Limena : un titre qui induit en erreur

Sous la direction d’un des écrivains phares de la littérature haïtienne, Gary Victor, six nouveaux et jeunes auteurs ont marqué les pages de cette littérature à l’encre de leur plume, avec l’ouvrage titré « Limena ». Avec des récits les uns plus captivants que les autres, sans omettre la touche particulière de chaque écrivain, «Limena », un titre pour le moins évocateur, offre cependant aux lecteurs un contenu faussaire, tenant compte du sens que peut avoir le terme « limena », à l’heure actuelle. Le concept est peu approfondi.

Publié le 2018-07-11 | Le Nouvelliste

Culture -

Tout comme pour l’ouvrage « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer » de l’écrivain Dany Laferière, d’aucuns pourraient se demander, après la lecture de « Limena », si l’auteur ne se serait pas trompé de publication, vu le caractère prolifique qu’on lui reconnaît. Un titre aguicheur, qui appelle à la lecture et qui attise la curiosité -car plus d’un voudrait sans doute savoir ce qu’en pense Gary-, « Limena » revêt vraisemblablement un caractère commercial. Déjà, avec le travail graphique qui montre une jeune fille haut perchée sur ses talons, le lectorat s’attend à se délecter des récits à la hauteur de la valeur sémantique attachée au concept « limena » à l’heure qu’il est. Il n’est malheureusement qu’un des 6 titres retrouvés à l’intérieur de l’ouvrage.

Une analyse comparative rapide du terme « limena » des années 80 et des années 2000 montrera très facilement le grand écart lexicologique existant entre les considérations. Le même concept, des attributions différentes. Plein aux as, toujours sur son 31, d’une famille aisée, voilà l’idée qu’on se faisait d’une « limena » autrefois. De nos jours, raflé surtout par la tendance « rabòday » qui prend un essor exponentiel sur le terroir, le concept perd tout son sens premier. Il n’y a qu’à voir la jeune fille sur la couverture de l’ouvrage pour avoir une idée nette sur la question. « Gon jan pou ye lè w s on limena ».

Du père qui se plaint de sa fille qui grandit trop vite (Edna), de la jeune fille voyant son rêve de devenir médecin s’écrouler sous se yeux (Mon corps, mon avenir), du mec qui se complaît dans la jouissance que lui permet une vieille (Le fantasme de l’aspirateur », la dame qui croyait sa fille possédée (TDI), et le type en plein milieu d’un double rêve (Double rêve), on se demande perplexe à quoi les collaborateurs de ce travail aspiraient-ils. Il n’y a que le texte du même nom qui pourrait donner tout son sens à l’ouvrage, mais qui n’est certes pas suffisant.

Mis à part cet aspect erroné du titre, on ne saurait nier la qualité de l’écriture de ces jeunes auteurs. Simple, clair et limpide, « Limena » est un ensemble de récits qui mettent le lecteur nez à nez avec les réalités de la communauté haïtienne, dans un langage facile à comprendre. Chapeau à Edna Jean, Mikelda Saintil, Stéphanie Balmir, Marie Flore Morett, Carlin Jean Louis et Kevin Dubuche.

Par ailleurs, il manque de « Limena » dans l’ouvrage !

Darline Honoré darlinehonore1324@gmail.com Auteur
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