Carnaval hier et aujourd'hui

Publié le 2018-03-07 | Le Nouvelliste

Culture -

Odette Roy Fombrun

Dans ma prime jeunesse, il y avait des mardi-gras et ce sont ceux qui s’arrêtaient à nos deux barrières pour nous montrer leurs masques ou nous dévoiler une originalité. Ils arrivaient à nous soutirer quelques pièces de 5 ou 10 centimes destinées à acheter des surettes. Certains découvraient une poupée couchée qu’on appelait LA MAYOTTE.

À 15 ans, nous étions un groupe d’amies. Le père de l'une d'entre elles, français fabriquait les surettes que les marchands promenaient dans les rues en agitant une clochette. Il transformait en un petit char décoré un quelconque transport qui se trouvait dans sa cour. Il nous aidait à y prendre place portant le costume que nous avions mis des mois à choisir.

Tous les participants costumés, à pied ou en voitures décorées, avaient rendez-vous devant la mairie, à la rue du Quai. Ils étaient à la file indienne à la place qui leur était attribuée. Il fallait y être avant 3 heures, car la sirène qui sonnait tous les jours à midi résonnait à 3 heures pile.

Alors, la reine et ses suivantes descendaient l’escalier prestigieux de la Commune pour se rendre dans le char qui les attendait devant la mairie.

Il y avait aussi un roi ventru, installé devant une table bien garnie.

Et le cortège démarrait lentement, avec, à l’avant, ceux qui paradaient surtout pour se dégourdir les jambes. On parcourait la rue Pavée nous conduisant au Champ de Mars. Toutes les galeries et tous les balcons étaient chargés de curieux.

Devant les tribunes, tous faisaient valoir leurs talents, surtout les adroits Tressez-rubans, les Jambes de bois, nos superbes et traditionnels Indiens. Fièrement, les groupes défilaient devant un comité de juges devant donner des prix. Nous n’en avons jamais gagné aucun, ce qui n’enlevait rien à notre satisfaction de participer en chantant.

Le défilé terminé, le char nous déposait au Cercle port-au-princien, dominant le Champ de Mars. Quel plaisir de retrouver d’autres amis, costumés comme nous. Nous dansions avec plaisir, sachant bien que le lendemain, à 6 h, il nous faudrait nous trouver à la chapelle des sœurs de Sainte-Rose de Lima (Lalue) pour recevoir les Cendres qui nous rappelleraient que nous ne sommes que poussière. C’était le début du Carême.

Au Champ de Mars, pour terminer le carnaval, on brûlerait un roi symbolique.

Au fil des ans, les chars se sont multipliés : il y en avait de toute beauté, des œuvres d’art comme le carrosse de Cendrillon, un coffret à bijoux, un immense éléphant rouge… chacun monté par la reine d’un groupe, d’une entreprise. Il y avait aussi des chars musicaux : chacun animé par un groupe musical, portant aussi le nom d’une grande entreprise.

Au Champ de Mars, les cyclistes faisaient encore bien des tours. De même claquaient les longs fouets des grands bœufs. Se promenaient encore des têtes de personnages politiques.

Puis, j’ai passé 27 ans en exil…ignorant tout du carnaval.

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DE NOS JOURS, le carnaval a tant de décibels que l’on avance que des jeunes perdent l’usage de l’ouïe.

J’ai suivi avec intérêt le carnaval 2018. Il est évident que le carnaval d’antan, le carnaval de toutes nos cultures est défunt. Plus rien, vraiment plus rien du passé ne subsiste. Nous sommes en face d’un carnaval nouveau, un carnaval en 3 parties :

1.- Un extralong défilé d’ECOLES DE DANSES et de centres spécifiques, aux superbes chorégraphies. Ont participé tous les secteurs : Bureau d’ethnologie, Théâtre national, vodou, rara…

Elles avancent difficilement dans l’espace qui leur est réservé, envahi de promeneurs.

2.-De colossales boîtes à musique, dominant des foules dansant sur place, chacune ayant ses fans. Chacune vomit des décibels à la satisfaction de la FOULE avançant avec le char en chantant, se secouant, agitant un foulard. Il n’y a plus de place pour une épingle. La satisfaction est visible, pour ne pas dire palpable : tous se défoulent sur place.

Il y a eu une vingtaine de ces boîtes à défiler. Jadis c’étaient des chars musicaux faisant partie du défilé.

3.- Des chars allégoriques, montés par de jolies reines. Je les ai peu vues à la Télé.

EN CONCLUSION : Pour moi, c’est un carnaval bien trop chargé et trop indiscipliné. Il faut adopter une logistique plus pointue, mieux étudiée et mieux appliquée. Peut-être alterner les jours de participation et surtout pouvoir discipliner les uns et les autres et faire respecter l’espace destiné au défilé.

Évidemment, voir quand et comment faire revivre certaines originalités du carnaval d’antan. Février 2018.

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