NATIONAL
Une ressortissante américaine arrêtée pour son programme de logement
Le Nouvelliste | Publié le :22 mai 2012
Valéry DAUDIER
vdaudier@lenouvelliste
En moins d'un mois, près de 15 000 personnes se sont fait inscrire à un programme de logement dirigé par Liliann C. Miller, une ressortissante américaine qui dirige une organisation dénommée « JJL Miller Foundation ». Elle a été arrêtée lundi matin à Delmas 5 par le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Me Jean Renel Sénatus. Les potentiels bénéficiaires du programme dénoncent cette arrestation et réclament la libération de cette ressortissante américaine vue comme le « Messie ».
Mardi 22 mai. 7 h 38 a.m. Une dizaine de femmes sont massées devant un bâtiment à Delmas 5 qui accueillait des centaines de personnes par jour dans le cadre d'un programme de logement. Sur la façade principale sont affichés des numéros de dossiers avec des dates de rendez-vous. Trois femmes qui se sont déjà fait inscrire à ce programme de logement discutent de l'avenir de ce projet. « Depuis son arrestation, je n'ai pas dormi. C'est de la méchanceté. Les Blancs ne mentent pas, je crois en cette dame », lâche une femme âgée d'une cinquantaine d'années.
Cette dame appelée « blan » est pourtant une noire, mais elle parle l'anglais et pipe rarement un mot créole. Cette ressortissante américaine voyage régulièrement en Haïti depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Elle est responsable d'un grand programme de logement dans la zone de Lilavois, dans la commune de Croix-des-Bouquets. Selon des personnes qui se font passer pour des volontaires à ce programme, 16 800 logements devraient être construits dans cette localité par la « JJL Miller Foundation » avec pour slogan « Helping Haiti ». L'exécution de ce projet devrait débuter en juillet prochain.
Après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, quand on dit logement, tout le monde répond présent. Pour preuve, depuis la fin du mois d'avril dernier jusqu'au lundi 21 mai, près de 15 000 personnes se sont fait inscrire à ce programme de logement. De longues files d'attente ont été toujours constatées à longueur de journée. Des personnes handicapées sont parfois remarquées dans les files.
Depuis le lundi 21 mai, avec l'arrestation de cette ressortissante américaine, c'est un rêve qui tourne au cauchemar pour beaucoup d'inscrits. Pour exprimer leur soutien à Liliann C. Miller, des personnes qui travaillent à titre de volontaires et des potentiels bénéficiaires ont manifesté lundi devant le parquet de Port-au-Prince où Mme Miller a été auditionnée. Quatre des protestataires, dont trois garçons et une fille qui réclamaient sa libération, ont à leur tour étéappréhendés. Après leur audition, Liliann C. Miller et la manifestante arrêtée ont été conduites à la prison de Pétion-Ville, et les trois autres manifestants au pénitencier national.
Selon Me Jean Renel Sénatus, la ressortissante américaine ne détient pas de permis de séjour et des documents autorisant ses activités dans le pays. Des accusations rejetées par des proches et des collaborateurs de Liliann C. Miller qui qualifient son arrestation d'« arbitraire et illégale ».
« Liliann Miller n'a pas violé la loi de l'immigration haïtienne, car elle n'a pas encore passé trois mois au pays. Elle est rentrée le 8 avril 2012 », a indiqué Gary Spinphil, un de ses proches collaborateurs, tout en montrant des documents justifiant l'autorisation de conduire ce programme de logement.
Des responsables de camp ne sont pas moins déçus. Fritzner Exalus, qui est le vice-président du camp de la place la Paix à Delmas 2, est l'un des 52 volontaires de ce programme de logement. Ce père de cinq enfants affiche, lui aussi, une grande confiance en ce projet. « En tant qu'agent de développement, je me suis retrouvé dans ce programme. La dame a une très bonne vision, surtout pour les couches les plus défavorisées », a-t-il déclaré.
« Nous sommes prêts à échouer avec elle à travers ce programme. Mais nous sommes certains que nous n'allons pas échouer », a ajouté le résident de Delmas 2.
Ce n'est pas un responsable du camp Acra nord à Delmas 33 qui cacherait son mécontentement face à l'arrestation de la responsable de « JLL Foundation ». Selon Junior Zamy, le fait de ne réclamer aucuns frais d'inscription des potentiels bénéficiaires est un « bon signe ». « Il y a des personnes qui viennent chaque matin de Léogâne, de Boutilier...pour travailler à titre de volontaires à ce programme. C'est parce que nous estimons que c'est un programme qui sera une réussite à l'avenir », a indiqué ce jeune.
« C'est une dame que les autorités devraient encadrer au lieu de la persécuter. Son objectif est d'aider Haïti. C'est une personne vraiment charitable », a poursuivi ce jeune.
Quel est le coût d'un tel projet ? Personne n'a la réponse. L'idée serait de procéder d'abord aux inscriptions, ensuite aller demander de l'argent. Mais, à en croire Gary Spinphil, le processus de l'achat d'un terrain est en cours et une partie de la somme serait déjà versée. « Effectivement, le processus est en cours. Des pièces ont été déposées à cet effet », a confié le notaire en charge de ce dossier.
Le terrain coûterait 2,7 millions de dollars.
Valéry DAUDIER
vdaudier@lenouvelliste
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