Droits de la femme consumés dans les flammes

Publié le 2018-03-07 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

A quelques semaines du jour mondial de la femme le 8 mars 2016, un sinistre vient bouleverser la conscience nationale et soulever l’indignation même des plus insensibles. Deux incendies dévastateurs, l’un au marché Hyppolite et l’autre au marché du Port viennent de porter un coup dur à la famille haïtienne, particulièrement à ces femmes vaillantes qui n’ont jamais baissé les bras face à leurs responsabilités. Elles peinent dans ces marchés publics, à côté de beaucoup d’hommes, à réaliser leurs objectifs nobles, au prix d’énormes sacrifices. Cependant, malgré les défis auxquels ces femmes font face, pour gagner leur vie dans ces espaces insalubres, mal organisés et privés d’insécurité «marchés publics» ; elles affrontent stoïquement ce milieu de pèlerinage quotidien, car souvent elles n’ont pas la chance d’opter pour un meilleur choix dans la vie.

Cet évènement tragique est venu briser le cœur de la communauté haïtienne, qui a vécu un cauchemar provoqué par ce choc brutal. Les principales victimes ont vu l’espoir d’un mieux-être s’évanouir dans des flammes mystérieuses. Cet incendie est survenu, au moment où la population profitait de l’ambiance carnavalesque pour noyer ses problèmes, en se défoulant au rythme entrainant de certaines musiques modernes et folchloriques très attrayantes, issues de notre culture. Spontanément, l’ambiance était pathétique. Des plaintes surgissaient pour s’associer aux soupirs désespères, venus des entrailles de femmes, de mères et d’ hommes figés d’émotion. Ce contrecoup a interrompu l’euphorie des foules en liesse. Face à la détresse des victimes, des promesses qui pourraient apporter une certaine consolation ont pullulé, mais attendent toujours leur concrétisation.

Face à cette situation déconcertante, la révolte s’installe dans les yeux enflammés des femmes et d’hommes déterminés, crachant leur frustration, tout en réclamant incessamment, leurs droits à la restitution de leurs espaces de travail et de leurs marchandises, qui furent la proie des impitoyables flammes avides de destruction et de méchancetés. Les victimes subissent impuissantes ce mauvais sort malgré leurs efforts et leur dévouement pour échapper au chômage, car cette situation désastreuse peut les entrainer dans la pauvreté avec tous les déboires qu’entraine cette situation.

Leurs activités économiques sont financées par des banques et d'impitoyables usuriers. Ces courageuses femmes dépossédées, se sont faites poignardées pour survivre, afin de garder leur dignité et échapper aux humiliations. Cet incendie a fait couler leur sang et leur sueur qui se sont macérés en une purge fielleuse de détresse et de désespoir qui ravage leur état d’âme. Quelle l’indignation ! OU SONT DONC PASSES LES DROITS DES FEMMES après tant de luttes nationales et internationales ?

A ce compte, les revendications des femmes sont très justes et méritent des réponses appropriées. Toutefois, Elles sont déterminées, et en nombre imposant accompagnées d’ hommes, composant la foule revendicative, réclamant leurs droits. Peu leur importe l’auteur du sinistre, car la justice devra s’en charger certainement. L’important est non seulement de réparer les multiples dégâts causés aux victimes et à la société, mais il convient surtout d’identifier les causes de ces incendies en cascade enregistrés dans les marchés publics, pour remédier au mal de façon durable, afin de «mettre un frein à la fureur des flots».

Mesdames, Messieurs les hautes autorités, Mr le Président de la République, nous vous rappelons en cette Journée internationale de la femme, que ces marchés publics incendiés, constituent le bastion économique de vos mères, vos femmes, vos sœurs, vos compagnes, vos filles, vos amies et aussi de beaucoup d’hommes. La situation est très inquiétante. Il faut agir avec célérité pour protéger ce milieu de travail si productif qui nourrit tant de citoyens et calme les esprits.

A ce compte, les femmes doivent collaborer avec les hommes pour la préservation de leur milieu de travail, d’abord par la prévention, car « evite miyò pase mande padon ». Il faut être vigilant et s’informer des dangers imminents, pour les prévenir, pour ne plus subir l’inacceptable. Ces marchés publics qui constituent une base économique dynamique sont menacés par la terreur de l’insécurité. L’insalubrité qui s’y installe fragilise la santé des occupants/es et des clients/es. Ces détracteurs, auteurs de ces actes de vandalisme, insultent le courage et l’expertise des milliers de femmes mères de familles monoparentales en majorité, qui assument de lourdes responsabilités maternelles et paternelles. L’Etat et la société leur doivent respect et protection. Savez-vous que beaucoup de grands hommes et de grandes dames d‘Etat de l’histoire haïtienne sont l’œuvre de ces femmes grâce à ces marchés publics ? Ce lieu est un témoin vivant de notre histoire, de notre résistance en tant que peuple luttant irrésistiblement pour sa survie.

Avant de terminer, nous devons rappeler qu’Haïti a adhéré aux Objectifs de développement durable, que les Etats doivent atteindre d’ici 2030. Le moment est malvenu pour augmenter le chômage, car le pays doit travailler à éliminer la pauvreté sous toutes ses formes, permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous, à tout âge, garantir l’ autonomisation de la femme et de la fille et assurer un travail décent pour tous, garantir l’accès de tous l’eau et a l’assainissement. Tout ceci pour rappeler à l’Etat ses obligations envers ses citoyennes et ses citoyens.

Il y a quelques années, la Journée mondiale de la femme rurale le 15 octobre était commémorée autour des thèmes suivants : EXIGEZ VOS DROITS A L’EAU POTABLE, puis, EXIGEZ VOS DROITS A LA COMMUNICATON. Tout ceci était pour exhorter les femmes victimes de ces incendies, à réclamer leurs droits à la sécurité publique et à la protection civile, à un travail décent, à la protection sociale, d’accès à l’information, et à l’éducation sanitaire ,pour mieux prévenir les dangers qui les menacent dans ces marchés, tout en les aidant à gérer leur environnement insalubre, pour la protection de leur santé et leur bien-être. Les produits, « fatras » en stagnation dans les marchés, brulés fréquemment, qui sont très nocifs à la santé, sont évoqués même avant l’enquête policière, comme cause de l’incendie dévastatrice. Il suffirait alors du respect des droits humains suscités, qui exigent des interventions efficaces de l’Etat en amont et en aval, pour limiter considérablement les dégâts, et éviter tant de déboires.

Le feu a-t-il une âme, une volonté, une identité ? Toutefois, il a le pouvoir de détruire pour faire tant de mal et faire souffrir tant de personnes de bonne volonté utiles à la famille et la société. A ces femmes marchandes victimes, les femmes du CEPFHA, en ce 8 mars leur rendent un hommage bien mérité pour leur courage. Nous partageons leur douleur, car leur courage est piétiné, sans toutefois oublier les déboires de tant d’hommes victimes. Ces femmes ont droit en toute justice à une réparation et de bénéficier de services publics indispensables à leur protection.

En cette JOURNEE INTERNATIONALE DE LA FEMME 2018, la voix des femmes haïtiennes, s’élève fermement et en toute justice Mr. le Président de la République, pour réclamer de l’Etat haïtien, un corps des pompiers fonctionnel et efficace qui est un service public. Car la population en général, est exposée aux incendies au même titre que les marchandes dans les marchés publics. Rappelons-nous que personne n’est exempt, même le citoyen et la citoyenne installés dans leur plus- que- parfait confort. De grâce, les femmes vous demandent d’intervenir pour que s’arrête définitivement Mr le président, ce feu poignant qui incendie impitoyablement notre état d’âme, nos poches, nos efforts, notre pain quotidien et celui de nos hommes, de nos familles et de nos enfants et qui contribue à la ruine de l’économie haïtienne.

BON COURAGE FEMMES D’HAITI. MALGRE TOUT, NOS LUTTES MERITENT D’ETRE SALUEES DIGNEMENT EN CE 8 MARS 2016.Cependant, nous saluons honorablement les conquêtes des féministes avant-gardistes et félicitons les efforts des jeunes militantes, tout en les exhortant à garder leur lampe allumée ; car il nous reste beaucoup de chemins à parcourir. D’ailleurs le thème de cette journée mondiale 2018 est très édifiant.

L’HEURE EST VENUE : LES ACTIVISTES RURALES ET URBAINES TRANSFORMENT LA VIE DES FEMMES.

Dr Lubin Ginette Riviere M.D ex-ministre à la Condition féminine. responsable GENRE au CEPFHA Auteur
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