Livre jeunesse | MET

A la guerre comme à la guerre

Publié le 2018-07-05 | Le Nouvelliste

Culture -

La maison d’édition Toussaint ajoute à la liste des livres disponibles à Livres en folie 2018 une nouvelle édition de La guerre des cerfs-volants de Claude Bernard Sérant, une édition augmentée de lexique, point d’interrogation, et matière de réflexion. L’auteur veut s’assurer que ses lecteurs lisent avec attention la fable de ses héros impliqués jusqu’au cou dans la guerre des cerfs-volants.

« On dirait des caravelles qui glissent dans les airs. Tout autour, ces voiles légères vrombissent dans l’air chaud et sec. Bigarrées, pleines d’élégance et d’allant, elles se baladent par bande dans l’azur ; leurs panaches nous rappellent, par moments, le déploiement des couleurs au carnaval. » (Page 9). Ainsi débute le deuxième paragraphe du chapitre premier de ce livre-jeunesse, qui garde encore toute sa fraîcheur malgré le passage du temps. Sérant réussit à nous faire vibrer au rythme des cerfs-volants, à partager avec nous son amour, disons mieux sa passion, pour ses papillons en papier fin multicolore.

Ce livre, certes dédié au culte des cerfs-volants, est aussi le récit de conflits entre adolescents, aficionados de cerfs-volants, qui se disputent leur part du ciel. Un certain Thompson – Thomas Thompson — un gaillard de seize ans « plus vieux que son âge » veut imposer sa loi. Le fameux concept de bandit en chef, ou chef bandit, comme nous appelions les hors-la-loi des westerns de jadis. Il ne manque que le fameux pamphlet accolé aux murs et aux portes en pivot des saloons: Wanted : Thompson Thomas.

Thompson, « Le roi des airs », avec son grandou portant l’effigie d’une « tête de mort cornue, entourée de fusils crachant du feu » et la queue armée de lames de rasoir, parcourt l’azur à la recherche de « kap souffreteux » pour inciser leur fil, corde d’argent les liant à leur maître, les envoyant ainsi en chute libre vers les branches des arbres, les fils de haute tension sillonnant le quartier, ou la chaussée poussiéreuse des rues.

A la base du conflit: les adolescents n’achètent pas les cerfs-volants de l’atelier de Thompson, l’atelier du Club des chevaliers de Haut Vent. Ils préfèrent ceux fabriqués par Etienne, de beaux cerfs-volants. Les rustres détestent la compétition loyale. Au lieu de peaufiner ses créations pour reconquérir sa clientèle, il se confie plutôt à la force, à la violence, en érigeant un instrument de malheur, le grandou, qui reflète bien son âme de brute.

En face du roi, Marc-Aurèle, « un petit garçon au visage de pleine lune » ; Blockzo, « maigre, les yeux grands, le visage étroit » ; Lubin, Ernest, Babou, Sylvie, Marguerite, Elie, et Etienne. Toute une équipe pour affronter le roi des airs. « L’union fait la force », encore une fois.

« Le kap d’Etienne parade, cambre doucement sa taille. Charme léger. Plaisirs éoliens. Il virevolte par-dessus le toit de la plus jolie fille du quartier. Pas de deux. Cabrioles. » (page 73). Ainsi débute la dernière bataille, tout en charme et délices. Claude Bernard Sérant dans l’un de ses meilleurs livres, pour l’instant.

Qui remportera la victoire finale ?

La guerre des cerfs-volants est disponible à la Librairie La Pléiade, Bois Patate.
Mario Malivert mariomalivert@yahoo.com Auteur
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