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Éduquer des enfants en transit en Haïti
Le Nouvelliste | Publié le :28 juin 2012
Amos Cincir
mcincir@lenouvelliste.com
Dominique Domerçant
succes33@yahoo.fr
Lycée Alexandre Dumas, Quisqueya Christian School, Cours privé Edmé, Union School, Une école Nouvelle, « Junior Academy de Diquini », Ecole internationale de Pétion-Ville et New American School (NAS) s'inscrivent dans la longue liste des établissements scolaires privés formant les enfants, pour la plupart en transit en Haïti. Donald Pierre-Louis, directeur de NAS présente les différentes facettes de ce mode d'enseignement.
A l'origine, Donald Pierre-Louis, et son frère, Jacques Pierre-Louis, font partie de ces entrepreneurs dans l'éducation, qui ont laissé le pays dans les années 1960 et 1970 à destination des Etats-Unis, de l'Afrique et de l'Europe. Créée en 1998 à titre de société anonyme, l'établissement scolaire New American School (NAS) figure dans la liste des nombreuses écoles qui offrent une formation étrangère - française ou américaine - dans le pays.
A quel prix préparer les enfants pour l'étranger ?
« De nombreux enfants rapatriés par le gouvernement américain ou envoyés ici en Haïti par leurs parents sont accueillis dans cette école du fait qu'ils ne sont pas habitués au fonctionnement du système éducatif haïtien. Ces enfants, qui baignaient dans la culture américaine, ne sont pas en mesure d'intégrer le système éducatif haïtien», affirme M. Pierre-Louis, qui a voulu justifier que les écoles américaines sont une nécessité pour le pays.
En Haïti ou dans la diaspora, le souci pour certaines familles de fournir une éducation de qualité à leurs enfants, suivant leurs moyens, porte souvent les parents à se référer à ces écoles dites étrangères établies en majorité à Port-au-Prince notamment, le lycée Alexandre Dumas, la Union Shool,la NAS, etc. « Il y a d'autres écoles américaines avec un effectif réduit telles que Bridge, New Victorian School... », confie M. Pierre-Louis, précisant que ces écoles n'ont pas de professeurs, mais des surveillants.
Quel public cible de la NAS ?
M. Pierre-Louis ne laisse pas passer une occasion pour se démarquer de ses pairs. « A Union School, on recevait uniquement les enfants des riches et des diplomates. Quisqueya Christian School a été créée pour les enfants des missionnaires. La NAS a été créée pour recevoir les élèves de la classe moyenne. Elle accueille deux catégories d'enfants: ceux dont leurs parents résidant en Haïti les préparent pour se rendre aux Etats-Unis et ceux dont les parents résidant aux USA, les envoient en Haïti pour avoir une bonne éducation sous une meilleure surveillance.»
Quelle trajectoire pour un enfant dans le système américain ?
Cette institution scolaire a un effectif de 12 professeurs ; 7 professeurs titulaires pour la section primaire et la maternelle jusqu'à la 7e année fondamentale. « A partir de la 8e année, nous adoptons le système américain où un professeur enseigne une matière à toutes les classes », explique Donald Pierre-Louis qui déclare que le prix de la scolarité de son établissement n'a pas été augmenté depuis environ quatre ans.
Dans un cadre plus pédagogique, M. Pierre-Louis indique que le système éducatif des Etats-Unis offre trois voies : 1) le curriculum académique dans les high school (offre 4 ans de mathématiques, de sciences, d'anglais et d'une langue étrangère). Les enfants qui ont suivi cette voie peuvent devenir médecin, ingénieur, etc. 2) Pour ceux qui n'ont pas ces capacités-là, il y a ceux qu'on appelle le business diplôme. L'élève a trois années de sciences, de maths, de sciences sociales, etc. Et le troisième diplôme (general diploma) ou l'élève à deux années de sciences, de maths, de sciences sociales, etc., trois ans d'anglais et tout le reste est facultatif.
En Haïti, on étudie la biologie pendant sept ans. On apprend chaque année une partie de chaque matière. Alors qu'aux Etats-Unis, on étudie la biologie dans tous ses aspects en un an. C'est le même cas pour la chimie qu'on apprend aux enfants haïtiens pendant 4 ans. Aux Etats-Unis, cela se fait en un an, selon M. Pierre-Louis.
Pour signifier les différences entre ces deux types de pédagogie, l'actionnaire de la NAS s'est ainsi illustré par les cours de chimie enseignée en 11e année (Rhéto) et la physique (Philo) aux USA. En 10e (seconde) on enseigne la littérature mondiale ; en 11e année, la littérature américaine et en 12e année la littérature anglaise. Avant le tremblement de terre, on enseignait l'histoire d'Haïti en anglais.
Le système américain porte l'élève à apprendre une matière en un an. « Ici on prépare nos enfants particulièrement pour l'étranger. La NAS existe depuis 20 ans. Cet établissement d'enseignement américain a vu le jour parce qu'il y avait une demande. Il y a de cela vingt ans, le pays disposait de deux écoles américaines : la Union School et Quisqueya Christian School (Delmas 75) », précise le directeur.
Qui s'occupe de ces écoles ?
Dans un autre registre, l'éducateur croit que ce n'est pas acceptable qu'un jeune Haïtien avec le Bac I et II puisse se rendre à l'étranger pour étudier alors qu'un étranger ne peut pas venir étudier en Haïti. En se basant sur le fait que la loi de la réciprocité l'y oblige. De même que les gouvernements étrangers acceptent les diplômes de jeunes Haïtiens, le gouvernement d'Haïti devrait à son tour homologuer le diplôme d'un étranger qui souhaite étudier en Haïti.
C'est, en effet, l'un des problèmes majeurs pour lequel les responsables de ces établissements scolaires n'ont pas encore de réponse, bien que le MENFP soit au courant de l'existence de ces institutions. Un problème délicat, car « quand nos enfants obtiennent des bourses pour aller étudier à l'étranger, nous avons beaucoup de difficultés parce que les pays réclament l'autorisation du MENFP », lâche amèrement M. Pierre-Louis, soulignant qu'il n'existe aucune direction au MENFP qui s'occupe des écoles étrangères en Haïti.
« Certains de ces établissements ont été créés comme des missions, des fondations et des sociétés anonymes. Beaucoup de nos enfants qui ont obtenu des bourses d'études les ont perdues faute de la non-équivalence du Bac ?», martèle-t-il.
Quel avenir pour la NAS, entre reconstruction et relocalisation ?
Avant le séisme du 12 janvier 2010, le directeur de la NAS affirme que l'institution avait un effectif de 300 enfants. Depuis 18 ans, l'établissement a son siège à Turgeau. Avant, il était à Lalue et à Débussy. « Nos locaux se sont effondrés pendant le séisme. Ensuite, nous avons érigé des bâtisses parasismiques », ajoute le responsable qui souligne qu'il a débuté l'année académique 2010-2011 en septembre avec un effectif de 70 élèves, et, pour passer en octobre 2010 à 105 élèves.
« On a reconstruit l'école en août 2010. Mais le local ne nous appartient pas. Nous sommes à la recherche d'un autre espace. L'espace ne nous appartient pas. Il a été récemment acheté par la Unibank. On voulait l'acheter, le propriétaire avait voulu que l'on achète à un prix exorbitant», révèle M. Pierre-Louis.
Quel loisir à la NAS, à part les visites et les voyages académiques ?
Très soucieux de la qualité de l'éducation fournie et du succès de ces écoliers, les responsables de l'établissement organisent des visites et voyages académiques tant en Haïti qu'à l'étranger pour permettre aux enfants de parfaire leurs connaissances. « Dans toutes les écoles américaines, le sport est une discipline obligatoire. Nous avons une équipe de basket-ball très dynamique et très efficace. Nous apprenons aux enfants les jeux d'échecs », conclut M. Pierre-Louis.
Amos Cincir
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