DJ K9, nèg cheve a !

PUBLIÉ 2018-04-16
Ils sont DJ, chanteurs, footballeurs, rappeurs, et acteurs, tous des personnalités clés du milieu culturel qui ont embrassé une carrière d’entrepreneur à côté de leur vie d’artiste. Ticket se propose de vous les faire découvrir sous leur visage de femmes et hommes d’affaires, eux et leurs business. Nous vous présentons DJ K9, P.D.G. de Cheveux Gina. Disc-jockey, passionné de musique, il a mis sur pied le magasin « Cheveux Gina », une entreprise spécialisée dans la vente d’extensions capillaires et de produits cosmétiques pour femmes.


Cheveux Gina par-ci. Cheveux Gina par-là. Cheveux Gina bay sponsò wi… Au départ cela a l’allure d’une blague sur les réseaux sociaux. Giuliano Puzo, DJ K9, que plus d’un qualifie de zuzu de première ou d’arrogant même pour les plus intolérants, s’est reconverti en marchand de « faux cheveux ». Cela ne peut être qu’une blague, non ? Il continue certes à honorer des contrats de DJ, mais son commerce semble primer. Avec ses cheveux synthétiques, il prend place au Marché en fer aussi appelé marché Hyppolite. Aujourd’hui, plus de 2 ans après, K9 s’est installé totalement dans le business. Aux cheveux, se sont ajoutés des produits de maquillage et divers autres produits de beauté, et le DJ a quitté le Marché en fer pour ouvrir un magasin de produits cosmétiques destinés aux femmes, « Cheveux Gina ».

Plutôt branché musique, K9 s’est retrouvé dans les affaires un peu comme par magie. Ayant mis fin à ses études en relations publiques en Floride en raison des coûts trop élevés, il est revenu vivre en Haïti en novembre 2014. « J’ai trouvé du travail et j’ai poursuivi avec mes activités de DJ. Mais depuis ce moment, j’ai commencé à économiser en vue d’ouvrir un magasin », se rappelle K9 qui dit aussi avoir toujours caressé l’idée de se lancer dans la vente de produits cosmétiques. Pour avoir vu sa petite sœur dépenser l’intégralité de sa première paie en produits cosmétiques, il avait vite compris l’importance que ces articles avaient pour les femmes et par conséquent leur valeur dans le commerce. La lecture d’un article expliquant l’expansion de la vente des cheveux synthétiques et naturels à l’échelle mondiale le porte à s’y essayer. « Je n’avais pas imaginé que cela aurait marché, j’ai essayé juste comme ça, par curiosité », confie le businessman qui, sans en avertir ses proches, s’est dirigé vers le Marché en fer à la suite des conseils d’un ami qui lui avait fait comprendre que c’était l’endroit idéal pour ce qu’il voulait faire.

Bien qu’un peu réticent, K9 s’est rendu au marché en fer. Animé par le feu du business et par sa curiosité, il est allé vers les commerçants pour apprendre du business et savoir comment s’intégrer. « Même si certains n’étaient pas du tout abordables, d’autres ont accepté volontiers de m’inculquer le b.a-ba du business, comme ce monsieur qui m’a aidé à me lancer avec 4 caisses de cheveux synthétiques », relate le jeune homme pour qui le début n’a pas été du tout facile. « Ça n’a pas marché au premier coup. Je n’étais jamais sur place et les pertes s’accumulaient », rapporte-t-il. Mais, déterminé, il s’est assuré de créer du temps pour être au marché le plus souvent possible afin de mieux cerner les astuces de la vente. Sa persévérance a payé et son affaire a pris de l’ampleur. Néanmoins, pour des raisons de sécurité et afin d’être plus accessible à sa nouvelle clientèle, K9 a finalement décidé de liquider son stock et de laisser le Marché en fer pour s’installer ailleurs.

Sans aucune expérience dans le domaine, avec pour seules armes les informations recueillies sur Google et les témoignages de ses nombreuses amies, Giuliano se donne pour objectif d’ouvrir un magasin de produits cosmétiques destinés aux femmes. Plus question de n’être qu’un simple détaillant qui achète des articles pour les revendre au jour le jour. Il veut faire de « Cheveux Gina » une véritable entreprise, un magasin qui offre à ses clients un service personnalisé, des produits de qualité, « cool » – comme il les qualifie – à des prix abordables. Après des mois de recherche du lieu idéal, l’apprenti homme d’affaires trouve ce local qu’il occupe présentement à Delmas. Il lui prend près de 6 mois pour le restaurer et il met encore un certain temps pour décider de ce qu’il veut en faire exactement. Finalement, « Cheveux Gina » ouvre ses portes le lundi 2 avril. Sans fanfare. « Je ne veux pas encore faire de grand opening. Je préfère laisser les gens venir vers moi graduellement », explique le nouveau propriétaire qui envisage toutefois de faire cette grande ouverture en mai prochain.

Très centré sur son commerce, Giuliano dit pourtant être encore amoureux de son métier de DJ. Toutefois, il concède que « Cheveux Gina » est sa priorité pour l’instant. Le jeune homme s’est toujours vu dans la peau d’un grand chef d’entreprise, car, selon lui, être DJ rapporte certes mais ne pourra jamais lui permettre d’atteindre les sommets qu’il vise. « Je ne dis pas que ce n’est pas un métier rentable, en revanche je vois un meilleur avenir pour mes enfants avec ‘‘Cheveux Gina’’ », a-t-il révélé, en célibataire prévoyant. Caressant de grands rêves pour son affaire, K9 confie d’ailleurs qu’il mettra fin à sa carrière de DJ bientôt, soit après 10 ans dans le domaine, car pour parvenir à ses fins dans la vie, il faut consentir des sacrifices. Et si c’est sa carrière de DJ qu’il doit sacrifier dans son cas, il est prêt à le faire.

Désormais c’est dans l’enceinte de son magasin, dénommé Cheveux Gina, – Gina, comme le prénom de sa mère – que celui qui s'est fait connaître en faisant danser le beau monde à Tara’s et dans les clubs branchés de Pétion-Ville passe ses journées. Dans la petite pièce qui loge son business, des extensions capillaires de tous genres occupent les étagères, mêlés à quelques autres produits de beauté tandis que des tutoriels sur l’application des extensions sont diffusés sur un écran placé derrière la caissière. Giuliano Puzo, avec l’allure du proprio concerné et prévenant, supervise et reçoit même ses clients, qui, au cours de ces premières semaines, sont en grande partie des amis et connaissances venus supporter la nouvelle entreprise. Mais, certaines nuits, le jeune homme revêt encore son costume de DJ et fait bouger les party people au rythme de ses mix. Car, pour un temps qui selon ses dires est compté, il veut donner le meilleur de lui et gagner bien plus encore en se servant de ses platines tout en se frayant une place dans le monde des affaires.

Daphney V. Malandre et Belkis Gaspar



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