NATIONAL
Haïti/Santé publique
Pharmacie en tap-tap
Le Nouvelliste | Publié le :29 mai 2012
Hansy Mars
hansymars@gmail.com
Ces « docteurs » qui traînent quotidiennement dans les rues avec des cônes de médicaments et qui gagnent leur pain au prix de la vie des autres sont légion. Ils marchandent les médicaments souvent frelatés et les conseils souvent peu judicieux. Ce secteur économique en pleine expansion et rentable par faute de mesures pérennes, cette santé de la rue, tue à l'occasion ceux-là qu'elle est censée soigner.
A longueur de journée, d'un autobus à un autre, d'une rue à une autre, ils se présentent comme des agents de marketing. Ils disposent d'un important assortiment de médicaments -comprimés, sirop, gouttes, tablettes, aphrodisiaques. Ils promettent guérison.
Ces « médecins ambulants » savent le médicament à proposer à la place d'un autre, les conséquences que pourraient avoir un médicament en cas d'une mauvaise utilisation. Ils n'ont jamais été à une école de médecine ni suivi des cours de pharmacologie. Pourtant, dans l'Haïti où les disciples d'Hippocrate ne sont pas nombreux, ils se comportent comme de vrais médecins.
Des médicaments qui tuent et guérissent à la fois
Bon nombre d'entre eux n'ont pas la moindre idée du danger que peuvent représenter leurs médicaments. Néanmoins, ces vendeurs continuent de mener paisiblement leurs activités. Une véritable manne pour de nombreux pharmaciens ambulants qui croient trouver un métier très rémunérateur pour faire vivre leurs familles. « On achète les médicaments dans les grandes pharmacies pour ensuite les revendre rapidement avec espoir de faire un petit bénéfice », déclare Alfred, vendeur à la rue Mgr Guilloux. Pour lui, la situation économique du pays ne lui laisse pas d'autres choix que de créer son propre commerce pour survivre.
La lutte contre les médicaments de rue et la contrefaçon est vaine ont laissé entendre certains vendeurs qui rejettent les accusations faisant d'eux des tueurs en série. Ils conseillent aux autorités d'aborder ce problème dans le contexte de paupérisation accélérée des familles haïtiennes qui n'ont d'autres recours, pour survivre, que d'adhérer à des systèmes de santé parallèles. La clientèle est surtout composée de petites bourses qui n'ont pas trop de choix vu les prix très élevés des médicaments dans les pharmacies. Autour des montagnes d'immondices, les marchands ambulants dressent leurs étals chargés de médicaments. Ils fonctionnent à peu près de la même manière que les employés des pharmacies qui exécutent des ordonnances médicales verbales.
D'où proviennent-ils ?
De l'avis de certains prestataires de services de soins, il n'y a presque pas de différence entre les vendeurs de rue et les propriétaires de pharmacie. Les pharmacies s'alignent côte à côte à la rue Monseigneur Guilloux. Les entrepôts d'un grand nombre de pharmacies de la place ne répondent pas aux critères établis par la Direction centrale de la pharmacie du MSPP. Les conditions d'hygiène laissent à désirer : étagères poussiéreuses que visitent les cafards ; entrepôts à l'étroit, entretenant une chaleur étouffante qui détériore moult produits.
Les médicaments qui font le plus souvent l'objet de contrefaçon sont évidemment les plus essentiels, à savoir ceux administrés contre le paludisme, les parasites et les infections, mais pratiquement tous les médicaments qui se trouvent sur les marchés sont vendus dans les rues. Selon plus d'un, Haïti fait face souvent aux problèmes de médicaments contrefaits à cause notamment de ses frontières qui ne sont pas protégées. Ils arrivent au pays avec aisance sans être enregistrés ni certifiés par les autorités responsables. Nombre de ces médicaments passent par la frontière haïtiano-dominicaine.
Des facteurs, comme la déficience des structures frontalières, le manque flagrant d'information des consommateurs, la faiblesse de l'Etat, rendent florissant le marché de la contrefaçon en Haïti.
Et que dit l'Etat ?
L'Etat haïtien n'est pas en mesure de lutter contre ce marché. Les campagnes se succèdent sans donner de résultats. Jusqu'à date aucune action sérieuse - textes de lois, études, rapports - n'a été entreprise. Renforcer les législations nationales sur cette situation, criminaliser le marché illicite et appliquer des sanctions sont, entre autres, des solutions que proposent certains citoyens.
Les responsables du Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) s'avouent vaincus dans cette lutte. Malgré les méfaits de ces médicaments sur les consommateurs, rien de considérable n'a été fait jusqu'à présent en vue d'interdire leur vente. En attendant que ces mesures pérennes soient effectives, la population continue à s'approvisionner en médicaments dans ces pharmacies ambulantes sans la moindre supervision.
Hansy Mars
hansymars@gmail.com
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