Men Maurice Sixto, gran lodyansè devan Letènèl : le dernier film d’Arnold Antonin

PUBLIÉ 2018-05-15
Ou konnen Ti Sentaniz ? Ou konnen Léa Kokoye ? Ou konnen Mèt Zabèlbòk ? Oui, fut la réponse donnée par ces jeunes qui ont été interrogés par le réalisateur. Ou konnen Maurice Sixto ? Non ! Rien de très surprenant car, en Haïti, nous avons cette tendance à savourer l’œuvre sans en connaître l’auteur. Un film documentaire qui relate la vie de Sixto, met en évidence le secret de son art à travers des témoignages poignants. Men Maurice Sixto, gran lodyansè devan Letènèl, un film signé Arnold Antonin.


« Le prince de l’oraliture », un surnom qui sied comme un gant à Maurice Sixto, celui qui a su mettre le genre lodyans à son niveau le plus artistique. Sur une production du Centre Pétion-Bolivar, « Men Maurice Sixto, gran lodyansè devan Letènèl » est la toute dernière réalisation du cinéaste Arnorld Antonin. « Nous connaissons l’art de Maurice Sixto. Ses œuvres ont traversé les générations, cependant nous ne savons pas assez sur l’auteur de ces chefs-d’œuvre. Il ne fallait pas laisser sombrer dans l’oubli l’artisan d’un tel héritage », épilogue ce défenseur silencieux de la mémoire de cette société.

Maurice Sixto a porté en lui la lumière de son pays natal et c’est celle-ci qui lui a permis, après 9 années au Congo, en Afrique, installé aux Etats-Unis, de porter sa participation dans la société haïtienne. Dans « Men Maurice Sixto, gran lodyansè devan Letènèl », on découvre toute la science de cet homme devenu aveugle mais qui a su garder un mental de fer, si l’on croit les témoignages de ses proches. « Il nous a fallu un peu de temps pour nous rendre compte que Maurice était aveugle. Pendant un voyage pour les Etats-Unis où il devrait enregistrer une de ses lodyans, il a dit qu’il avait oublié ses papiers. Il a ensuite ajouté ‘‘Mais que dis-je ? Je ne vois rien’’, et là, on s’est rendu compte qu’il était totalement aveugle », raconte une de ses proches dans le documentaire.

À entendre sa femme, Marie-Thérèse Torchon, les femmes raffolaient de Sixto, « oncle Maurice » l’appelaient-elles. Dans ses témoignages, elle avoue ne jamais s’être sentie menacée car elle savait qu’elle était le soleil de Maurice, comme il le disait souvent. « Et il n’était pas seulement conteur, monsieur savait cuisiner ! Il tenait à me préparer à manger et je ne pouvais dire non. Il connaissait toute la maison », remémore la femme de Sixto, sur le visage de laquelle on pouvait voir un grand sourire quand elle parlait de son feu mari.

Ils ont été aussi des professeurs, des spécialistes des sciences du langage, des fans à donner leur avis, leur ressenti sur les œuvres de Sixto. Tel fut le cas du regretté professeur Claude Pierre ou encore Ethson Otilien qui avait organisé un colloque autour de l’œuvre de ce génie de la lodyans. Quoiqu’en surface, sans vraiment toucher ‘‘le phénomène Sixto’’ du doigt, Daniel Fils-Aimé, connu sous le nom de Tonton Bicha, a mentionné le fait que le lodyansè a marqué sa vie, que les stations de sa ville natale étaient, à une époque, tous les dimanches, en compétition avec les œuvres de Sixto. Quand Arnold Antonin a posé la question à Ethson en faisant un parallèle entre Sixto et Bicha, le choc ! Car pour le spécialiste en analyse du discours, Bicha est simplement ridicule !

Que ce soit Jean-Claude Martineau ou Emmelie Prophète, celles et ceux qui ont contribué à rendre vivant dans notre psyché ce génie de la lodyans, on peut voir et même sentir ‘‘l’effet Sixto’’ pendant ces 110 minutes de projection. Ce film ouvre les portes sur un débat accrocheur et intéressant : la lodyans. Chapeau, monsieur Antonin !

Madjolah Pierre madjoh90@yahoo.fr



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