Interview | C3 Editions

Un essai de Fortenel Thélusma sur le créole haïtien

Faits probants, analyse et perspectives ». Fortenel Thélusma, cet enseignant-chercheur, élaborateur de manuels scolaires, se propose, dans son ouvrage « Le créole haïtien dans la tourmente? », de sensibiliser les uns et les autres aux risques et dangers encourus dans l’usage d’un langage qui n’est ni du français ni du créole. Ce linguiste et didactien du français langue étrangère de formation sera dans les jardins du Mupanah, à la 24e édition de Livres en folie.

Publié le 2018-05-28 | Le Nouvelliste

Culture -

Le Nouvelliste (L.N.) : À l’occasion de la 24e édition de Livres en folie, vous sortez un essai. Que suggère ce titre : Le créole haïtien dans la tourmente ? avec un point d’interrogation ?

Fortenel THELUSMA (F.T.) : Ce livre est le résultat de plusieurs années d’observation et de réflexion sur l’usage du créole en Haïti. Que ce soit dans l’administration publique ou dans le secteur privé, dans les universités, les institutions d’enseignement et notamment dans la presse orale, le créole utilisé est inanalysable d’un point de vue strictement linguistique. En grande partie inconnu de la majorité de la population haïtienne. Se pose alors la question cruciale de l’intention des utilisateurs de ce discours « bilingue », une sorte de mélange de créole et de français. On s’en doute bien, il s’agit d’une communication en cercle fermé, qui n’est pas à la portée de la masse créolophone unilingue. D’où le titre : Le créole haïtien dans la tourmente ? Le point d’interrogation n’est utilisé que pour attirer l’attention du lecteur. Le sous-titre vient expliciter l’idée de la démonstration d’une assertion présentée sous la forme d’une fausse interrogation.

Le Nouvelliste (L.N.) : Quelle était votre intention en écrivant ce nouvel essai ?

Fortenel THELUSMA (F.T.) : Dans cet ouvrage, je me propose de sensibiliser les uns et les autres aux risques et dangers encourus dans l’usage d’un langage qui n’est ni du français ni du créole. L’analyse linguistique des données de base recueillies notamment dans la presse parlée le montre bien. De plus, les considérations sociolinguistiques permettent d’interpréter l’intention des locuteurs en question, leur perception de la langue maternelle de tous les Haïtiens nés et élevés en Haïti. L’idée sous-jacente, c’est de prouver que cette pratique n’offre que des bénéfices personnels ; autrement dit, on se fait plaisir, on s’y complaît, mais quand ce discours est destiné à un public large, le message est compromis, la forme prenant le dessus sur le message qui, pourtant, n’est pas poétique. D’autre part, cette stratégie ne fait progresser aucune des deux langues. Au contraire, elle témoigne d’une attitude de mépris vis-à-vis du créole.

Le Nouvelliste (L.N.) : De manière plus précise, de quoi traitez-vous dans ce livre ? Quels en sont les éléments essentiels ?

Fortenel THELUSMA (F.T.) : Le livre compte six chapitres, hormis l’introduction et la conclusion. On retiendra notamment deux comptes-rendus, l’un portant sur la réforme Bernard (1979-1980) mort-née. Entre autres apports importants, elle a eu le mérite d’introduire le créole à l’école haïtienne pour la première fois à côté du français. L’autre concerne « l’Aménagement linguistique en salle de classe », le rapport d’une enquête commanditée par le ministère de l’Education nationale en 1999. Ce travail de recherche a permis d’être informé sur la perception des acteurs de l’éducation sur la présence du créole en salle de classe (enseignants, responsables d’établissements d’enseignement, élèves, parents). On trouvera également deux chapitres présentant des analyses sur l’usage du créole dans la communauté (corpus recueilli dans les médias, dans des affiches publicitaires, etc.). Ces travaux mettent en évidence la conception des usagers sur cette langue. Le cinquième chapitre montre la nécessité d’un aménagement linguistique qui tienne compte de tous les niveaux d’enseignement, y compris l’université. Le dernier chapitre fait état des richesses du créole par une analyse de faits de langue divers : chansons de BIC, de Ansy Dérose, slogans du groupe musical KLASS, etc.

Le Nouvelliste (L.N.) : Y a- t-il un public spécial auquel ce livre est adressé ?

Fortenel THELUSMA (F.T.) : Tous les Haïtiens sont concernés par la problématique de l’utilisation du créole. C’est leur langue qui est en jeu. D’autres acteurs ont intérêt à se le procurer. Les chercheurs y trouveront de la matière pour poursuivre le travail, les enseignants, les étudiants en sciences de l’éducation, en linguistique y puiseront des exemples d’analyse linguistique et littéraire, etc.

Le Nouvelliste (L.N.) : Vous serez, professeur, au MUPANAH, le 31 mai et le 1e juin. Quel conseil souhaiteriez-vous donner aux lecteurs de Livres en folie ?

Fortenel THELUSMA (F.T.) : Je leur conseille d’aller en foule à Livres en folie, cette fête du livre. Ils gagneront à lire Le créole haïtien dans la tourmente ? Faits probants, analyse et perspectives. Ils peuvent en faire leur livre de chevet, il y va de la revalorisation de leur langue première. J’attends les visiteurs, les lecteurs au stand de C3 Editions.

Propos recueillis par Claude Bernard Sérant

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