Un téléviseur à tout prix…

Publié le 2018-06-13 | Le Nouvelliste

National -

Des sueurs dégoulinent sur le visage de Toto, assis dans les parages de la cathédrale de Port-au-Prince où s'installent les réparateurs d’appareils électroniques. Le jeune homme vient de parcourir une centaine de mètres avec un énorme téléviseur obsolète sur la tête. Son père, amateur de foot, a finalement accepté de financer la réparation de l’appareil tombé en panne depuis plus de quatre mois. « Une Coupe du monde reste une Coupe du monde, lance le jeune homme. On ne peut pas acheter un nouvel écran, mais au moins on peut réparer ce que l’on a. » La réparation coûtera 2 000 gourdes. Le jeune homme attend patiemment.

À quelques heures du coup d’envoi de la Coupe du monde Russie 2018 ce jeudi 14 juin, James imite son voisin qui veut s’équiper d’un nouvel écran. Fan inconditionnel du Brésil, il s’est déjà acheté drapeaux, t-shirts, mouchoirs… tous les accessoires d’un fan malade. Il ne lui manquait qu’un téléviseur de haute définition pour suivre passionnément ce rendez-vous qui mobilise tous les quatre ans 3,2 milliards de téléspectateurs (audience cumulée) de tous les continents. Pour remplacer son téléviseur obsolète, James balance entre un écran de 32 et 50 pouces. Dans un magasin à Delmas, les prix des écrans de 32 pouces sont compris entre 15 000 et 23 000 gourdes selon la marque. Pour les 50 pouces, il faut débourser au moins 42 000 gourdes (prix spécial pour le Mondial).

James débarque au centre-ville de Port-au-Prince. Il s’arrête à la rue Pavée devant un écran usagé de 50 pouces. « 40 000 gourdes », lui lance le vendeur. Contrairement à ce qui se passe dans les magasins, les longues négociations sont permises pour casser les prix. Toutefois, aucune entente n’est trouvée entre l’acheteur et le vendeur qui refuse de lâcher son appareil à 20 000 gourdes.

Un autre vendeur tente d’amadouer l’acheteur en lui présentant ses différents modèles, de 16 pouces à 50 pouces. Ce marchand, avec un t-shirt de Leonel Messi sur le dos, réclame 400 dollars américains pour son écran neuf de 32 pouces, d’une marque peu connue, et 20 000 gourdes pour un vieux Samsung usagé. « On peut négocier. A la fin, c’est votre prix qui sera important. Tout est négociable », explique le vendeur à l’acheteur. Les deux hommes s’entendent. L’acheteur repart avec l’écran neuf de 32 pouces.

Un véhicule de police s’arrête. Trois policiers, armés de pistolet et de fusil, descendent de la voiture. Il ne s’agit pas d’une interpellation. L’un des agents cherche également à s’acheter un téléviseur. « Le Mondial, c’est l’affaire de tout le monde. Que l’on soit amateur de foot ou non, on subit l’influence de l’événement », dit-il. A défaut du téléviseur, le policier achète une télécommande et une antenne artisanale pour l’écran qu’il voulait changer. « J’avais opté pour un plus grand écran mais mon budget ne me le permet pas. Ce ne sera pas pour maintenant. Le plus important, c’est d’en avoir un», dit-il.

Les écrans sont achetés ou réparés, les antennes fixées... sauf l’énergie électrique qui risque de faire défaut à cette belle fête. Un mois de passion. Un mois de folie.

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