Les Etats-Unis aident à ce niveau, soutient Kenneth H. Merten qui confie que « Haïti va le manquer ». Non pas parce que dans ce pays l'ambassadeur américain est un gros bras, faiseur ou casseur de rois. Mais, soutient-t-il, parce qu'il aime ce pays où il a beaucoup d'amis, où il fait ses emplettes tout seul dans les grandes surfaces. Cet amant de légumes, de salade, de la bonne chère, affiche un optimisme à toute épreuve dans l'avenir du pays. Les autorités actuelles communiquent et affichent une grande volonté d'aider le peuple, analyse le diplomate, qui croit cependant que des efforts doivent être consentis pour améliorer au plus vite le cadre des investissements. Fin connaisseur d'Haïti où il a passé plusieurs années avant de revenir comme ambassadeur, Kenneth H. Merten remettra bientôt ses lettres de créance au président de la Croatie. Kenneth H. Merten n'a pipé mot sur son remplaçant, Pamela Ann White. « Je vous laisse le soin de vous en faire votre propre idée », lâche Merten à des séniors de la presse, sans omettre d'étaler les compétences de Mme White qui a travaillé dans le temps à l'USAID en Haïti. Originaire de St-Louis, dans le Missouri, Kennett H. Merten, large sourire, souligne qu'il n'est pas né en Haïti comme le dit la rumeur. Ces confidences, selon le diplomate, pourront rétablir la vérité sur des faits autour desquels il y a eu beaucoup de rumeurs. Sa vérité tout au moins dans ce pays où les habitants sont fans de foot et fins analystes politiques...
Roberson Alphonse ralphonse@lenouvelliste.com
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