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La capitale/Célébration/Assainissement
Port-au-Prince: toujours les mêmes maux
Le Nouvelliste | Publié le :15 juin 2012
Robenson Geffrard
rgeffrard@lenouvelliste.com
La capitale d'Haïti a fêté son 263e anniversaire de fondation cette semaine. Une célébration pratiquement à la cloche de bois. La mairesse de Port-au-Prince prétexte n'avoir pas eu assez de temps pour préparer des activités grandioses. Gabrielle Hyacinthe annonce un ensemble de mesures pour changer le visage de la ville.
C'est sa fête. Mais elle n'a pas changé de vêtement. La même tunique. Pas trop propre. La capitale haïtienne a 263 ans. Il n'y a pas eu réellement de célébration. Gabrielle Hyacinthe, la mairesse, maintenant agent intérimaire de l'exécutif, estime qu'elle ne pouvait pas en seulement trois mois préparer une fête grandiose pour la capitale.
Intervenant, vendredi matin, à l'émission Panel Magik, la mairesse indique que quand bien même une messe d'action de grâce a été dite, jeudi, pour la circonstance. La première dame de la République, Sophia Martelly, l'ancienne gouverneure du Canada, Michaëlle Jean, l'écrivain Emmelie Prophète, entre autres, ont participé à des séances de lecture organisées à l'intention des élèves des écoles communales. Samedi, il y aura des activités culturelles au Champ de Mars avec des groupes musicaux de la place ainsi que dans plusieurs quartiers de la capitale et des films seront projetés, souligne madame Hyacinthe.
Arrivée à la tête de la mairie il y a de cela trois mois, la mairesse dit avoir trouvé une administration désorganisée, des caisses vides, beaucoup de dettes, six mois d'arriérés de salaire. Un lourd héritage que lui a laissé Jean Yves Jason, son prédécesseur.
Les élections pour renouveler les collectivités territoriales devront avoir lieu avant la fin de cette année, selon le Premier ministre Laurent Lamothe. Avant cette date, Gabrielle Hyacinthe promet de changer le visage de la capitale.
Ses priorités: le paiement des dettes de la mairie, le renforcement institutionnel, l'assainissement de la capitale. Pour y arriver, la mairesse compte porter les habitants de la ville la plus importante et la plus peuplée du pays à changer de comportement. « Nous allons lancer une campagne d'assainissement dans les 35 quartiers de Port-au-Prince. Des équipes de 40 personnes dans chaque quartier auront la charge du nettoyage », explique-t-elle, soulignant que ce projet coûtera deux millions de gourdes le mois.
La collaboration de tout le monde, Gabrielle Hyacinthe y croit beaucoup, même si la bonne volonté des gens n'a jamais suffi pour faire avancer les choses ni pour nettoyer aucune ville. « Il n'y a pas que nous qui travaillions dans l'assainissement de la ville, il y a aussi le Service métropolitain de collecte des résidus solides (SMCRS). Nous voulons que toute la population s'implique », dit-elle.
La semaine dernière, ajoute la mairesse de Port-au-Prince, une équipe composée des membres de la mairie et du ministère de l'Intérieur s'est rendue au Canada pour comprendre les mécanismes de transformation des déchets en d'autres produits utilisables. « Des experts vont bientôt venir en Haïti pour étudier les possibilités de recycler les détritus », informe madame Hyacinthe.
« Les fatras, c'est de l'argent », selon elle. La responsable du conseil municipal de Port-au-Prince veut porter la population à croire que les fatras peuvent rapporter sur le plan économique. Elle leur demande de commencer à faire le tri dans leur maison. Les déchets biodégradables vont ensemble, ceux en plastique ensemble, ainsi de suite. « On déterminera quel véhicule viendra collecter tel type de détritus et les gens auront à recevoir une petite récompense en échange. Le montant n'est pas encore fixé. D'où notre slogan ''Pa jete lajan'' », explique-t-elle.
Un voeu pieux. Le SMCRS avait déjà tenté cette option. L'échec est manifeste au centre-ville. « On peut arriver à gérer les détritus dans la capitale, il faut simplement mettre un modèle de gestion », indique Gabrielle Hyacinthe.
Selon elle, à son arrivée à la mairie, il y avait tellement de fatras dans la capitale qu'il fallait en urgence se mettre au travail. Pour elle, maintenant les choses commencent à changer. Son propre constat.
La reconstruction de la capitale et de la mairie
L'Unité de construction des bâtiments publics, le CIAT, la mairie, la présidence ont convenu d'un arrêté qui déterminera les conditions et les modes de construction au centre-ville. Cet arrêté sera publié lundi, a fait savoir la responsable du conseil municipal de Port-au-Prince. « Les constructions devront respecter les normes parasismiques et ne pourront pas dépasser deux étages. Au centre-ville, il y a des zones qui sont à hauts risques sismiques. C'est pourquoi on ne peut pas laisser les gens construire n'importe où ni de n'importe quelle façon », fulmine-t-elle.
Si à chaque goutte de pluie le Bicentenaire est inondé, c'est parce qu'il est situé au-dessous du niveau de la mer, selon la mairesse. La première disposition qui sera prise en guise de solution, dit-elle, c'est la démolition des constructions anarchiques tout au long du littoral. « On va essayer de voir comment reloger la population de cette zone et démolir les constructions. Il faut récupérer le littoral. On ne peut pas y faire des travaux de drainage puisque les gens ont construit sur des fatras », se plaint madame Hyacinthe.
Bientôt, dit-elle, les garages remarqués un peu partout à travers les rues de la capitale seront déplacés. « On va donner un vaste terrain aux américains où ils auront à louer un espace pour mener leurs activités », annonce-t-elle.
En ce début de semaine, les gouvernements haïtien et taïwanais ont signé un memorandum d'entente pour un montant de 4 275 000 dollars américains. Cet argent financera la conception et l'exécution des travaux de reconstruction de six bâtiments publics détruits lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010.
Robenson Geffrard
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